Ovaliste – Métier disparu

Les métiers d’autrefois, disparus ou en voie de l’être, sont souvent vus à travers la lunette de la nostalgie romantique. Ainsi du luthier, amoureusement penché sur l’instrument qu’il confectionne des jours et des semaines durant, à l’aide de bois et teintures aux noms exotiques.

Il est vrai que plusieurs de ces métiers sont très beau et ont un charme incroyable. Ne serait-ce que dans leur nom: le nacrier (ouvrier fabriquant des boutons de nacre), l’oiseleur (chasseur d’oiseaux) ou, parlant de luthier, l’acheteur de bois chantant (celui qui achète les bois destinés à la fabrication d’instruments de musique).

Mais si l’industrialisation et la mondialisation depuis deux siècles a fait disparaître d’innombrables de ces métiers, elles ont aussi fait disparaître des métiers aux conditions de travail déplorable: le forgeron dans sa forge étouffante de chaleur et d’émanations toxiques, le mineur de charbon qui mourait prématurément de multiples problèmes respiratoires ou la lavandière qui s’éreintait le dos et s’écorchait les mains à force de lessives incessantes.

Bien que le progrès technologique ait ses vertus comme ses vices, et qu’un jugement unilatéral sur ses bénéfices soit bien vain, il n’en demeure pas moins que l’industrialisation a anéanti une somme incroyable de connaissances et de savoir-faire. Un véritable patrimoine à protéger ou à redécouvrir.

Parmi ceux-ci, l’ovaliste, métier du tissage de la soie. L’ovaliste (une jeune femme), appelée avant le milieu du 18e siècle moulinière, opérait le moulin à fil de soie, l’étape préalable au tissage proprement dit. Son nom vient de la pièce centrale du moulin, qui suite à une innovation de Vaucanson, n’est plus ronde mais ovale (illustration ci-dessous tirée de l’Encyclopédie de Dideront et d’Alembert).

Ovale, ou moulin (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert).

Avec les débuts de l’industrialisation, les conditions de ces ouvrières, comme de bien d’autres, se sont transformées. D’abord hébergée chez leur employeur, question qu’elles soient plus productives, la croissance des fabriques a fait en sorte qu’elles sont devenues de véritables « usines-pensionnat » où les règles de la vie courante étaient très strictes voire drastiques. Ce qui a entraîné, en 1869, 2000 ovalistes de Lyon (capitale de la soie) à faire une grève de deux mois pour obtenir des salaires plus élevés et un horaire de travail allégé. Cette grève a constitué un moment important dans l’histoire du syndicalisme et des luttes ouvrières, étant une des toutes premières à conjuguer les revendications ouvrières aux revendications des femmes-travailleuses.

Sources: Auzias, Claire, La Grève des ovalistes : Lyon, juin-juillet 1869, Paris, Payot, 1982 et l’intéressant site « Métiers d’autrefois« .

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