Viande humaine

Comme cela nous semblerait flou
inconsistant et inquiétant
une tête de vivant
s’il n’y avait pas une tête de mort dedans.
Prévert, 1966

Le contact avec les représentations classiques du corps humain, de l’Aphrodite de Cnide au Baiser de Rodin, émeut par leur vitalité figée. La surface lisse de la peau de marbre laisse deviner la pulsion des chairs, la circulation sanguine et la vie organique. Jusqu’au moment où les arts visuels se soient débarrassés de la quête idéaliste et transcendantale de la recherche du beau (sinon du vrai), atteindre cette pulsion de vie derrière la perfection des corps sculptés était essentielle au discours esthétique. Le corps idéal émergeant du bloc de marbre se devait d’être l’élément d’un ensemble transcendant l’œuvre individuelle.

La représentation classique du corps humain ramenait le spectateur à sa réalité sauvage sous-cutanée: l’élan de vie mystérieux sous la peau, interface entre l’inatteignable monde intérieur, littéralement, et le mouvement de la réalité qui unit les êtres. Dans la grande narration occidentale héritée de l’Antiquité, ce contact permettait l’espoir d’atteindre une certaine transcendance, une certaine vérité de l’élan vital (cf MAC 1996) à l’intérieur même de cette interface, la peau, frontière de l’intériorité. Ces œuvres inanimées s’intégraient dans l’animalité, la chair et le désir – et tendaient ainsi à l’animation, à l’animus. Le dialogue intérieur au sein de l’affect du spectateur face à l’œuvre permettait de définir cette frontière avec la socialité du monde extérieur.

Poursuivez votre lecture de cet article que j’ai publié dans le webzine des arts visuels, Rats de Ville.

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