L’unique et sa propriété

Les mégavedettes de l’art contemporain, comme Jeff Koons ou Damien Hirst, emploient dans leurs ateliers des centaines d’assistants. Avec quelques 120 employés, l’atelier de Hirst peut être considérée comme une PME de taille respectable. Ils ne font pas exception, bien entendu. La plupart des artistes établis comptent de tout temps sur l’aide de collaborateurs.

Un petit diaporama publié récemment sur un site populaire en recense une dizaine parmi les plus célèbres. J’ai été amusé de constater que sa diffusion sur les plateformes des médias sociaux ait suscité de nombreuses réactions outrées (on peut d’ailleurs en lire quelques unes du même ordre dans les commentaires sous le diaporama). Quoi? Ces artistes ne créeraient pas de leurs divines mains leurs propres œuvres? Le modèle maitre-apprenti existe pourtant depuis la nuit des temps et il a permis à de nombreux génies de produire des œuvres remarquables, aidés de leurs élèves et assistants.

Mais les réactions outrées ou intriguées face à cette réalité en disent beaucoup sur notre relation à l’œuvre et à son créateur. Elles illustrent également le problème fondamental de l’œuvre d’art dans l’histoire de la pensée économique: son unicité. L’économiste s’intéresse aux relations entretenues entre la production industrielle de biens et de services et la demande de ceux-ci par les consommateurs. Les interrelations interviennent dans un espace qui s’appelle le marché et qui est donc l’objet d’analyse central de l’économiste. Mais sur un marché « normal » s’échangent des biens indifférenciés. Sur le marché des boutons à quatre trous, tous les boutons à quatre trous sont semblables. Sur le marché de l’art chaque artiste et chacune de ses productions sont uniques. D’ailleurs, les analyses économiques contemporaines des arts ont beaucoup plus de facilité, pour cette raison, à étudier les « industries culturelles » comme le cinéma ou l’édition – le comportement des auteurs dans ces industries et sur ces marchés s’apparentant davantage à ceux des industries économiques traditionnelles.

Poursuivez votre lecture de cet article que j’ai publié dans le webzine des arts visuels, Rats de Ville.

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