J’habite un désert (culturel)

On apprenait lundi que la librairie Plume & Chocolat sur la rue Ontario, en plein cœur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, fermerait ses portes à la fin de l’été.

Cette toute petite librairie, sise à l’ouest de la promenade Ontario, offrait à la fois une sélection de livres de seconde main et d’excellents cafés et chocolats chauds. Le tout dans une ambiance fort sympathique de petit commerce de quartier.

Plume & Chocolat a ouvert ses portes en 2009. Loin d’avoir des ambitions purement mercantiles, le commerce avait d’abord une mission sociale: rendre accessible la lecture, dans l’un des quartiers les plus défavorisés de Montréal. Lectures publiques, conférences, club d’échec, contes pour enfants – malgré ses modestes moyens, la librairie offrait la littérature et la culture à la portée de tous.

Malheureusement, une telle entreprise nécessite des appuis importants qu’un petit fonds de commerce peut difficilement soutenir.

Avec sa fermeture disparaît la seule librairie de tout le quartier Hochelaga-Maisonneuve… Une centaine de milliers de personnes qui n’ont accès à aucune librairie (hormis celle des étudiants du Collège de Maisonneuve). Les plus rapprochées sont sur la rue Masson au Nord, autour de l’UQÀM à l’Ouest ou au centre commercial Place Versailles à l’Est.

Un désert culturel.

Qui ne se limite pas à la littérature. Tiens, si vous accédez au portail Accès Culture (soutenu par la Ville), afin de connaître quelles sont les activités culturelles possibles dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ce soir, vous obtenez le résultat suivant: « Oups! Accès culture Montréal n’a rien trouvé qui répond à votre sélection. »

Rien pour nous
Aucune activité culturelle dans Hochelaga-Maisonneuve ce soir... (cliquez pour agrandir)

Un quartier n’est pas uniquement pauvre par son taux de chômage élevé ou parce qu’une proportion effarante de ses enfants ne mangent pas le matin. Il l’est également lorsque ses citoyens n’ont accès à presque aucune activité culturelle.

Une librairie de quartier qui ferme, ça n’est pas un commerce qui cesse ses activités. L’espace de la librairie Plume & Chocolat n’était pas occupé au quart par des étalages de crayons, tasses à café, ensemble à sushis ou autres babioles qui font le profit des librairies commerciales. Il était habité par le désir de jeunes entrepreneurs sociaux qui désiraient changer quelque chose dans la vie de leurs concitoyens, leur apporter un supplément d’humanité et une ouverture sur le monde.

Maintenant, c’est encore un peu plus le désert, dans mon quartier.

 

9 réflexions au sujet de « J’habite un désert (culturel) »

  1. J’habite aussi le quartier et je me doute bien des défis incroyables que devait relever Plume et chocolat. En mai dernier, dans le cadre du Festival Petits bonheurs, la librairie et mon organisme – Absolu Théâtre – organisaient des activités de médiation culturelle autour de la lecture et nous avons tous les deux eu très peu de participants.

    Ceci étant dit, je ne crois pas que le quartier soit un désert culturel. Il y a de plus en plus d’activités culturelles et d’organismes oeuvrant dans le domaine dans le quartier. Malheureusement, nos efforts ne sont pas (souvent) reflétés par le portail Accès culture. Il faut savoir que nous devons aller inscrire nos activités dans ce portail pour que vous puissiez les voir… et honnêtement, on se concentre beaucoup plus sur nos propres réseaux de communication. Mais Hochelag, ça foisonne d’activités: Maison de la culture Maisonneuve, le Festival Petits Bonheurs, le Festival Zone Homa, le Grand Débarras, Théâtre Denise-Pelletier, Théâtre Sans Fil à la Caserne, pour n’en nommer que quelques-uns. Et y’a plein d’activités de proximité… Prenez « Danse en famille » du 4 juillet au 28 août 2011, dans le cadre duquel une formatrice en danse ainsi qu’un musicien animent des ateliers hebdomadaires gratuits de 45 minutes dans 4 parcs de l’Arrondissement Mercier Hochelaga-Maisonneuve.

