Je suis outré

Depuis lundi soir, alors que les résultats électoraux confirmaient le raz de marée néo-démocrate au Québec, on lit sur Facebook, Twitter et autres médias sociaux, des propos désobligeants et outrageants sur les élus du NPD. La « surprise » d’aucuns de voir l’élection de 58 députés NPD au Québec est telle que, dans leur réveil brutal, ils ont trempé leur plume dans l’encre acide du mépris. Passe encore qu’une tête brûlée inconnue dise des horreurs sur un candidat ou une candidate. Mais quand il s’agit de journalistes chevronnés, travaillant pour de grands médias nationaux, ou encore des militants en vue de partis « perdants, » les bornes sont dépassées sur de grandes largeurs.

Je concède aisément:

a) qu’il y ait eu des candidatures douteuses et des « poteaux » comme il y en a dans tous les partis et à toutes les élections, a fortiori lors de vagues comme celle-ci; et de même, que certains propos déplacés voire inacceptables soient prononcés aux lendemain des élections – aucun parti n’est vierge de telles dérives;

b) que certains partisans et militants des trois autres partis qui ont connu une dégelée aux élections soient déçus, frustrés voire en colère, et qu’ils l’expriment;

c) qu’une vague comme celle-ci fasse en sorte qu’il y ait un nombre important d’élus sans expérience politique.

Mais je trouve tout à fait outrageant qu’on s’acharne contre cette pauvre jeune femme élue dans Berthier (22 403 ont voté pour elle) ou l’unilinguisme de l’autre, la méconnaissance du comté d’un troisième ou la participation à une émission de téléréalité, plutôt que de parler du talent de la vaste majorité des autres élus. Encore plus lorsque cela est le fait de personnalités publiques en vue.

Mais surtout, surtout, je trouve déplorable et dérangeant qu’on s’acharne à faire le portrait du peu d’expérience politique de nombreux élus, peu importe leur âge. Voyons donc! Doit-on avoir de l’expérience parlementaire pour être élu? C’est un non sens. Comme je l’écrivais hier, nous élisons des représentants, et surtout une équipe de représentants, qui portent des valeurs et une vision qui nous plaisent. Heureusement, à la fois François Cardinal et Lysiane Gagnon ont signé deux papiers ce matin dans La Presse qui remettent les pendules à l’heure et font la démonstration qu’il y a de nombreux élus de très grande qualité au sein de cette équipe.

De plus, elle est où, la surprise, qui nourrit ainsi ces dérives? On s’attendait à quoi les trois dernières semaines de campagne alors que tous les sondages montraient la hausse soutenue et accélérée des intentions de vote au NPD? Plusieurs projections de sièges le démontraient également, comme je l’ai rapporté.

Au-delà des sondages, n’a-t-on pas constaté que les taux de votes québécois au NPD aux cinq dernières élections générales sont en hausse et en accélération constante ? Aux élections de 1997 et 2000, le NPD récoltait à peine 2% des votes au Québec. En 2008, déjà 12,2%. Pendant ce temps, les votes pour le Bloc étaient en chute libre, comme le montre le graphique suivant.

Bien sûr, le nombre de sièges obtenus par le NPD est impressionnant. Mais de là à prétendre qu’il s’agit d’un coup de tête des Québécois qui ont fait élire une bande d’incompétents, un soir d’ivresse, il y a une marge. Je suis outré par ces comportements qui sont indignes d’une grande démocratie comme la nôtre. Ils puent la mesquinerie et l’esprit de vengeance les plus bas, dignes d’un comportement dictatorial que souvent leurs mêmes auteurs attribuent à Stephen Harper.

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