Mes excuses

Madame Sophie Barlagne,

Monsieur David Barlagne,

 

Comme beaucoup de Québécois et de Canadiens, j’ai été bien évidemment outré par la décision administrative du gouvernement canadien de vous refuser la résidence permanente. Comme les mêmes, j’ai bien évidemment été touché par votre peine et votre combat.

Mais ce qui me dépasse dans cette histoire est un élément qui n’a été que trop peu mis en lumière – les médias en on si peu parlé: les services consulaires canadiens – c’est leur métier – vous ont sollicités, monsieur, pour vous convaincre d’établir votre entreprise à Montréal.

Dans mon métier, on appelle ça de l’attraction d’investissement. On est loin, dans le discours, de la douleur que vit votre famille, du soutien humain que vous avez reçu et que vous continuerez à recevoir, j’en suis persuadé. Mais c’est un aspect qui me choque viscéralement.

Ce pays s’est bâti à la sueur du front de nos ancêtres Français et Britanniques. Nous sommes d’abord tous fils et filles d’immigrants-colonisateurs. Ce qui est le début de notre histoire collective est aussi sa continuation: notre pays, comme tous les petits pays, a besoin de se renouveler sans cesse pour continuer à faire sa place dans le monde. C’est vrai du Québec et du Canada francophones, mais aussi du Canada dans son ensemble.

Pour cette raison, des institutions comme Investissement-Québec existent. Leur rôle consiste notamment à solliciter des gens comme vous, pour les convaincre de venir établir leur entreprise chez nous. C’est ce qu’ils ont fait. Vous avez abandonné vos projets d’avenir en France pour venir en bâtir de nouveaux, à partir de rien, au Québec. Vous y avez mis, sans aucun doute, « vos tripes, » vous avez rêvé d’un projet qui s’est concrétisé et vous avez créé des emplois. Et, je l’espère, de l’enthousiasme chez vos employés, à vous épauler dans cette aventure. Le développement économique et social d’une région, d’un pays, repose sur les rêves et le désir de construire d’hommes comme vous. Et de femmes comme Sophie. Mais aussi de fillettes comme Rachel, qui font que des femmes et des hommes qui sont leurs parents se projettent vers l’avenir.

Je vous dois donc des excuses personnelles, comme citoyen canadien, comme Québécois et comme économiste spécialisé en développement industriel. Car je n’ai pas vu, je n’ai pas su, je n’ai pas agi assez tôt pour empêcher que cette terrifiante histoire vous afflige. Ni qu’elle n’afflige d’autres immigrants, la sève vivante de notre pays de demain.

Je tâcherai d’y penser dans l’isoloir, le 2 mai prochain.

D’ici là, Sophie, David, permettez que je vous présente mes excuses et vous assurer, comme l’ont fait des milliers de nos compatriotes, que votre place est chez vous, ici.

 

Ianik Marcil, citoyen canadien honteux des décisions de son gouvernement.

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