L’alphabétisation: fabriquer du sens

L’école ne m’a appris ni à lire ni à écrire. Bien avant le début de mes études primaires, ma mère l’avait fait. Tout le reste de ma jeunesse mes parents m’ont appris à fabriquer du sens à partir de ce que je lisais. J’aime bien l’expression anglaise « to make sens » lorsqu’on la traduit littéralement: faire, fabriquer du sens. Bien sûr il s’agit d’un détestable anglicisme mais son sens plus large en français est riche.

Lire, ça n’est pas décoder un mot, une phrase, un texte; ça n’est pas décoder une facture d’épicerie ni une chronique de Richard Martineau. Car apprendre à lire, c’est non seulement apprendre à traduire un code mais c’est aussi et surtout savoir l’interpréter; fabriquer du sens. C’est comprendre ces codes pour mieux appréhender le monde dans lequel nous évoluons afin de pouvoir y être un acteur à part entière. De ne pas en être exclu.

Malheureusement, la vision utilitariste que nous avons de l’éducation fait en sorte que nous considérons que le savoir-lire et le savoir-écrire devraient d’abord servir, assurer aux futurs petits travailleurs une meilleure place sous le soleil du marché du travail.

À mon sens, c’est être complètement à côté de la plaque. L’alphabétisation permet de former de meilleurs citoyens, pas de meilleurs travailleurs; les meilleurs citoyens seront de meilleurs travailleurs de toutes les manières. Savoir lire n’est pas être en mesure de décoder une facture d’épicerie ni une chronique de Richard Martineau. Atteindre cet objectif ne fera pas d’un jeune un meilleur citoyen (quoique être en mesure de décoder ce qui se cache derrière une facture d’épicerie pourrait l’aider à mieux comprendre les enjeux économiques et sociaux de la consommation).

On présente trop souvent les statistiques liées à la littératie et à l’analphabétisme sous cet angle utilitariste. Au Québec, il y a 800 000 d’adultes n’atteignant que le niveau 1 de littératie (sur 5) – qui ont donc un niveau très faible en matière de compréhension de textes suivis.

Bien pire, 2,5 millions de Québécois n’atteignent que le niveau 2 – « En d’autres mots, un adulte sur deux n’est pas outillé pour le Québec d’aujourd’hui et de demain et n’a pas les compétences requises pour traiter l’information écrite de la vie courante, » comme le souligne la Fondation pour l’alphabétisation.

La Fondation souligne que cette personne a ainsi de la difficulté à:

  • aider ses enfants à faire leurs devoirs;
  • comprendre les procédures liées à son emploi;
  • lire une posologie de médicament;
  • remplir une demande d’emploi en ligne;
  • passer en revue le programme électoral d’un parti;
  • jouer pleinement son rôle de citoyen.

Dans un monde où les enjeux de société sont de plus en plus complexes, où notre responsabilité citoyenne individuelle est de plus en plus grande (ou doit l’être), où l’économie est de plus en plus basée sur la connaissance, où l’information est de plus en plus accessible, cette situation est proprement aberrante et scandaleuse.

Aujourd’hui, c’est la Journée internationale de l’alphabétisation de l’UNESCO. Cette année l’organisme a choisi comme thème la paix. Car savoir lire et sa voir écrire, c’est aller vers l’autre, c’est mieux le comprendre et donc, espérons-le, mieux vivre avec lui.

Pour aider: visitez le site de la Fondation pour l’alphabétisation et faites un don ou offrez-vous pour faire du bénévolat.

 

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