Ce qui dépend de nous

NB: ce texte a été publié originellement le 5 août 2012 sur le site du Voir.

 

Les économies occidentales font face à des turbulences potentiellement historiques. Tout indique que plusieurs pays européens sont déjà entrés en récession et la situation aux États-Unis n’est pas reluisante. Ajoutons à cela une baisse marquée de la croissance des nouveaux géants comme la Chine, le portrait n’est pas rose.

Je prétendais ici même il y a quelques semaines que les économies mondiales connaissent une crise économique systémique et profonde. Je proposais dans ce même texte des orientations générales pour l’avenir des politiques publiques.

Maintenant que nous sommes en campagne électorale, la question est : qu’est-ce qu’on peut faire, concrètement ? À quels problèmes devons-nous nous attaquer en priorité ?

À mon sens, les cinq principaux défis économiques du Québec à moyen et long terme sont les suivants :

1.- Fractures sociales et économiques. Environ la moitié de la population adulte québécoise est analphabète fonctionnelle (éprouve des difficultés de lecture). Nos taux de diplômation sont désastreusement bas. Les inégalités économiques se creusent ici aussi. Les effets purement économiques de cette situation sont désastreux : l’exclusion d’une large partie de la population de la vie économique privera le Québec d’un potentiel de production économique digne de ce nom.

2.- Tissu industriel éclaté et exploitation non valorisée des ressources naturelles. Ces deux problèmes importants sont inter-reliés. Le Québec économique des 40 dernières années s’est développé en partie grâce à l’hydro-électricité qui a fait naître autour d’elle de nombreuses industries (génie, alumineries, nombreux secteurs technologiques). Nos politiques publiques ont oublié cette leçon, semble-t-il. Le soi-disant Plan Nord ne prévoit à peu près aucune mesure pour valoriser les ressources minières (et on ne parle pas des retombées directes dans les communautés ni des impacts environnementaux). On s’entre-déchire sur les redevances minières alors que le vrai problème c’est l’intégration à l’ensemble de la filière métallique. Extraire du minerais, même avec les plus grandes redevances au monde, sans valoriser et créer tout un écosystème économique autour relève d’une vision suicidaire du développement économique

3.- Innovation et créativité sous-développées. On se targue de l’importance de la créativité québécoise alors que nos investissements en recherche-développement sont à des niveaux désastreux. Notre capacité à innover, à créer des entreprises créatrices et à valoriser les arts et les sciences nécessite encore, et plus que jamais, un sérieux coup de barre.

4.- Finances privées et publiques plombées. L’endettement privé et public est catastrophique ici comme ailleurs. Les caisses de retraites menacent d’imploser. L’évasion fiscale de toute nature représente l’équivalent du déficit annuel du gouvernement du Québec. Un redressement majeur est nécessaire et inévitable.

5.- Les modèles alternatifs de développement économique, qui constituent, à mon sens, l’avenir de nos  sociétés, demeurent les enfants pauvres du Québec, alors que de nombreux pays (notamment en Europe du Nord et en Allemagne mais aussi en Amérique latine) les développent à grande vitesse. J’entends ici autant les coopératives, les industries vertes que l’innovation sociale au sein des communautés.

Au cours de la campagne électorale, je me pencherai sur ces cinq enjeux majeurs et j’examinerai les programmes électoraux des partis en fonction d’eux.

En matière de politiques économiques, nous devons nous concentrer sur ce qui dépend de nous, pour détourner l’expression d’Épictète. Croire qu’il est possible de contrer des puissantes tendances hors de notre contrôle est vain et constitue un gaspillage d’énergies précieuses. Mais je considère que sur ces cinq enjeux, l’État québécois peut à la fois agir et favoriser l’action dans les communautés. Cela nécessitera, en revanche, beaucoup d’imagination et une grosse dose de courage politique.

Une élection générale vise à choisir celles et ceux que les citoyens considèrent les mieux placés pour diriger le gouvernement, c’est-à-dire, au fond, choisir les meilleurs moyens pour régler nos problèmes communs. Mais aussi celles et ceux qui proposent une vision globale de notre société et de ses problèmes. Choisir, en quelque sorte, à la fois ceux qui émettent le meilleur diagnostic et, conséquemment, proposent les meilleurs remèdes.

Un gouvernement n’est pas qu’un simple « gestionnaire » de la chose publique : il doit être représentatif, justement, des préoccupations de ses commettants et donc d’abord offrir une vision des défis auxquels nous sommes confrontés.

Je serai donc aussi attentif à l’évaluation que font les différents partis de nos problèmes actuels qu’à la vision d’avenir qu’ils proposeront.

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