L’impact économique de l’immigration | Édito à «La Matinale» (CIBL | vidéo)

Mon éditorial de la semaine à La Matinale de CIBL portait sur les impacts économiques de l’immigration. Dans le contexte où l’arrivée de nombreux demandeurs d’asile ravive les débats sur les méfaits supposés de l’immigration, il me semble nécessaire de poser les bases de la discussion sur les faits. J’ajoute après la vidéo, ci-dessous, quelques éléments complémentaires.

1.- Comme je l’ai mentionné, l’immigration ne crée pas plus de chômage que l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail depuis la fin des années 1960 n’en a causé. Le graphique suivant, qui met en relation le taux de chômage au Québec et l’immigration nette par rapport à la population de la province montre bien qu’il n’y a pas de corrélation entre les deux phénomènes. Bien plus: malgré une hausse relative de l’immigration depuis vingt ans (et la continuation de l’arrivée des femmes sur le marché du travail, d’ailleurs), le taux de chômage n’a pas cessé de baisser. Évidemment, ce simple graphique ne raconte pas toute l’histoire et ne montre en rien un lien de causalité entre les deux phnomènes, mais il met néanmoins en échec cet argument faux. (Source des données: ISQ.)

2.- On entend souvent dans les débats politiques que le Québec et le Canada accueillent trop d’immigrants pour sa capacité d’accueil. Je suis bien conscient qu’il y a un élément très particulier au Québec, à savoir la langue française, qui pose un défi à l’intégration de certains nouveaux arrivants. Et que cette question peut effectivement présenter un problème, surtout compte tenu de la réduction presque continue des budgets à la francisation depuis des années. Néanmoins, sur le plan strictement économique et démographique, il est bon de se comparer avec les autres pays de l’OCDE, ce que propose le graphique suivant. On peut constater que le ratio immigrants/population totale au Canada est à un peu plus bas que la moyenne des pays de l’OCDE (0,76% et 0,94% respectivement) et que le ratio au Québec, lui à 0,51% est largement inférieur à ceux du Canada et de la moyenne de l’OCDE. Sans compter qu’un pays comme l’Australie, qui a beaucoup de caractéristiques communes avec le Canada accueille proportionnellement 1,25 fois plus d’immigrants et que l’Allemagne, elle, en a accueilli en 2015 2,5 fois plus que le Canada et 4,9 fois plus que le Québec. Aux dernières nouvelles, cela n’a pas fait plonger en crise économique majeure ni l’Australie, ni l’Allemagne (ni les autres pays où il y a proportionnellement plus d’immigration qu’ici). (Source des données: OCDE.)

3.- On craint parfois que l’immigration ait un impact négatif sur les salaires des natifs. Le raisonnement serait que puisque les premier accepteraient des emplois moins bien rémunérés (on suppose qu’ils désirent se trouver un emploi à tout prix), l’ensemble des salaires baisserait. Or, c’est faux. Les études empiriques montrent qu’au pire l’immigration n’a aucun effet sur les salaires. Au mieux, et c’est généralement le cas dans les pays qui comme le nôtre qui sélectionne ses nouveaux arrivants, l’effet à terme est une augmentation des salaires, puisque ces personnes sont plus qualifiées que la moyenne et « tirent vers le haut » l’ensemble des salaires. Une gigantesque étude récente aux États-Unis, commanditée par la National Academy of Sciences et dirigée par la professeure Francine Blau de l’université Cornell a montré qu’au cours des dernières décennies l’immigration avait contribué à la croissance des salaires des états-uniens. (Sommaire de l’étude, ici; article en résumant les grandes lignes, là.)

4.- Finalement, un effet positif moins connu de l’immigration est sur la qualité des institutions économiques, juridiques et politiques des pays d’accueil. On pourrait craindre – du moins certains commentateurs anti-immigration l’affirment – que des personnes éduquées dans un contexte institutionnel et culturel différent du notre auraient du mal à s’y adapter et poseraient, ce faisant, une menaces pour celui-ci. Or, de nombreuses études empiriques ont montré qu’au contraire, dans plusieurs cas les personnes immigrantes contribuent à la solidité des institutions. L’explication est simple: ces personnes quittent leur pays pour améliorer leurs conditions de vie. Elles quittent (quand elles ne fuient pas) un contexte où les institutions sont généralement moins solides: système politique ou de justice corrompu, système d’éducation ou de santé inadéquat, etc. Donc, elles chériront d’autant les institutions de leur nouveau pays, cours de justice, système électoral, écoles, hôpitaux, législation protégeant les travailleurs, respects des droits humains, etc. – puisque c’est l’une des raisons fondamentales pour lesquelles elles ont décidé de quitter leur pays d’origine.

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