Les conséquences économiques de l’analphabétisme

NB: ce texte a été publié originellement le 27 janvier 2012 sur le site du Voir.

 

Au Québec, un adulte sur deux est un analphabète fonctionnel. La moité de la population qui désire travailler, s’épanouir, être heureux; la moitié de la population qui a le droit de voter, de conduire une voiture, qui cherche à comprendre le monde dans lequel elle évolue.

Tant que la situation ne s’améliorera pas, on devrait répéter tous les jours cette statistique effarante. Préférablement en écrivant à nos élus.  C’est aujourd’hui la Journée de l’alphabétisation familiale qui vise à faire la promotion « de l’éveil à l’écrit et du plaisir de lire en famille. »

Le plaisir. Dans notre société qui carbure au spectacle, à la séduction, au ludique, à la recherche effrénée du plaisir, comment n’arrivons-nous pas réussi à faire partager à nos semblables le plaisir de la lecture et de l’écriture, de la connaissance et de la curiosité?

Les conséquences humaines de l’analphabétisme sont évidemment nombreuses et tragiques. Comme le souligne la Fondation pour l’alphabétisation, la moitié des adultes du Québec a donc de la difficulté à:

  • aider ses enfants à faire leurs devoirs;
  • comprendre les procédures liées à son emploi;
  • lire une posologie de médicament;
  • remplir une demande d’emploi en ligne;
  • passer en revue le programme électoral d’un parti.

Il est question, ici, de besoins des plus élémentaires. D’être en mesure de s’épanouir comme être humain, de jouer son rôle comme citoyen et d’assurer son bien-être matériel.

Car les conséquences économiques de l’analphabétisme sont également terribles. Imaginez! La moitié des adultes du Québec peuvent ne pas être en mesure de comprendre les procédures liées à son emploi! Et on s’alarme, à juste titre, du déclin de la culture générale…

La littératie est étroitement liée à la scolarisation, bien entendu. Les deux permettent l’amélioration du bien-être économique de tous. Une étude démontrait il y a quelques années que chaque année de scolarité supplémentaire rapportait en moyenne 8,3% de plus de salaire aux Canadiens. Mais il n’y a pas que la scolarité, comme vecteur d’une meilleure performance pour les travailleurs. La litératie élémentaire, celle qui permet de dépasser le niveau illustré ci-dessus, améliore toutes les conditions de vie matérielles des gens; l’UNESCO a démontré en long et en large que l’analphabétisme est fortement corrélé avec la faiblesse de la croissance économique, des niveaux élevés de dépenses en santé publique et des inégalités de revenu profondes.

Avec une économie qui se transforme à une vitesse vertigineuse, où les compétences attendues des travailleurs sont de plus en plus complexes, ne pas se soucier de ce problème de société majeur c’est s’assurer de foncer directement dans un mur au-delà duquel il n’y aura aucun retour possible.

À l’heure du grand brassage de cartes que nous connaissons, aucun parti ni mouvement politique n’aura ma sympathie s’il ne met pas l’alphabétisation et l’éducation au sommet de ses préoccupations et, surtout, des actions concrètes qu’il entend mettre de l’avant pour améliorer drastiquement la situation. Il n’y a pas de place, ici, pour les vœux pieux et les bons sentiments: il y a urgence d’agir massivement.

Laisser un commentaire