Appel à la raison

NB: ce texte a été publié originellement le 26 avril 2012 sur le site du Voir.

 

Devant les événements qui secouent le Québec présentement, la colère s’exprime. Tout le monde est en colère ce matin, peu importe le « camp » où l’on loge. Pour ou contre la hausse, une vaste majorité des Québécois sont en colère, j’en suis persuadé. Pour des raisons opposées, mais en colère.

La colère, l’adage le dit, est mauvaise conseillère.

L’expression de la colère l’attise encore plus. Et il faut se calmer avant qu’il ne soit trop tard, comme l’écrit Jean Barbe ce matin.

J’en appelle à la raison.

La raison économique.

Celle de l’intérêt privé et individuel.

J’en appelle aux commerçants, aux patrons de PME, aux professionnels du monde des affaires, avocats, comptables, fiscalistes et autres, aux responsables des agences de développement économique et commercial (CDEC, SADC, etc.), j’en appelle à tous les acteurs économiques de notre société, peu importe leur allégeance politique.

J’en appelle particulièrement à ceux qui sont en faveur de la hausse des droits de scolarité. Qui doivent, comme la majorité des citoyens, souhaiter la paix sociale.

La crise que nous vivons s’envenime de jour en jour. Un climat social délétère n’est pas bon pour le commerce. Mais, bien plus, une société dont une partie importante de ses membres est en colère contre un gouvernement légitimement élu voit la qualité et la solidité de ses liens se détériorer. Ces liens constituent le terreau sur lequel croissent la création, l’innovation, le développement de nos communautés et de notre économie.

J’en appelle donc aux intérêts privés des acteurs économiques du Québec, et plus particulièrement du centre-ville de Montréal, pour qu’ils contribuent à apaiser le climat social. Il ne s’agit plus de prendre position sur la question des droits de scolarité. Mais de demander à nos élus, à tous nos élus, de tout faire pour ramener la paix sociale. Pour qu’enfin un dialogue puisse s’installer.

Vous pouvez le faire en communiquant avec votre député (liste, ici) et avec le bureau du premier ministre (coordonnées, ici), voire même avec celui du maire de Montréal (coordonnées, ici). Pour leur demander:

  • de laisser les calculs partisans de côté le temps qu’une issue à cette crise soit trouvée;
  • de nommer sans délai un médiateur pour régler le conflit avec les étudiants, afin d’apaiser les tensions qui en ont découlé depuis;
  • de mettre en place une discussion nationale large, dans le cadre d’élections ou non, sur les grands enjeux de notre société et particulièrement l’éducation.

J’en appelle à la raison parce qu’il y a urgence d’élever le débat et de cesser sur-le-champ de le polariser.

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Suite à une suggestion de mon collègue ès-blogues au Voir Jérôme Lussier, j’ai demandé sur Twitter des propositions pour un médiateur à la crise. Une personne qui serait « irrésistible » pour toutes les parties en cause. Si vous avez une proposition réaliste, n’hésitez pas à la soumettre dans les commentaires ci-dessous. Il y aura des suites.

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Voici la lettre que j’ai fait parvenir au premier ministre du Québec; j’en ai écrit des semblables à d’autres acteurs économiques du Québec.

Monsieur le premier ministre,

À titre d’économiste, je m’inquiète grandement de la situation sociale actuelle au Québec. Le climat social délétère est néfaste pour l’économie du Québec, et de Montréal en particulier. L’image du Québec et de sa métropole commence déjà à écoper, puisque l’on commence à diffuser des images de la violence des manifestations de ces derniers jours dans les grands médias européens et américain (y compris à CNN). Vous savez comme moi combien les décisions d’affaires reposent grandement sur la réputation de stabilité sociale d’une économie.

J’en appelle solennellement à titre de chef du gouvernement, de premier ministre de tous les Québécois, à ce que vous mettiez en place les conditions permettant de dénouer la crise actuelle:

– en laissant les calculs partisans de côté le temps qu’une issue à cette crise soit trouvée et en ouvrant la porte au dialogue avec vos collègues des partis d’opposition;
– en nommant sans délai un médiateur pour régler le conflit avec les étudiants, afin d’apaiser les tensions qui en ont découlé depuis;
– de mettre en place une discussion nationale large sur les enjeux de l’éducation au Québec.

À titre d’économiste et de citoyen, la situation actuelle me fait craindre le pire pour l’avenir économique du Québec à moyen et long terme. Il est de votre devoir et de votre capacité de trouver une sortie de crise harmonieuse au bénéfice de l’ensemble de vos commettants.

Respectueusement,

Ianik Marcil
Économiste indépendant

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