Trahit sua quemque voluptas

Dans sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles, Jean-Jacques Rousseau écrit:

Le bon emploi du temps rend le temps plus précieux encore, et mieux on le met à profit, moins on en fait trouver à perdre. Aussi voit-on constamment que l’habitude du travail rend l’inaction insupportable, et qu’une bonne conscience éteint le goût des plaisirs frivoles: mais c’est le mécontentement de soi-même, c’est le poids de l’oisiveté, c’est l’oubli des goûts simples et naturels, qui rendent si nécessaire un amusement étranger. […] L’on croit s’assembler au spectacle, et c’est là que chacun s’isole ; c’est là qu’on va oublier ses amis, ses voisins, ses proches, pour s’intéresser à des fables, pour pleurer les malheurs des morts ou rire aux dépens des vivants. […] Il faut, pour [plaire au peuple], des spectacles qui favorisent leurs penchants, au lieu qu’il en faudrait qui les modérassent.

« Trahit sua quemque voluptas, » précise-t-il. Chacun est entraîné par ses goûts, par ses penchants, par ses plaisirs.

Il se trouve dans cet ouvrage de Rousseau, et même dans ce court passage, le concentré des rapports problématiques qu’entretiennent les penseurs du 18e siècle avec le rôle des arts dans la société (et dans le système politique et économique). Il y a chez Rousseau, mais chez plusieurs philosophes politiques du 18e siècle des échos de Platon qui excluait les arts « d’imitation » de sa Cité idéale pour leur capacité potentiellement destructrice de l’ordre politique et moral.3

Rousseau n’est pas isolé: à partir du moment où les penseurs sociaux de l’époque cherchent à intégrer les arts et la culture dans leur réflexion politique et économique, ils se heurtent à leur nature particulière. D’abord par les interactions complexes qu’ils entretiennent avec le pouvoir politique, économique et religieux. Mais aussi par leurs caractéristiques particulière en tant qu’objet marchand. Ces interrogations s’expriment à cinq niveaux et constitueront le fondement de l’analyse économique des arts jusqu’à aujourd’hui.

Poursuivez votre lecture de cet article que j’ai publié dans le webzine des arts visuels, Rats de Ville

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