Terre des Hommes

NB: ce texte a été publié originellement le 22 avril 2012 sur le site du Voir.

 

Un «rassemblement pour le bien commun» – ainsi annonce-t-on la marche pour le Jour de la Terre à Montréal, cet après-midi.

Le « bien commun » est un beau terme. Comme plusieurs de ses semblables, il se vide de sa substance et de son sens profond à force d’être utilisé. Il devient rapidement, alors, une vertu éthérée, un idéal désincarné et éthéré. Pourtant, il charrie dans son sillage une signification essentielle à notre vision du lien social et de son organisation.

Économistes, nous n’avons pas à nous préoccuper du bien commun. Le bien commun constitue la frontière de notre expertise et de la légitimité de nos prétentions, ou à tout le moins devrait la constituer.

Si le bien commun nous échappe, car il appartient au politique, la nature d’un bien commun, elle, nous est familière.

Un bien commun, c’est un bien dont l’utilisation se soustrait aux lois du marché. On dit aussi un bien public – comme un lampadaire de rue: il n’est pas possible, pour un marché, de «produire» un lampadaire, parce que dès lors qu’une personne a payé pour son installation, tout le monde profite de la lumière qu’il projette. Il est nécessaire que la communauté s’organise pour mettre en place ce bien public. Laquelle communauté peut être une organisation coopérative réunissant tous les habitants de la rue autant qu’une organisation politique à laquelle on délègue cette responsabilité.

Ce qui est vrai du lampadaire, des routes, de l’éducation ou de la recherche scientifique l’est encore plus de l’environnement naturel: l’eau, l’air, l’écosystème ne sont pas, a priori, de propriété privée, bien entendu. Ce sont des biens communs, par nature. Mais puisque nous faisons partie de l’écosystème, dès lors que nous y habitons, nous l’utilisons, nous en usons et nous l’usons.

Si l’humain a été en mesure de créer des structures politiques et communautaires pour bâtir des aqueducs, des routes et des écoles, il tombe sous le sens qu’il a la capacité de faire la même chose pour user des ressources de son environnement physique de manière organisée – en accord avec les aspirations de la collectivité plutôt que les intérêts particuliers.

C’est la raison pour laquelle l’économie politique n’a rien à dire du bien commun. Son utilisation relève du politique, au sens large. De l’action collective, non des désirs individuels. Des besoins de la communauté dans son ensemble, non du profit privé.

Le bien commun demeurera une très belle expression. Le Jour de la Terre devrait dépasser le langage et mettre la petite pensée manageriale au pas. Notre responsabilité individuelle à l’égard du bien commun repose dans le creuset de notre implication collective.

Si le printemps symbolise la renaissance de la nature, je souhaite qu’il symbolise également une nouvelle Renaissance – un humanisme qui transcende la sphère privée et qui renouvelle notre foi en ce qu’il y a de meilleur sur cette Terre des Hommes.

 

Ils peuvent tuer toutes les hirondelles,
ils n’empêcheront pas la venue du printemps.
~ Proverbe afghan

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