Journal de Montréal | Le fardeau

NB: Ce texte a été publié dans le Journal de Montréal, le 20 février 2014 au lendemain de la présentation du budget du gouvernement du Québec (p. 28).

 

20140220-JdeMAlors que même le Fonds monétaire international constate que les politiques d’austérité des dernières années n’ont fait qu’empirer les choses après le déclenchement de la crise de 2008, le budget Marceau s’obstine pourtant à poursuivre dans la même voie, n’en déplaise au ministre qui affirme l’inverse. Le fardeau de l’atteinte du déficit zéro repose à nouveau sur les épaules des familles et des travailleurs, et particulièrement des plus vulnérables.

La hausse des tarifs de services de garde est emblématique de cette vision politique. L’augmentation représentera une facture de 1000 $ de plus pour une famille de deux enfants. Cela touchera particulièrement les familles à revenus modestes et encore plus les mères monoparentales. Or, l’économiste Pierre Fortin a démontré que ce programme était très rentable pour le gouvernement, générant des entrées fiscales de 2,4 M$ en permettant à 70 000 femmes d’intégrer le marché du travail. Mais au-delà de l’impact fiscal, cette augmentation s’inscrit dans l’air du temps: faire payer les utilisateurs des services publics. L’augmentation annoncée des tarifs d’Hydro-Québec qui pourrait atteindre 5,8 % en est un autre exemple.

Deux solutions

D’autres mesures annoncées dans ce budget préélectoral vont dans le même sens. La hausse des dépenses pour le réseau de santé limitée à 3 % par année paraît hautement optimiste, c’est le moins qu’on puisse. Compte tenu des besoins grandissants dans la population et des négociations collectives dans le secteur public à l’automne, il est difficile d’imaginer comment le gouvernement pourra atteindre sa cible. Afin d’y arriver, seules deux solutions pourront être envisagées: couper dans les services ou les tarifer. La première option étant politiquement peu réaliste, il y a fort à parier que le gouvernement choisira la seconde. D’ailleurs,le ministre Marceau a laissé entendre que cela pourrait se traduire par de nouvelles tarifications de certains services publics.

Finalement, ce sont donc les travailleurs et les familles de la classe moyenne qui paieront une bonne partie de la note. Pourtant, une large proportion des économistes s’entendent pour dire que les difficultés que nos économies éprouvent à se sortir de la crise depuis cinq ans tiennent à la faiblesse de la demande. La meilleure manière de stimuler la faible consommation est, bien évidemment, de s’assurer que les ménages aient davantage d’argent dans leurs poches. Or, le ministère des Finances prévoit que la croissance du revenu disponible des Québécois sera à peine plus élevée en 2014 (1,9 %) qu’en 2013 (1,8 %) et, même, moindre en 2015 (1,7 %).

Message clair

Comment, dans ce contexte, pourront-ils absorber les hausses tarifaires annoncées ou à prévoir? Ajoutons à cela le message clair lancé par le ministre aux travailleurs du secteur public qui devront se refréner leurs demandes salariales, alors que par leur situation ils constituent une portion importante des consommateurs permettant de relancer la demande, on est en droit de se questionner sur le réalisme de l’augmentation des revenus prévus par M. Marceau. Augmentation qui a fait défaut ces dernières années et causé le report de l’atteinte du déficit zéro.

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