Tout ce qui brille n’est pas or – Quoi faire de nos gisements miniers?

Dans une étude publiée la semaine dernière, j’expliquais qu’une douzaine de nouveaux projets miniers pourraient produire d’ici 3 ou 4 ans pour plus de 20 milliards de dollars de nouveaux minerais par année. Étant donné que le Québec n’a pas de capacité industrielle de transformation de ces minerais, l’essentiel voire la totalité de ceux-ci seront exportés, ce qui représente une augmentation potentielle de 34% de nos exportations totales à compter de 2015.

Comment l’économie québécoise pourrait bénéficier de ces développements importants? Ou plutôt: comment se fait-il qu’il y ait aussi peu de projets pour que l’ensemble de la société puisse bénéficier réellement de ces milliards? Pourtant, la valeur de ces nouvelles extractions représente grosso modo la moitié de la production du secteur manufacturier québécois.

Outre les interminables et stériles discussions sur les redevances minières, à peu près rien n’est discuté concernant l’environnement économique de ces nouvelles exploitations minières. Certes, il y a le Plan Nord, annoncé en grande pompe il y a quelques temps. Quant à moi, il ne s’agit là que d’un vaste projet de logistique qui a peu à voir avec un plan de développement économique qui réponde aux besoins d’une économie moderne.

Un tel plan devrait tenir compte de l’écosystème dans lequel se développeront ces nouvelles exploitations. Lequel écosystème intègre autant les sous-traitants des entreprises d’exploitations, que les travailleurs, élus locaux, organismes de développement social, économique et culturel mais aussi l’ensemble des acteurs visant la protection et le développement de l’environnement, des premières nations, des régions ou de l’innovation.

Le Québec a pourtant développé un modèle original et efficace en la matière, à savoir avec les alumineries de la province. En effet, les alumineries qui s’installent au Québec, bénéficiant ainsi de multiples avantages, s’engagent auprès du gouvernement du Québec, par une entente formelle, à faire bénéficier à l’ensemble de la société des retombées de ces investissements. Il ne s’agit pas uniquement que de création d’emploi au sein de ces alumineries, mais bien plus de multiples impacts dans l’écosystème: emplois en transformation mais aussi en amont, chez les fournisseurs, sans compter les alliances avec des centres de recherche, l’implication communautaires et ainsi de suite. Il est très important de noter que ces emplois hors-usine doivent être directement créés et soutenus par l’aluminerie (pour un minimum de trois ans) et non pas être le résultat de vagues calculs de « retombées économiques » fumeuses.

À titre d’exemple, pour l’implantation de sa phase II à Sept-Îles, l’aluminerie Alouette s’était engagée à créer 1350 emplois d’ici 2012. En juin dernier, Alouette annonçait avoir atteint et dépassé ces objectifs, presque un an à l’avance, donc, en ayant créé plus de 1600 emplois (voir tableau).

Voilà un modèle simple. Les alumineries bénéficient d’une de nos plus grandes richesses, l’hydro-électricité, et en retour s’engage à ce que son installation sur notre territoire bénéficie à l’ensemble de la collectivité.

Pourquoi ne pas proposer, sinon imposer, le même type d’ententes aux minières qui désirent exploiter les ressources de notre sous-sol? Pourquoi ne pas mettre en place une véritable vision du développement de la filière métallique dont l’ensemble du Québec pourrait bénéficier comme il l’a fait depuis 40 ans de l’hydro-électricité?

Il serait pourtant réaliste de mettre en œuvre des « contrats d’intégration » entre l’État et les minières, aux termes desquelles le gouvernement, les entreprise d’exploitation et les divers acteurs de la communauté pourraient, par exemple:

  • créer un fonds destiné à l’augmentation de la productivité des entreprises de transformation métallique, en visant les entreprises en transformation les plus susceptibles d’être innovantes, sachant qu’une large proportion d’entre elles ont une machinerie vieillissante, voire obsolète;
  • financer de façon récurrente la recherche fondamentale et appliquée et les transferts technologiques (par le biais des CTT) reliés aux applications minières et métalliques;
  • garantir la création d’emplois de qualité en amont (fournisseurs de technologies) et en aval (développement de nouveaux processus de fabrication métallique) à raison d’un ratio raisonnable par tranche d’investissement, trois ans après le début de l’exploitation de la mine;
  • contribuer à un fonds dédié à hauteur d’un pourcentage raisonnable des ventes de minerais, destiné à des investissements de haut calibre (ayant un impact majeur en développement régional, environnemental et technologique) – qui pourrait être géré par un organisme comme Investissement Québec;

Ainsi, les entreprises de fabrication de pointe identifiées par l’industrie avec le soutien des grands fonds d’investissements du Québec pourraient s’engager à moderniser leur équipement, à investir dans le développement de technologies innovantes et durables tout en contribuant à la formation de la main-d’œuvre.

Le développement de ces expertises au sein de la filière métallique pourrait, à moyen et long terme, faire du Québec une force mondiale de cette industrie, comme le développement de l’ensemble de l’écosystème de l’hydro-électricité l’a fait au plan du génie électrique, du génie civil et du développement des technologies et des énergies renouvelables.

Cependant, il est minuit moins cinq. Plusieurs des projets majeurs identifiés dans l’étude que j’ai publiée la semaine dernière sont déjà en pleine réalisation et seront en exploitation dans quelques mois seulement.

 

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