La destruction créatrice en bonne santé au Canada

Nos économies évoluent, croissent et se transforment de trois manières: par le développement de nouveaux marchés, par de nouvelles exploitations de ressources naturelles et par l’innovation.

La partie la plus visible, du point de vue macro, de cette évolution est la croissance, c’est-à-dire le taux auquel on augmente, année après année, la quantité de biens et de services qui sont produits dans l’ensemble de l’économie. Cette croissance économique est le nerf de la guerre non seulement du développement mais aussi de la survie de nos économies. C’est la raison pour laquelle on s’en préoccupe à ce point.

Cependant, cette croissance économique constitue l’agrégation de l’ensemble de l’économie et nous renseigne peu, voire pas du tout, sur sa dynamique réelle. Par exemple, l’Arabie Saoudite, dont l’économie est basée à 90% sur le pétrole, a connu des taux de croissance phénoménaux depuis les années 1970 pour des raisons évidentes. Mais si la demande pour le pétrole devait chuter drastiquement (et/ou ses réserves s’épuiser), ce pays riche serait en bien mauvaise posture.

Il est donc essentiel d’analyser plus finement l’évolution de nos économies pour en évaluer avec davantage de précision la bonne ou la mauvaise santé. Statistique Canada a publié hier une importante étude, Dynamique des entreprises: l’entrée et la sortie d’entreprises au Canada, 2000 à 2008, qui permet une telle analyse.

Environ 100 000 entreprises sont créées chaque année, alors qu’un peu plus de 90 000 disparaissent de l’économie canadienne. Ce qui veut dire qu’à chaque jour ouvrable se créent et meurent  environ 400 entreprises au pays.

La période couverte par cette étude, de 2000 à 2008, contrainte par la disponibilité des données et le temps de leur traitement, nous permet d’avoir une bonne idée des transformations qu’a connu notre pays entre le crash des dotcoms et le début de la dernière crise financière.

Les conclusions intéressantes de l’étude sont les suivantes:

  • le « taux de roulement » des entreprises est globalement positif, c’est-à-dire qu’il se crée davantage d’entreprises qui n’en disparaissent;
  • la taille moyenne des entreprises entrantes et sortantes au cours de cette période a diminué, c’est-à-dire que les entreprises créées et fermées sont de plus en plus petites;
  • les entreprises entrante et sortantes sont de plus en plus petites, ce qui signifie donc à l’inverse que les entreprises plus grandes survivent plus longtemps;
  • le taux de roulement varie énormément dans les diverses industries; s’il est globalement positif, il est négatif dans deux secteurs: l’agriculture et la fabrication de biens non durables (un bien non durable n’est pas réutilisé; par exemple: produits alimentaires, papiers, vêtements, etc.).

Il y a trois grandes implications à ces conclusions:

  1. L’économie canadienne en bonne forme. En effet, un taux de roulement positif et de relativement bonne envergure sans être trop élevé (la moyenne est de 10,8% d’entrées et de 9,0% de sorties) signifie qu’elle connaît un processus de destruction créatrice sain et dynamique. La destruction créatrice, concept inventé par le grand économiste Joseph Schumpeter (voir encadré), est « la donnée fondamentale du capitalisme » – le phénomène qui en fait une formidable machine évolutive.
  2. La grande diversité des taux de roulement selon les industries en dit beaucoup aussi sur leur dynamique. Certaines ont des taux de création très élevé tout en ayant des taux de sortie beaucoup plus faible – la championne étant les « services professionnels » (firmes de génie-conseil, par ex.). Deux secteurs, par contre, ont des taux de sortie plus élevés que leur taux d’entrée: l’agriculture et la fabrication de biens non durables. C’est un signe supplémentaire de leur transformation profonde. Car au niveau de l’emploi de ces firmes qui entrent et sortent du marché, ces deux secteurs sont stables, voire très performant dans le cas de la fabrication de biens non durables: les entreprises qui sont créées sont moins grosses que celles qui ferment leurs portes, ce qui signifie, notamment, qu’elle sont plus efficace et donc plus innovantes.
  3. Globalement, toutefois, le processus créatif n’est pas « efficace, » selon cette définition: les entreprises créées sont de plus grande taille que les entreprises sortantes. Cela peut impliquer deux choses. D’une part, les entreprises canadiennes sont de taille de plus en plus grande, ce qui peut être un signe de maturité, plutôt que d’inefficacité, et accroitre la stabilité à long terme des écosystèmes industriels. D’autre part, il est possible que cela signifie que les entreprises se dotent davantage de moyens que leurs prédécesseurs pour affronter les turbulences et les risques auxquelles elles font face.

Ce sont donc globalement de bonnes nouvelles. Cela dit, les taux d’innovation déplorables de nos entreprises devront être radicalement améliorés pour que la situation à long terme soit réjouissante.

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