Revenu minimum garanti en Ontario | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Le gouvernement ontarien de la libérale Kathleen Wynne a mis en place la semaine dernière le projet pilote de revenu minimum garanti, promesse de la dernière élection générale, dans les villes de Hamilton, Thunder Bay et Lindsay. Il touchera 4000 personnes à faible revenu âgées de 18 à 65 ans et durera 3 ans. Un projet pilote parallèle sera destiné aux membres des Premières nations.

Ce projet se base, notamment, sur des recommandations de l’ex sénateur conservateur Hugh Segal (qu’on peut lire ici).

C’était l’objet de ma chronique d’hier soir au magazine « Les Éclaireurs » de la première chaîne de Radio-Canada.

Le revenu minimum garanti : un projet défendu de gauche à droite

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 Ianik Marcil, économiste indépendantIanik Marcil, économiste indépendant   Photo : Radio-Canada / ICI Radio-Canada/Louis-André Bertrand
« Ce n’est pas une idée nouvelle, le principe existe depuis le 16e siècle », explique l’économiste Ianik Marcil. Cycliquement, le sujet revient sur la table. Porté aussi bien par le monétariste Milton Friedman que par le député de Québec solidaire Amir Khadir, le revenu universel semble convaincre tout le monde, mais sa définition diverge selon les couleurs politiques.

Donner sans condition
Ianik Marcil insiste bien sur ce qui distingue le revenu minimum garanti des aides variées du gouvernement actuel : c’est « un revenu universel et inconditionnel ». Il n’y a donc pas de critères à réunir pour en bénéficier. Pour l’économiste, le concept amène une liberté plus grande aux individus : « Pour une mère qui décide ou est contrainte de rester à la maison, cela lui permettra d’avoir un revenu à elle […], c’est une reconnaissance sociale du travail qui ne passe pas par le travail rémunéré ».

Un concept élastique
À droite, Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976 et ardent défenseur du libéralisme, a mis de l’avant cette idée sous le nom d’impôt négatif sur le revenu. Mais le plus souvent, c’est la gauche qui le porte au Québec. Pour Ianik Marcil, si Milton Friedman et Amir Khadir sont d’accord, « c’est qu’il y a quelque chose qui cloche ».

Milton Friedman précise ici dans une entrevue réalisée en 1968 dans l’émission américains Firing Line sa conception de l’impot négatif sur le revenu (en anglais).

En réalité, les deux côtés de l’échiquier politique n’ont pas la même conception de ce revenu minimum garanti. Pour Milton Friedman, celui-ci remplaçait tous les programmes sociaux. « Il souhaitait donner un montant minimum, mais en matière d’assurance, de santé, c’était : débrouillez-vous! », explique Ianik Marcil. Tandis qu’à gauche, le revenu minimum serait plus élevé et comprendrait un volet de santé.

Un gain d’énergie
Dernièrement, un représentant du gouvernement ontarien expliquait qu’il y avait plus de 800 règles spécifiques pour les programmes d’aide en Ontario. Une complexité hallucinante, pour Ianik Marcil, que le revenu minimum garanti viendrait alléger.

L’Ontario va expérimenter l’expérience sur 4000 personnes durant trois ans. Pour les personnes seules, le revenu minimum garanti sera de 17 000 dollars par an. D’autres projets de ce type ont déjà eu lieu au Canada, comme à Dauphin, dans le Manitoba, au début des années 70. Ianik Marcil explique que les effets positifs constatés du programme ont été légion : « On voit une baisse de fréquentation des hôpitaux, et beaucoup d’effets sur la santé physique et mentale ». Par contre, en ayant des enfants, les femmes seraient moins enclines à réintégrer le marché du travail en bénéficiant de ce revenu.

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