Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Ce vendredi mon amoureuse, Karine Turcot, fera une performance à Montréal inspirée d’un texte magnifique, « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » de Stig Dagerman (réédité récemment par Actes sud; disponible en ligne ici). Dagerman était un journaliste et romancier suédois qui a écrit ce texte peu avant de se suicider, à l’âge de 31 ans en 1954.

Dans l’immédiat après-guerre, Dagerman réalise une série de reportages sur la situation des Allemands vivant dans des conditions atroces. Est-ce que ces expériences traumatisantes constituent la cause profonde de son suicide? Nul ne le saura jamais. Une chose est sûre, il a été le témoin des atrocités que peuvent causer les guerres.

© Benjamin Corbeau

Cette histoire que Karine m’a racontée m’a rappelé l’une des innombrables boucheries que la deuxième guerre mondiale a fait naître, du côté des vainqueurs comme de celui des vaincus. Très jeune, j’ai appris l’histoire du massacre d’Oradour-sur-Glane, un petit village du Limousin en France. Le 10 juin 1944 (donc quatre jours après le Débarquement de Normandie), les Nazis sont entrés dans ce petit village de 644 habitants, y ont mitraillé les hommes et ont réuni les femmes et les enfants dans l’église avant de la faire sauter et d’y mettre le feu et de tuer à la mitraillette, à bout portant, celles et ceux qui tentaient de s’y échapper. Seuls quelques villageois ont survécu au massacre, la plupart sauvés par leur absence.

Un Français, Benjamin Corbeau, a mis en ligne un très beau site, duquel est tirée cette « image du mercredi, » pour commémorer l’événement. Les ruines ont été conservées tel quel et constituent maintenant un lieu de mémoire et de commémoration.

Les photos de ces ruines glacent le sang comme le texte de Stig Dagerman. Les deux crient un désespoir et le vide qu’ils appellent est infini. Le jeune suédois n’avait pas réussi à se consoler, ni surtout réussi à retrouver sa capacité à créer de la beauté dans les interstices de la violence et du désespoir qu’il côtoyait. Comment puiser, en effet, dans ce désespoir et réussir à y trouver de la beauté? Après Auschwitz, Oradour-sur-Glane et les innombrables boucheries qui nous sont jetées à la gueule par l’Histoire?

mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. (Stig Dagerman)

2 réflexions au sujet de « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier »

  1. Les horreurs dont les humains sont capables…. c’est un sujet qui me fascine tellement je n’arrive pas à comprendre comment un humain peut en arriver à perdre son humanité et en venir à faire de telles atrocités à ses semblables…. réflexion matinale.
    stéphanie

  2. En effet, je m’interroge aussi depuis des années. À part un sous-groupe de dérangés qui émergent peut-être davantage en cas de guerre et les malades profonds comme Hitler et ses généraux, ces hommes avaient des familles et une job avant la guerre… Enfin pas de job pour plusieurs mais bon. Mystérieux et dérangeant.

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