    Côté livre, nous sommes l’un des quartiers les mieux desservis au niveau du Réseau de bibliothèques de l’île (ce que j’ai pu vérifier en préparant mon billet pour Radio-Canada (http://blogues.radio-canada.ca/montrealgratuit/category/bibliotheques/). C’est chez nous qu’on trouve l’une des plus grandes collections de livres pour enfants dans le réseau.

    Enfin, je suis d’accord que la perte de la librairie est regrettable… J’espère qu’une autre pourra s’implanter (libraire indépendant, c’est du sport extrême). Mais ça m’attriste quand on dit de ce quartier en grande transformation – et à mon humble avis, une transformation qui se fait à un rythme sain – est un désert culturel. Ce n’est pas ce que je ressens…

    1. Véronick, la vitesse à laquelle tu as pondu ce commentaire étoffé montre que la question te tient à cœur… et que je suis coupable d’avoir pris un raccourci.

      Certes mon titre est un peu fort et sous-entend un vide total. Je ne voulais surtout pas sous-estimer les efforts de nombreux intervenants culturels dans le quartier – bien au contraire. J’ai plutôt pris un raccourci rhétorique (abusif) – en référence aux « déserts alimentaires » – pour exprimer mon indignation face à la pauvreté des quartiers comme le nôtre (je suis une ancien du Plateau).

      De fait, je trouve infiniment triste qu’on doive « revitaliser » un quartier, c’est-à-dire y faire des efforts colossaux pour que ses citoyens aient accès à la même qualité de vie, notamment artistique et culturelle, que celle des quartiers mieux nantis. L’accès à la culture ne devrait pas dépendre de la richesse matérielle des citoyens.

      Je ne voulais surtout pas froisser les animateurs de la vie culturelle de notre quartier et m’en excuse si je l’ai fait… J’ai, par ailleurs, des projets dans mes cartons pour participer moi aussi à l’essor de la vie artistique de notre quartier. On s’en reparlera? 😉

    2. J’aimerais juste ajouter qu’il ne faut pas mélanger commerce à vocation culturelle dans le quartier et activités culturelles diverses et subventionnées. Ce n’est pas DU TOUT la même chose. Merci de prendre en considération cette différence importante.

      1. Mireille,

        Je comprends très bien votre amertume et votre colère, qui m’attristent. Je n’ai jamais parlé de Plume & Chocolat, il est vrai, sur cette tribune. Mais j’ai systématiquement partagé à mes quelques 1300 contacts Facebook chacun des événements annoncés par la librairie, depuis sa présence sur cette plateforme. J’ai parlé de la librairie à chacun de mes amis qui désiraient connaître un peu mieux mon quartier. J’étais, non pas un client régulier, il est vrai, mais ponctuel. J’y ai acheté de nombreux ouvrages.

        Je conçois fort bien la distinction entre les organisations subventionnés et un commerce à vocation culturelle. Cela dit, les deux en arrachent dans toutes les communautés. Combien de librairies indépendantes ont fermé depuis 20 ans, ne faisant pas le poids devant les Renaud-Bray et Archambault de ce monde ? Mais les organismes (très pauvrement) subventionnés cessent aussi leurs activités, les uns après les autres (je pense, notamment, à L’Art passe à l’Est, dédié aux arts visuels, qui a cessé ses activités il y a quelques mois).

        Finalement, mon propos ne visait pas que Plume & Chocolat: je cherchais à démontrer que Hochelaga-Maisonneuve, non seulement affligé de pauvreté économique est aussi un des parents pauvres de la culture à Montréal. L’initiative de votre conjoint et de son associée était courageuse, c’est le moins qu’on puisse dire. Je suis de ceux qui non seulement souhaitent le développement des arts et de la culture dans Hochelaga-Maisonneuve, à la fois commercial et communautaire, mais qui, également, comme participant, citoyen et bientôt animateur d’un projet dans ce sens cherche à y participer au mieux.

