Chute des marchés boursiers – un peu de perspective

Hier, sur ma page Facebook, je me suis énervé un brin face à la couverture des analystes et commentateurs financiers qui s’emportent indûment lorsqu’on connaît des mouvements boursiers importants comme ceux qu’on a pu observer cette semaine un peu partout dans le monde.

Mon énervement repose sur deux choses: (a) ces commentateurs empruntent un vocabulaire catastrophiste sans remettre en perspective ces mouvements boursiers ni n’expliquent leur impact réel et (b) cet impact réel, justement, est quasi nul en l’occurrence. Il est vrai que plusieurs indices boursiers ont perdu plus de 10% de leur valeur depuis les sommets atteints en début d’année – d’ailleurs, ces mêmes commentateurs aiment solennellement nous apprendre qu’il s’agit là officiellement d’une « correction », comme s’il s’agissait d’une notion scientifique, alors que c’est un terme totalement arbitraire sans aucun fondement analytique. Cependant, ce qu’on a observé sur les marchés boursiers la semaine dernière n’a rien d’inquiétant, comme je l’ai mentionné dans les médias mardi. Examinons les choses factuellement en analysant l’indice boursier de référence S&P 500, mesurant la valeur des cours des actions des 500 plus grandes entreprises cotées sur les marchés boursiers des États-Unis.

  • Le S&P 500 a perdu 7,79% de sa valeur par rapport au sommet atteint le 26 janvier; une perte de 1,33% par rapport aux 30 derniers jours (ouvrables) et 4,10% par rapport à la clôture de vendredi. Il s’agit là effectivement d’un recul important.
  • Mais pour la vaste majorité des détenteur d’actions, autant les épargnants individuels qui en possèdent dans leur RÉER que les gestionnaires institutionnels de fonds de pension comme la Caisse de dépôts, ce recul n’est pas réel, il n’est que sur papier. Prenons un exemple simple. Supposons que vous aviez acheté pour 100$ d’actions le premier jour ouvrable de 2017. Si leur cours avait suivi exactement la même tendance que le S&P 500, leur valeur aurait augmenté de 27,24% jusqu’au sommet du 25 janvier, et elles seraient donc cotées à 127,24$ ce jour-là. Jeudi dernier le 8 février, au plus creux du S&P 500, elles se seraient transigé à 114,31$, donc un gain de 14,31% depuis votre achat. Votre gain théorique était donc moindre le 8 février que le 25 janvier, mais vous bénéficiez toujours sur papier d’un gain de près de 15% sur un an. Même si vous aviez vendu vos actions en panique cette semaine, vous auriez bénéficié d’un rendement plus qu’honorable, tout simplement parce que le cours des actions a connu une hausse historique (sinon spectaculaire) ces derniers mois. Tout ce qui monte, redescend, comme le note la sagesse populaire. Cela est encore plus vrai pour les gestionnaires institutionnels de fonds de retraite, qui ont l’avantage, contrairement aux épargnants individuels, de travailler avec des perspectives de plus long terme.
  • Est-ce que ce qui s’est passé cette semaine prélude à une chute plus importante et continue dans les prochaines semaines? Nul ne le sait évidemment. Si la chute s’accentue et se transforme en véritable effondrement des cours boursiers comme nous en avons connu en 1987, en 2000-2002 et en 2007-2008, l’impact réel sur les épargnes et les fonds de retraite pourrait être préoccupant. Mais si on s’en tient strictement aux faits, il n’y a aucune raison de paniquer et de sortir son dictionnaire des superlatifs. D’autant que des replis autour de 4% par rapport aux derniers 30 jours ou à la veille, on en a connu très souvent au cours des dernières décennies. Jetez un œil au graphique ci-dessous: l’indice S&P 500 a connu de nombreux soubresauts depuis 30 ans.

  • Plus précisément, le S&P 500 a connu 538 fin de séances avec un recul de 5% à 10% depuis janvier 1986 et 234 séances de recul quotidien de 2% à 4% pour la même période. Rien, donc, pour écrire à sa mère et encore moins pour déchirer sa chemise sur la place publique (voir tableaux).

  • Finalement, ce recul des marchés boursiers s’explique essentiellement par deux phénomènes. Premièrement, puisque le cours des actions a connu une hausse continue depuis un grand nombre de mois, de nombreux gestionnaires institutionnels ont souhaité « encaisser » ces bénéfices en liquidant une partie de leur portefeuille, ce qui a entraîné un effet boule de neige (lequel effet est accéléré par les algorithmes qui gèrent une très large partie des transactions financières de nos jours). Deuxièmement, on anticipe que les hausses récentes des taux d’intérêts se poursuivront, ce qui augmente notamment les taux de nombreux produits financiers, dont les obligations et les bons du trésor. Ce rendement plus intéressant qu’il ne l’était depuis des années a incité de nombreux gestionnaires institutionnels à encaisser les gains sur le marché des actions pour les investir dans ces produits financiers plus sûrs à long terme.

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