« Sciences et politique » | Nouvelle chronique à l’Agence Science-Presse

Scott Pruitt est le patron de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) des États-Unis, nommé par Donald Trump. Son rôle et ses pouvoirs équivalent à ceux de notre ministre de l’Environnement. En 2014, le New York Times révélait qu’il entretenait d’étroites relations avec les lobbys pétroliers, sans compter qu’il soit « climatosceptique », dans le cadre de ses fonctions de procureur général de l’état de l’Oklahoma. Il y a quelques semaines, il déclarait que la science ne devrait pas dicter les politiques publiques: « Science should not be something that’s just thrown about to try to dictate policy in Washington, D.C. » Il ajoutait que les préoccupations entourant les gaz à effet de serre aux États-Unis étaient utilisées à des fins politiques et que l’administration Obama en avait fait un instrument de politique de la division (wedge politics). Ajoutons que peu de temps après sa nomination, Pruitt a mis à l’écart la moitié des membres de son conseil scientifique dans le but éventuel de les remplacer par des représentants de l’industrie.

Ces déclarations et décisions, qui peuvent paraître complètement aberrantes, ne sont pas anodines. Elles illustrent à quel point la connaissance scientifique et les décisions politiques (et l’idéologie) peuvent être étroitement liées. Et doivent l’être. Ce lien est toutefois à double tranchant. S’il est éminemment souhaitable que les politiques publiques s’appuient sur la science, les faits et l’analyse, il, est en revanche, inversement inadmissible que les décisions politiques influencent ou musèlent la recherche scientifique, voire en nie les découvertes. Les actions de Pruitt participent d’une dangereuse dérive, celle de l’asservissement des sciences aux objectifs politiques.

Il est encore plus crucial de s’en préoccuper pour les questions sociales et économiques. Les causes et les conséquences des changements climatiques causés par l’humain font consensus dans la communauté scientifique. Ça n’a pas empêché Trump de nommer Pruitt ni le premier ministre Harper de choisir Leona Aglukkaq comme ministre de l’environnement, une femme qui ne « croyait » pas aux effets des changements climatiques sur l’Arctique, comme s’il s’agissait là de croyance plutôt que de science. On peut alors aisément imaginer à quel point les orientations politiques concernant la pauvreté, les inégalités femmes-hommes, le soutien à l’enfance ou le transport collectif peuvent être l’objet des pires distorsions idéologiques. Les analyses des sciences humaines et sociale sont, hélas, trop souvent reçues comme de simples opinions auxquelles on pourrait s’opposer.

Alors que nous vivons l’époque des fake news et le commencement d’une ère qui serait « post-factuelle » ou « post-vérité », ce genre de sentiments anti-scientifiques semble être un phénomène qui prend de l’ampleur. Incidemment, un sondage réalisé récemment montrait que 43% des Canadiens considèrent que la science est une opinion… Décourageante ironie, il y a quelques jours un de mes contacts a partagé cet article et quelqu’un l’a commenté en affirmant qu’il ne « croyait pas » à ce sondage car ça n’est pas en « demandant l’avis de 1 514 personnes qu’on peut connaître l’opinion de toute une population ».

Face à tout cela, promouvoir la culture scientifique, particulièrement celle des sciences humaines et sociales, me paraît donc nécessaire et urgent.

J’aurai le plaisir d’y contribuer modestement dans le cadre d’une nouvelle chronique, intitulée Sciences et politique, que m’a demandé de produire l’Agence science-presse (ASP). Il s’agira, d’une part, d’une chronique radio et balado à l’émission Je vote pour la science qui sera suivie, d’autre part, d’un article publié sur la plateforme de l’ASP dans lequel j’approfondirai le sujet de la chronique, en offrant un maximum de références à des livres et études récentes et pertinentes.

L’objectif est double:

1.- Mettre en perspective des recherches, analyses et réflexions des sciences humaines et sociales sur les enjeux liant sciences et politique.

2.- Offrir un point de vue éclairé des sciences naturelles et physiques sur l’évolution de notre vie collective.

Je vous donne donc rendez-vous à compter du début du mois d’octobre pour cette nouvelle série de chroniques. D’ici, là, je vous invite à suivre de près ce que fait l’ASP. Notamment:

En vous abonnant à ses publications sur Facebook ou Twitter (qui compte 25 000 abonnés!).

En faisant de même sur les comptes de Je vote pour la science sur Facebook ou Twitter.

Mes chroniques seront diffusées aux six semaines le lundi à 13 h, sur les cinq stations régionales de Radio VM, sur CHOQ-FM (Toronto) CIBO-FM (Senneterre) et CJMD (Lévis), et bien sûr sur le web. Suivront quelques jours après un texte sur la plateforme de l’ASP qui vous offrira des pistes de réflexions pour aller plus loin.

N’oublions pas que nous devons soutenir l’ASP, la seule agence de presse scientifique du Canada et la seule agence de presse scientifique au Canada.

 

 

NB: L’image ci-dessus est un dessin que Jacques Goldstyn a réalisé dans le cadre de l’événement #100LaScience de l’ASP, l’an dernier.

 

 

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