Les librairies indépendantes, espèce en voie d’extinction ?

Je ne suis pas un inconditionnel de Foglia, mais j’apprécie souvent ses coups de gueule. Il commet ce matin une savoureuse chronique sur la fermeture d’une petite librairie indépendante à Rimouski, la Librairie Blais. La concurrence des grandes surfaces (Costco, par ex.) mais aussi des grands réseaux de librairies (Archambault, Renaud-Bray) et des librairies en ligne (Amazon) fait mal depuis des années aux petites librairies indépendantes. Sans compter la vague annoncée de la littérature numérique. Quelle différence, nous demande Foglia, entre acheter le roman Millenium dans une librairie indépendante ou chez Costco? Neuf dollars moins cher chez Costco. Pour exactement le même produit (la viande surgelée chez Costco peut, a priori, être moins bonne que celle achetée chez votre boucher de quartier, mais le livre, lui, est exactement le même produit). Cela relance le débat sur une possible politique du prix unique du livre comme il en existe dans de nombreux pays. Mais surtout, cela met en lumière ce que les marketeux appellent « l’expérience-client »: qu’est-ce que vous achetez vraiment chez votre libraire de quartier, par opposition avec Costco? Est-ce vraiment uniquement Millenium? Non, c’est aussi l’expertise de votre libraire, qui vous connaît bien, qui vous dira si, selon lui, vous aimerez ou non Millenium, vous recommandera cet ouvrage publié par une petite maison d’édition n’ayant pas la force de frappe publicitaire de l’éditeur de Millenium. C’est une relation humaine et sociale et culturelle qui dépasse largement l’acte marchand. À vous de choisir ce que vous préférez. De toutes les manières, lâchez-moi avec l’économie de 9$ que vous ferez en achetant Millenium chez Costco: vous allez le dépenser en essence et usure de votre voiture (et diminution de votre espérance de vie à force de stresser et d’enrager, quant à moi).

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