L’obsession de l’innovation

"2010 Trends and Technology Timeline" de What's Next (cliquez pour le PDF)

J’ai donné ce matin une entrevue à un journaliste du magazine français Entreprendre pour un dossier spécial sur les enjeux de l’innovation à paraître en septembre.

Le questionnement du journaliste, Nicolas Lacombe, était aussi simple qu’important:

Dans le contexte économique, social et technologique actuel, est-il juste de dire qu’il est maintenant plus que jamais primordial pour les entreprise d’innover?

Accessoirement: les entrepreneurs craignent souvent d’investir et de s’investir dans une logique d’innovation, parce qu’elle est perçue comme risquée. Certes, elle l’est. Mais il y a un bien plus grand risque: celui de ne pas innover, de rester sur ses positions de ne rien changer puisque cela a fonctionné jusqu’à maintenant. Dans un contexte de turbulences constantes et de changements radicaux, l’inertie est à coup sûr le plus grand risque qu’un entrepreneur peut prendre.

Depuis le début de ma carrière je me tue à répéter que l’innovation n’est pas la clef de la croissance des entreprises: elle est la clef de leur survie.

Le problème est que les entrepreneurs et dirigeants d’entreprises sont souvent trop obsédés par l’innovation elle-même, par le développement interne de leurs produits et processus. Or, je considère que leur obsession, ce doit être leur marché. S’ils sont attentifs aux transformations dans leurs marchés, même mineures, ils seront en mesure de s’ajuster en continu à ces transformations, ce qui est la véritable innovation.

Car nous vivions dans un monde d’innovations constantes et de changements radicaux continus et accélérés. En se concentrant uniquement sur l’innovation « pure » (i.e. le développement technologique, de nouveaux produits), les entrepreneurs font face à une concurrence quasi-insurmontable. Un chiffre qui donne le frisson: selon les statistiques les plus récentes (déjà anciennes) en 2004 les États-Unis ont produit 70 000 nouveaux ingénieurs, contre 600 000 en Chine et 350 000 en Inde. Une force de frappe impossible à concurrencer (et on ne parle pas des coûts de cette main-d’œuvre).

C’est dans ce contexte digne des luttes titanesques d’Hésiode que les entrepreneurs doivent être obsédés par ce qui change chez leurs clients. Pour ce faire, ils doivent:

  1. adopter une attitude « agile » face aux transformations de leurs marchés, en acceptant de transformer leur organisation en continu;
  2. impliquer tous les membres de l’organisation dans cette vision;
  3. s’assurer que l’innovation soit intégrée à tous les processus de l’organisation et pas uniquement au développement ou à l’amélioration de produits/services;
  4. créer des alliances stratégiques avec les éléments clef de leur communauté (universités, centres de recherche et de transfert technologique, acteurs sociaux, etc.) et à l’étranger.

Être obsédé par l’innovation pour l’entreprise c’est aussi assurer qu’elle soit un acteur-clef dans le développement harmonieux de leurs communautés. Ça n’est pas rien, comme défi, mais il n’y a aucune autre voie d’ouverte.

Laisser un commentaire