Changement d’époque : la « crise » 1998-2008

16 février 2011  |  Publié dans Analyses, Avant c'était pas pareil, Sections, Thèmes  |  1 commentaire

Nous sortons d’une récession importante. D’aucun ont souligné l’importance qu’elle a eue, particulièrement aux États-Unis. Cependant, à mes yeux, cette crise est l’aboutissement, en Occident en général et au Canada en particulier, d’une période de changements structurels profonds depuis la fin des années 1990.

La crise, écrivait Gramsci dans ses Carnets de prison, « c’est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître. » Je considère qu’à partir du tournant des années 2000 jusqu’à la crise de 2008 les structures, relations et fonctionnement organiques des économies occidentales se sont radicalement transformées et débutent un nouveau chapitre de l’histoire du capitalisme, qui clôt celui que nous connaissions depuis l’expansion du fordisme à la fin des années 1930.

Sans aller aussi loin dans l’analyse, force est de constater que l’économie québécoise d’il y a vingt ans n’est plus la même. Le petit graphe suivant l’illustre (cliquez pour agrandir):

Structure économique du Québec, 1987-2009

Les bâtonnets bleus représentent le poids en termes d’emploi de chacun des secteurs de l’économie québécoise en 2009. On y constate que le secteur du commerce et des services occupe une place prépondérante. Les bâtonnets verts représentent, eux, le taux de croissance annuel moyen entre 1987 et 2009 de l’emploi pour chacun de ces secteurs. Sans surprise, là non plus, on constate que le secteur des ressources a beaucoup diminué (particulièrement l’agriculture et la foresterie), alors que les services professionnels, les services aux entreprises, la culture et les soins de santé ont connu de très fortes croissance pendant ces vingt années.

L’économie québécoise est donc maintenant une économie de plus en plus centrée sur ce qu’on appelle « le tertiaire moteur. » C’est-à-dire des services hautement spécialisés, innovateurs et qui créent de la richesse. Les hautes technologies, l’ingénierie, la finance, etc., sont autant de secteurs qui occupent une forte place dans notre économie.

Une analyse plus fine démontre en revanche que la transformation est encore plus radicale:

  1. Même si le secteur des ressources naturelles parait en déclin demeure un pan important de notre économie et la hausse marquée du prix des matières premières, due notamment à la demande des économies émergentes, pourra bénéficier à l’économie québécoise. Il le sera d’autant dans le futur si les politiques de développement économique favorisent leur développement en aval.
  2. Les secteurs émergents et économiquement solides sont ceux qui connaissent des applications transversales, c’est-à-dire s’intègrent aux autres industries. Par exemple, les technologies (électronique, logiciels, télécom) développées pour le secteur manufacturier, les ressources naturelles ou la santé. Elles ont toutes les chances de succès si elles permettent des gains de productivité pour des secteurs qui en ont crument besoin (le manufacturier pour concurrencer le BRIC ou le secteur de la santé pour contenir la croissance des coûts).
  3. En moins de trois décennies, l’économie québécoise s’est fortement complexifiée. L’expression même « marché de niche » perd tranquillement son sens, puisqu’en dehors du secteur du commerce, il reste très peu d’industrie de masse – à l’inverse de ce qu’on avait connu au cours des 50, voire 150 années précédentes.

Ces trois caractéristiques ne racontent pas toute l’histoire, bien entendu. Mais elles sont parmi les facteurs de bouleversement profonds les plus importants qui ont des conséquences multiples sur l’ensemble de l’économie québécoise.

Commentaires

  1. L’ère exponentielle: l’explosion du prix des matières premières | Ianik Marcil a commenté:

    28 juin 2011 à 21 h 06(#)

    [...] déjà prétendu, dans un petit billet, que nous vivons depuis la fin des années 1990 un changement d’époque fondamental. Que nous [...]

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Je suis économiste indépendant, spécialisé en transformations technologiques et sociales, en développement économique, justice sociale et économie de la culture. Je suis chroniqueur au magazine L'Itinéraire à Montréal, au webzine en arts visuels ratsdeville et blogueur et chroniqueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec et je publie des recensions critiques d'essais dans le Huffington Post Québec. J'interviens régulièrement dans plusieurs autres médias, radio, télé et presse imprimée et électronique.

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