Un vote de protestation, vraiment?

Plusieurs analystes voient dans l’historique « vague orangée » de l’élection d’hier, au Québec, un vote de protestation. Jean-François Lisée, parle, ce matin, d’un besoin d’air, de sortir du statu quo. Il y a une part de vérité là-dedans, mais cette « analyse » est trop courte. Protestation, peut-être, mais le rejet du Bloc Québécois autant que du Parti Libéral au profit du NPD représente certes un rejet spectaculaire des soi-disant « vieux partis, » mais à mon sens surtout parce que les électeurs n’ont pas entendu dans les discours de ces deux partis un écho à leurs préoccupations profondes, contrairement au NPD.

Caricature d’Aislin dans la Gazette (Montréal), ce matin.

Au début de la campagne électorale, Angus Reid a publié un sondage dessinant un portrait des préoccupations des électeurs. Le tableau suivant présente les principales préoccupation de l’ensemble des Canadiens et des Québécois.

Préoccupation Canada Québec
Pauvreté 17% 26%
Déficit 21% 23%
Impôts 17% 20%
Chômage 16% 16%

Je ne prétendrai pas que les Québécois ont choisi sciemment un parti de gauche. A fortiori compte tenu du fait que plusieurs circonscriptions sont passées du parti Conservateur au NPD. Cependant, je suis persuadé que ces préoccupations importantes pour la précarité, tant personnelle que collective, mises en lumière dans ce sondage, sont un facteur explicatif fondamental du vote pour le NPD.

Le vote a toujours été et sera toujours émotif. On élit un candidat, un parti, un chef, parce qu’on fait confiance en leurs discours, parce qu’on s’identifie à l’image qu’ils projettent autant qu’à leurs idées. Est-ce mal? Que nenni! Il s’agit là du principe fondamental de la démocratie représentative, qui subit depuis des décennies un désengagement dangereux.

Car la démocratie représentative repose sur un principe simple: élire des gens qui nous représentent pour prendre des décisions à notre place. Élire un représentant n’est pas voter pour une liste d’épicerie, c’est voter pour des hommes et des femmes qui partagent notre vision de l’avenir, à tout le moins des quatre ou cinq années de leur mandat.

Est-ce que 1,6 million de Québécois (sur 3,8) ont voté uniquement par frustration, comme le notent de nombreux « analystes » aujourd’hui? Allons, bravo pour le paternalisme! Ces électeurs n’ont pas trouvé écho à leurs préoccupations dans les discours du parti Libéral ni du Bloc, ni du PCC. Point. Et ont demandé au NPD de représenter ces préoccupations à Ottawa. Point.

8 thoughts on “Un vote de protestation, vraiment?”

  1. Tout à fait d’accord.

    Le Québec s’est découvert. Le reste du pays s’est refermé.
    Comme un garçon qui choisit le mauvais moment pour se mettre à poil devant sa nouvelle blonde.

    Je n’ai pas vu de rapport sur le taux de participation par région.

    Il est là le bobo ce me semble. 40 % de non participation.

    Penses-tu que Layton peut trouver une formule simple et honnête pour arriver au vote proportionnel?

    À plus

    boulay de regina

  2. En effet, le taux de participation est une fois de plus déplorablement bas. Autour de 62% au Québec et en Ontario, un peu moins ailleurs au pays. (On peut trouver tous les détails, encore provisoires, ici: http://enr.elections.ca/ElectoralDistricts_f.aspx)

    Cela dit, c’est l’Ontario, et plus spécifiquement la région de Toronto, qui a donné un gouvernement majoritaire aux Conservateurs – de nombreuses circonscriptions sont passées des Libéraux au PCC, bien davantage qu’à cause du faible taux de participations.

    Instaurer la proportionnelle est toujours ardue, de nombreux partis politiques, tant à droite qu’à gauche, l’ont désiré, sans jamais le mettre en pratique, une fois au pouvoir, puisque cela les désavantages, une fois élus !

  3. Je pense qu’en quatre ans, Layton et le 60 % de l’élecorat déçu par les résultats peuvent en arriver à une proposition simple.

    Et je parie que ce serait une bonne façon de renouveler l’intérêt de l’électorat.

    Reste à s’entendre sur la formule.
    As-tu une suggestion?

    ciao

    boulay de regina

  4. D’accord à tout ça !

    Pour moi, le meilleur système (ou le moins pire) est le Scrutin uninominal majoritaire à deux tours, comme on retrouve en France. Il serait bien adapté au Canada, il me semble.

    L’idéal, toutefois, c’est que nous ayons un véritable système républicain, comme en France, en Allemagne ou aux États-Unis. Avec un Chef de l’État élu distinctement de l’exécutif. Mais bon, là, on rêve 😉

    Ianik

  5. Je l’aurais pas aussi bien décrit,
    mais ça semble « just what the doctor ordered ».

    On peux-tu proposer ça en moins de mots que… disons; la question du premier référendum?

    On a quatre ans. On a le temps de rêver!

    (n.b je dis 4 ans… mais il faut faire abstraction des éventuelles élections provinciales au Québec et ou un référendum.
    4 ans. C’est une éternité… même en dehors de la politique!)

    bonne suite de journée
    11 reparle.

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