Avez-vous perdu le Nord, coudonc?

Depuis le début de la campagne électorale canadienne, on parle beaucoup de la « Boussole électorale » de Radio-Canada. Il s’agit d’un outil développé par des politologues qui permet, en répondant à une série de questions, de « découvrir » quelle option politique nous correspond le mieux. Si vous êtes pro-vie, vous êtes davantage conservateur; si la protection de l’environnement vous est primordiale, vous penchez davantage pour les Verts. Et ainsi de suite.

Karl Georg Servile, La chute des anges, 1781, Vienne, Église Saint-Michel.

Cette initiative a suscité beaucoup de commentaires, dans les médias « traditionnels » mais aussi sur Twitter. Plusieurs ont reproché à ce petit outil d’identifier les participants d’allégeance libérale lorsqu’ils choisissaient des réponses vagues, peu engagées, par exemple. Yves Boisvert, chroniqueur à La Presse, a fait un papier au titre plaisant: « Je me suis perdu avec la boussole, » qui illustre bien ce malaise. Malaise tout à fait canadien: comme le disait Trudeau, les Canadiens sont d’extrême-centre. Il est donc normal que les résultats produits par ce petit sondage individuel hésitent entre chacun des partis – qui sont, au final, si peu différenciés, l’un de l’autre.

Au-delà du débat entourant la pertinence des résultats obtenus à l’aide de la « boussole, » ce qui m’étonne est qu’on ait pas réfléchi davantage sur son existence-même.

Quoi? En ces temps de cynisme politique décrié de toutes parts, il nous faut un questionnaire en 30 questions pour savoir pour qui voter? Avons-nous atteint à ce point un niveau de paresse politique qu’il ne nous soit plus nécessaire de penser et de nous construire une opinion?

Je considère cette initiative (aux intentions pédagogiques louables, je n’en disconviens pas) symptomatique de notre paresse électorale. Un autre exemple du clientélisme, cette plaie de la démocratie occidentale, que nous envie pourtant bien des peuples en effervescence, présentement. Nous élisons des gestionnaires et non plus des politiques. Nous choisissons dans un menu à la carte les promesses qui combleront nos petits besoins individuels, plutôt que d’élire des représentants qui feront des choix cohérents avec une vision politique, éthique et culturelle qui servira le développement de l’ensemble de notre communauté.

Cette « boussole » va exactement dans le sens de la politique à la carte et encourage la paresse électorale, citoyenne et politique.

À moins que vous ne désiriez élire que des gérants de votre communauté plutôt que des femmes et des hommes qui vous représentent pour assurer la vie d’une démocratie, certes imparfaite, que bien des peuples nous envie et que nous délaissons, je vous invite à consulter les programmes des partis qui s’offrent pour vous représenter (par ordre alphabétique):

Bloc Québécois

Nouveau parti démocratique

Parti conservateur du Canada

Parti libéral du Canada

Parti vert du Canada

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