Wikipolitique

NB: ce texte a été publié originellement le 2 juillet 2012 sur le site du Voir.

 

Un peu partout dans le monde, des mouvements populaires cherchent à se réapproprier le politique. Les institutions traditionnelles – tant les partis politiques que les organisations représentatives – semblent de moins en moins répondre aux aspirations et aux besoins de la vie civique.

Affairisme, carriérisme et corruption, management à court-terme de la chose publique, saccage du patrimoine environnemental et industriel, négation du rôle des travailleurs dans la société, endettement généralisé, montée inexorable des inégalités sociales de toute nature: nombre de citoyens constatent que le politique a été sacrifié à la politique à la petite semaine.

Ce contexte est le terreau idéal sur lequel croissent le cynisme et la désaffection politique. La réputation des politiciens et les taux de participation anémiques aux élections le démontrent parfaitement. Les mouvements sociaux comme les occupy, les indignados ou le mouvement des carrés rouges constituent autant de cris du cœur contre cette dérive politicienne et affairiste qui laisse en plan la destinée des peuples.

En revanche, la situation ouvre la porte à de nouvelles formes de participations politiques. En Europe comme dans les Amériques, on voit naître semaine après semaines ces dernières années des initiatives de « démocratie liquide » – des forums laissant un maximum de liberté à l’émergence de solutions collectives aux problèmes auxquels nous faisons face. Des plateformes permettant à tout un chacun de participer au changement – conformément à la philosophie du wiki, c’est-à-dire à l’édification collective et décentralisée de solutions politiques en faisant fi des institutions traditionnelles top-down comme les partis politiques.

Bienvenue dans l’ère de la wikipolitique.

Une nouvelle initiative de ce type a été lancée au Québec hier: le Projet démocratie (page Facebook, ici).

Il s’agit d’un parti politique (qui tentera de se faire reconnaitre par le Directeur général des élections)… qui ne veut surtout pas être élu. Un « parti de revendications, pas de représentation. Personne ne pourra voter pour lui. Loin de vouloir diviser le vote, la bête hybride qu’il est souhaite plutôt donner une voix supplémentaire, un canal autre à ceux et celles qui en souhaitent un, mais qui ne sentent pas que les moyens actuels leur conviennent. Expérience politique, outil conçu par et pour le citoyen, un pont, une courroie de transmission, » selon le communiqué publié par l’organisation.

Cette initiative est l’une parmi d’autres qui émergent depuis quelques semaines au Québec à la suite de la crise sociale que nous connaissons depuis le printemps. Les assemblées populaires autonomes de quartier se multiplient – tout comme les diverses universités populaires, les étudiants s’organisent pour répartir de le vote entre les circonscriptions, un parti « sans parti » – la Coalition pour la Constituante – visant la réforme complète de l’État vient tout juste d’être reconnu par le DGE, etc.

Le Québec est passé à une nouvelle étape: après la colère des manifestations de rue et des casseroles, voici celle de la réflexion et du retour à l’action politique fondamentale. Le « Projet démocratie » milite en ce sens, en désirant « permettre aux citoyens de s’éduquer à une conception ‘active’ de la démocratie et de dénoncer les idées politiques qui s’éloignent d’une telle conception. »

Le constat de ce groupe me paraît aussi clair que juste:

Il y a du politique au Québec. Et actif, le politique. Les derniers mois nous l’ont plus que démontré. Dans les rues, les familles, les lieux publics, les médias, on l’a senti se déployer, se mettre en mouvement, être là. Discussions, pancartes, marches, casseroles, feutrines, tweets et flashmobs : autant d’incarnations d’une soif de délibération, de dépassement des oppositions, de réflexions. Se faire entendre. S’exposer. S’agir. Un « quelque chose » se passe. Manifestement. Et pas seulement que dans les salons.

Souhaitons, en effet, que « ça » ne se passe pas seulement que dans les salons mais que la réflexion et l’action politiques vivent à nouveau dans le réel et le concret – hors de la mainmise d’institutions politiciennes totalement déconnectées des problèmes urgents auxquelles notre société fait face.

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