Huffington Post | Économie de base (bis)

NB: Ce texte a été publié le 6 février 2014 dans le Huffington Post Québec.

 

À l’automne, j’ai proposé ici même quelques ouvrages d’initiation à l’économie parus récemment. Comme on me demande quasi quotidiennement des suggestions de lecture de ce type, je me permets de vous parler brièvement de deux autres livres de la même nature publiés l’an dernier.

style="float:D’abord un livre à la fois traditionnel et innovateur. Le B.A. BA de l’économie contemporaine accompagne une exposition organisée par la Cité des sciences et de l’industrie et la Banque de France, à Paris intitulée «L’économie, Krach, Boom, Mue?» (Le site web de l’exposition vaut le détour pour les intéressantes vidéos et animations proposées.) Cette exposition préfigure l’ouverture en 2015 de la Cité de l’économie et de la monnaie, un projet de la Banque de France. (Là aussi, la visite du site web en vaut la peine, riche qu’il est de multiples contenus multimédias sur l’histoire et le fonctionnement de l’économie.)

Traditionnel par les thématiques traitées. Douze thèmes en six chapitres (croissance, marché, État, travail, entreprise, globalisation, etc.) qui donnent un aperçu général de l’économie contemporaine. Innovateur, par sa présentation visuelle, d’une part. Graphisme soigné, illustrations originales, simples et claires et six grands feuillets dépliables pour illustrer les principaux concepts de chacun des chapitres. D’autre part, chaque section est réalisée sous forme de dialogues entre des professeurs du secondaire, des élèves et six experts de chacun des domaines couverts. Ce qui donne une couleur particulière à l’explication et rend la lecture très vivante. À souligner, on présente tout au long du livre un bel équilibre des diverses Écoles de pensée et de nombreux points de vue critiques. Seul bémol, les exemples et les statistiques représentent la réalité française.

Dans un autre ordre d’idées, le petit livre L’économie de marché de Robert Guesnerie, professeur l’École des hautes études en sciences sociales et au Collège de France, offre une réflexion captivante sur l’omniprésent marché. Au-delà de sa diabolisation ou de sa glorification («Entre marché idéalisé et marché diabolisé» est le titre de la deuxième partie de l’ouvrage), l’auteur montre avec nuance et profondeur à la fois la puissance et les limites de cet «outil» qu’est le marché. L’ouvrage est divisé en trois parties.

style="float:Dans un premier temps sont exposées autant l’histoire de l’institution, des marchés concrets que celle de l’analyse que les grands penseurs en ont fait. Guesnerie expose avec concision, mais sans raccourcis, qu’il n’y a pas existé un marché dans l’histoire économique, mais bien des marchés aux caractéristiques multiples et variées. De la même manière, il n’y a pas qu’un seul modèle d’économie de marché, mais de nombreuses variantes de cette forme de l’organisation économique. Parallèlement, il rappelle avec justesse que le concept de marché dans l’histoire de la pensée économique ne se résume pas à la vision simpliste d’une mécanique parfaite et idéale, adulée par certains faiseurs d’opinions.

Dans la deuxième section, l’auteur passe en revue les diverses polémiques autour de l’efficacité et de l’équité du mécanisme de marché: allocation des ressources, distribution des revenus, stabilisation économique, innovation, etc. À cet égard, la section portant sur la concurrence et les prix est exemplaire par sa capacité à montrer la complexité d’un tel système en quelques pages: «La concurrence est par nature objet de contradiction. La contradiction traverse chacun d’entre nous; consommateurs, nous nous réjouissons de la baisse des prix qu’elle induit, de l’amélioration de la qualité dont nos associations tiennent un registre détaillé; travailleurs, nous redoutons ses effets sur le marché du travail, dont elle règle paradoxalement les ajustements» (p. 100-101).

La dernière partie du livre intéressera probablement davantage le lecteur; il s’agit, ici, d’examiner les trois grands «défis contemporains» du marché: la mondialisation, le développement durable et le rôle de l’État. L’argumentation de ce dernier chapitre est remarquable, encore une fois, par ses nuances et son analyse de la complexité de l’économie contemporaine. L’auteur montre, par exemple, combien le marché ne peut se passer de l’État, ni l’État du marché (la «gémellité» des deux) et qu’une compréhension adéquate du rôle économique de l’État ne se dissout pas dans l’analyse de son efficacité ou de sa place comme organisation.

En somme, Roger Guesnerie réussit l’exploit de présenter les principaux débats, enjeux et défis économiques d’aujourd’hui en moins de 200 pages et dans une langue limpide et agréable à lire. Son ouvrage offre le meilleur de la pédagogie: présenter clairement des concepts souvent abstraits en ouvrant des pistes de réflexion et d’approfondissement sans sacrifier la rigueur intellectuelle.

L’économie de marché, de Robert Guesnerie (Le Pommier, 2013, 235 p., ISBN 978-2-7465-0626-8, 13,95$).
B.A. BA de l’économie contemporaine, rédaction de Marianne Joly (Le Pommier/La Cité des sciences et de l’industrie, 2013, 117 p., ISBN 978-2-7465-0664-0, 19,95$).

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