        Je suis désolé de vous avoir froissé, ainsi que votre conjoint, cela n’était de loin pas mon intention. Et serai crierai « présent » au prochain projet visant le développement de la culture dans notre quartier.

        1. Merci de votre réponse. Je parlais uniquement en mon nom, pas celui de mon conjoint et sachez que je vous remercie de votre sollicitude. Mon conjoint n’avait pls d’associée depuis plusieurs mois déjà et de voir toute cette attention, surtout sur Facebook, autour de la librairie quand il est trop tard me décourage énormément. Ce n’était pas contre vous personnellement que ma colère voulait s’exprimer mais bien contre l’hypocrisie de certaines gens, entre autre celles qui n’ont jamais voulu lui accorder de subvention ni la moindre aide financière.
          Au plaisir de vous rencontrer,
          Mireille

          1. Je comprends très bien ! Et je compatis sincèrement, pour avoir moi-même connu quelques déboires en affaires, ce sont des coups très durs à prendre, surtout quand on y a mis ses « trippes. »
            Au plaisir également !
            Et bon week-end à vous deux 😉
            Ianik

  2. Oui, ça me tient beaucoup à coeur! disons qu’on parlera d’une désertification localisée pour Plume et chocolat 🙂

    On prend tous des raccourcis (je clame haut et fort des horreurs sur la mauvaise alimentation et l’exploitation des moins nantis, quand je visite le Super C du coin Pie IX, alors que j’ai le Marché Maisonneuve tout près de chez moi!). Je suis certaine que la réalité toute nuancée ne pourrait jamais tenir dans des billets de blogue… 🙂

    Ça me fera grandement plaisir de rejaser culture et projets!
    p.s.: nous participerons aux Journées de la culture en septembre, faudra venir nous visiter!
    p.p.s.: je viens d’être élue au c.a. de l’organisme Les enfants de l’espoir d’Hochelaga (qui changera de nom à l’automne, pour Carrefour Parenfants); alors je vais achaler tout le monde dans le quartier , je m’excuse d’avance, faudra m e fuir ou déménager! 🙂

    1. Allons-y pour la désertification localisée 😉

      Avec plaisir pour les Journées de la culture et encore plus pour être achalé! Hâte d’en entendre parler, je suis déjà enthousiaste.

  3. En tant que conjointe du dit libraire, c’est avec beaucoup d’amertume, pour ne pas employer un mot plus féroce, que je prends connaissance de votre billet. Je veux bien comprendre votre désir de dénoncer un situation bien pénible mais je ne comprends pas cet engouement à parler de la librairie Plume et Chocolat justement maintenant, alors que Christian Maillé s’est décarcassé pour mener à bien ce projet, ce rêve dans lequel il s’était tant investi,justement maintenant, alors que tout est joué. Je ne me souviens pas de vous avoir vu régulièrement à la librairie, peut-être y étiez vous occasionnellement mais si vous saviez combien de personnes nous écrivent à quel point la fermeture de Plume et Chocolat est triste voire tragique. Mais où était tout ce beau monde quand les comptes s’accumulaient? Les gens veulent une librairie dans leur quartier pour décorer la rue Ontario parce que cela lui donne un genre de plus haut niveau peut-être? À quoi cela sert de pleurer sur sa fermeture puisque de toutes façons ils n’y mettaient jamais les pieds? Ce n’est pas en vendant pour 10,00$ de livres par jour qu’un homme peut vivre vous savez et s’il n’y avait pas eu une demie douzaine de clients, merveilleux soit dit en passant, ainsi que des parents de mes élèves qui venaient, semaine après semaines, acheter des livres pour encourager le commerce, Plume et Chocolat aurait déjà du fermer après sa première année. De grâce monsieur Marcil, usez de votre plume à parler des commerces débutants et pleins d’espoir afin de les aider à se publiciser, plutôt qu’à vous épancher immédiatement après qu’il soit trop tard. Merci quand même pour votre considération.

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