Si tous les humains étaient Canadiens, ça nous prendrait 4 planètes Terre

La World Wide Fund for Nature (WWF) publie ce matin son rapport bisannuel sur l’état de santé de la planète, le Living Planet Report, qui est disponible en format pdf, ici.

Un des éléments fondamentaux de cette analyse est un indice de l’empreinte écologique, c’est-à-dire la quantité de ressources naturelles que l’ensemble de l’humanité utilise chaque année pour subvenir à ses besoins. Nous utilisons présentement 1,5 fois la capacité de la Terre pour subvenir à nos besoins, deux fois plus qu’en 1966. Si rien ne change, ce sera 2 fois la capacité planétaire dans 20 ans. Techniquement, ce chiffre indique le temps nécessaire aux ressources naturelles à se renouveler: il en prend donc 1 an et demi pour régénérer ce que nous consommons au cours d’une année.

Comme l’illustre le graphe suivant, c’est la capacité d’absorption du gaz carbonique qui dépasse le plus largement la biocapacité globale de la planète.

Ce graphe démontre que la planète est largement en mesure de subvenir à tous les besoins nutritifs de l’ensemble de l’humanité: l’agriculture, les pêcheries, la foresterie et les pâturages se renouvellent bien en un peu plus de six mois (un peu plus que « une-demi planète »). Mais si ce sont les émissions de gaz carbonique qui posent problème, cela ne veut pas dire que l’agriculture est exempte. Le transport, par son utilisation de pétrole, et la consommation d’énergie en général, sont une des sources de l’émission de gaz carbonique. Toutefois, l’agriculture est responsable d’une partie de ces émissions et une réflexion sur nos habitudes de consommation en générale, et en alimentation en particulier, est donc plus qu’urgente. On estime que l’agriculture est responsable d’environ 14% des gaz à effet de serre (qui ne sont pas que le CO2, soulignons-le; source ici).

La WWF souligne, comme d’habitude, que les pays riches (i.e. industrialisés) consomment bien évidemment beaucoup plus que la moyenne mondiale. En l’occurence, si l’ensemble de l’humanité adoptait les habitudes de consommation du Canada, c’est environ 4 planètes dont nous aurions besoin! Autrement dit, si tous les humains consommaient comme le font les Canadiens, la Terre aurait besoin de 4 années pour régénérer ce que nous consommerions en une seule année. Le graphe interactif ci-dessous permet de visualiser la consommation des pays riches par rapport aux autres.

Le réflexe immédiat nous conduit à considérer que les pays riches sont responsables et devraient, de façon urgente transformer leur consommation en ayant comme objectif la réduction de l’émission de CO2, notamment. Mais ce que l’histoire ne dit pas, c’est la transformation radicale de la consommation dans les économies émergentes, notamment les pays dits du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). L’enrichissement accéléré de nouvelles classes moyennes dans ces pays fait exploser, par exemple, le nombre de voitures en circulation: en 2009, on a acheté 13 fois plus de voiture en Chine qu’en 1990 et GM vend d’avantage de véhicules en Chine qu’aux États-Unis (source ici). Mais aussi transforme la consommation des ménages de façon générale, y compris dans l’alimentation, qui s’occidentalise et risque d’augmenter encore plus la pression sur la planète. Par exemple, alors qu’au Canada, on consomme 12 % de plus de viande (en quantité par personne) en 2002 qu’en 1992, en Chine, c’est 72%, une des plus fortes croissances sur la planète (source ici; merci à Élise Desaulniers pour les références).

Pour simplifier, en résumé:

  • croissance démographique -> croissance de la consommation (quantité) -> augmentation de l’empreinte écologique;
  • enrichissement, notamment des ménages des pays émergents -> transformation qualitative de la consommation -> augmentation de l’empreinte écologique;

=> empreinte écologique plus grande que la capacité de la planète à renouveler les ressources naturelles nécessaires à notre consommation.

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