Malade, donc pauvre | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Une maladie grave ou un accident peuvent nous entraîner dans une spirale descendante qui peut potentiellement nous entraîner à un état de grande précarité, voire de pauvreté. C’était l’objet de ma chronique au magazine « Les Éclaireurs » d’hier. On peut l’écouter ici.

Vivre une catastrophe financière à cause d’une maladie

Selon Ianik Marcil, les besoins des plus pauvres face à la maladie ne sont pas comblés par l'État.Selon Ianik Marcil, les besoins des plus pauvres face à la maladie ne sont pas comblés par l’État.   Photo : Radio-Canada / Alexis Gacon

Une maladie grave peut rapidement faire basculer quelqu’un d’une vie digne et confortable à la pauvreté, explique l’économiste Ianik Marcil. Selon lui, le système de santé ne soutient pas assez les personnes aux revenus plus modestes.

Un cas d’école
Ianik Marcil a lu l’histoire tragique de Nicole Croteau dans son livre Heureux les pauvres?, paru l’an dernier. Issue d’un milieu très modeste, Mme Croteau rêvait de devenir médecin. Mais à l’âge de 17 ans, son père est tombé malade, et elle a dû interrompre ses études pour le soutenir financièrement. Après un retour à l’université, elle est devenue orthothérapeute, mais elle est tombée malade à son tour. En tant que travailleuse autonome, elle n’a alors pas eu droit à une assurance invalidité. Graduellement, elle a tout perdu : sa profession, ses revenus, son réseau et ses amis, et elle n’a eu droit qu’à l’aide sociale.

Une histoire doublement tragique, qui, selon Ianik Marcil, montre que même au Canada, la maladie peut faire sombrer n’importe qui dans la pauvreté, et que les conséquences d’un problème de santé sont bien différentes selon la richesse de chacun.

Pire aux États-Unis
Certes, Ianik Marcil admet que la situation canadienne est bien différente de celle de nos voisins du Sud. En 2008, plus de 18 000 personnes mourraient chaque année aux États-Unis, faute de soins adéquats qu’ils n’étaient pas en mesure de payer.
Au Québec, selon une étude de la Coalition Priorité Cancer, chaque foyer doit assumer des pertes d’environ 19 000 $ au bout d’une année de lutte contre la maladie. Sans assurance privée, les personnes touchées ont uniquement accès à l’assurance-emploi, soit 55 % de leur salaire – un maximum de 514 $ par semaine pour une durée de 15 semaines. Or, cette durée est souvent insuffisante pour se soigner, particulièrement dans les cas de maladies graves.

Une fois l’assurance-emploi épuisée, il ne reste que l’aide sociale, qui, avec un montant de 623 $ par mois pour une personne seule et de 965 $ pour un couple, maintient la population dans la pauvreté, estime Ianik Marcil.

Références :
Heureux les pauvres?, Nicole Croteau, Montréal, Médiaspaul, Montréal, 2016
«  NerdWallet Health Finds Medical Bankruptcy Accounts for Majority of Personal Bankruptcies », par Christina Lamontagne, dans Nerdwallet, le 26 mars 2014 (en anglais)
Lien entre santé et pauvreté au Canada : 5 faits incontournables, Carolyn Shimmin, billet de blogue publié sur le site du Huffington Post Québec, 6 juillet 2015

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