Le capitalisme ne mourra pas de sitôt, foi de Sarko

On oublie souvent que Marx considérait le capitalisme comme un système politico-économique possédant une force extraordinaire de renouvellement et de survie, rarement vu dans l’histoire de l’humanité. Malgré sa vision déterministe de l’histoire, il croyait que la révolution prolétarienne était nécessaire afin d’accélérer les « contradictions » inhérentes au capitalisme et permettre, ainsi, la libération de l’homme aliéné par ce système. Révolution nécessaire, donc, à cause de la force de renouvellement du capitalisme.*

Le gouvernement français, par une proposition inédite (je crois), fait la preuve, encore une fois, de la capacité du capitalisme à se renouveler et à atténuer les crises auxquelles il fait face. La journaliste du journal Les Affaires, Diane Bérard, porte à notre attention sur son blog aujourd’hui, une proposition du ministre français du Budget, François Baroin, d’obliger les entreprises qui versent des dividendes à payer aux employés une somme minimale de 1000€.

À ma connaissance, donc, c’est la première fois qu’un État envisage une telle mesure obligatoire, voire coercitive – on peut imaginer les hauts cris dans les chambres de commerce en Amérique du Nord si une telle mesure était proposée.

Cette nouvelle doit être mise en contexte à deux points de vue:

  • Le gouvernement Sarkozy cherche à tout pris à regagner une certaine légitimité économico-sociale dans l’électorat et à s’accaparer le soutien de l’électorat de la « gauche tiède, » au moment où le Parti socialiste est une fois de plus en déroute et vit des querelles internes.
  • Parallèlement, la France vit un débat de fond sur la répartition des richesse, particulièrement en ce qui a trait à une réforme de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) (un impôt sur les actifs plutôt que sur les revenus), laquelle réforme exonérerait près de la moitié des contribuables qui y sont asujettis présentement.

En cette période post-récession, qui a fortement ébranlé la confiance que les citoyens occidentaux portent à la gestion de l’économie et a exacerbé leur sentiment d’injustice face aux écarts de richesses grandissants entre travailleurs et grands patrons, le capitalisme cherche de lui-même, par le biais de ses commettants au pouvoir (pour utiliser une perspective marxiste), à s’adapter et à se transformer. D’autant que la confiance envers l’économie de marché n’a jamais été aussi basse aux États-Unis et jamais aussi élevée… en Chine, comme le montre une analyse récente de GlobeScan:

Cette mesure inédite n’est sans doute pas révolutionnaire, mais elle est suffisamment originale pour être soulignée. Et à coup sûr, à en suivre l’évolution…

* À lire: un excellent papier de The Chronicle sur le retour de Marx dans la pensée et la politique occidentales.

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