Dans l’ombre | Chronique à «L’Itinéraire»

Les festivités du 375e anniversaire de Montréal coûteront cher, très cher. Mais à qui profiteront-elles? C’est l’objet de ma réflexion dans ma chronique du numéro du 15 mai du magazine L’Itinéraire, dans les mains de votre camelot maintenant.

Il s’agit de notre numéro annuel spécial «100% camelots»: ce sont eux qui ont assumé la direction éditoriale de l’ensemble du numéro et qui ont produit la presque totalité des articles.

Vente de livres au Québec: de bonnes nouvelles

L’Observatoire de la culture et des communications du Québec a publié ce matin les dernières statistiques de vente de livres neufs pour l’année 2016, et malgré les difficultés du milieu du livre, il y a de bonnes nouvelles.

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La robotisation et l’âme des humains… il y a cinquante ans!

Plusieurs personnes ayant assisté à mes récentes conférences sur la robotisation et le travail m’ont demandé la référence à un article du magazine LIFE de juillet 1963 que je mentionne. J’en profite pour en partager quelques pages avec vous. À quelques détails près, elles auraient pu être écrites aujourd’hui; on a du mal à croire qu’elles ont été publiées il y a plus de 50 ans.

La fin du reportage est particulièrement délicieuse et actuelle (c’est le PDG d’une entreprise de fabrication de machines-outils qui parle):

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Géopolitique de l’art | Mobilisations 02

Tout frais reçu, mon exemplaire du catalogue de l’exposition «Mobilisations 02» du Mouvement Art Mobile. Des œuvres d’art mobile et des réflexions sur ce courant. On peut y lire une série d’essais, notamment le mien, «Géopolitique de l’art». Une très belle expo et un très beau catalogue. Vous pouvez visiter l’exposition à la Maison de la culture Mercier jusqu’au 9 avril prochain.

Infos sur l’expo.

Pour commander le catalogue.

Pour télécharger le pdf de mon article numérisé.

Merci à #MissPixels!

Le Québec, 8e au monde pour ses milliardaires

Il y a davantage de milliardaires par habitant au Québec qu’au Canada, devant l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon et même l’Arabie Saoudite. Voilà le résultat d’une petit compilation, anecdotique, que j’ai réalisée à partir de la liste des milliardaires 2017 publiée par le magazine Forbes. J’en ai parlé ce matin dans mon éditorial à «La Matinale» de CIBL. Le graphique et le tableau ci-joint montre le classement du Québec par rapport aux principaux pays du monde, y compris le Canada.

 

Les politiques d’austérité, un leurre idéologique | Relations

Les politiques d’austérité ne sont ni une histoire récente, ni une histoire du passé. Mes quelques réflexions politiques dans la revue Relations.

La trêve de Noël | Québec inclusif

NB: Ce texte a d’abord été publié sur le site de Québec inclusif le 4 mai 2014.

 

Au beau milieu d’une des pires boucheries de l’histoire a éclos un des plus beaux exemples d’humanité : la trêve de Noël.

Le 25 décembre 1914, les belligérants sont déjà exténués par une guerre qui n’avait à peine 6 mois d’existence. Sur le Front de l’Ouest, à Ypres, au nord-ouest de la Belgique, les soldats britanniques et français, qu’on peut imaginer déprimés en cette soirée qui leur rappelle la chaleur des rencontres familiales, entendent de l’autre côté du no man’s land les soldats allemands chanter le cantique « Douce Nuit ».

Stille Nacht, Heilige Nacht !
Alles schläft; einsam wacht
Nur das traute heilige Paar.
Holder Knabe im lockigten Haar,
Schlafe in himmlischer Ruh !

Mélodie qu’ils traduisirent sans doute instinctivement dans leur langue :

Douce nuit, sainte nuit !
Dans les cieux ! L’astre luit.
Le mystère annoncé s’accomplit
Cet enfant sur la paille endormi,
C’est l’amour infini !

Douce nuit et amour infini, vraiment ? Entre les ennemis, un champ de cadavres et d’obus. On a une image certainement plus bucolique d’une douce nuit de Noël…

Imaginons-les donc (avec l’aide du formidable film « Joyeux Noël » de Christian Carion) entendre les Teutons non seulement entonner ce cantique mais aussi découvrir que leurs ennemis avaient planté des arbres de Noël tout le long de leur tranchée.

Puis l’incroyable et l’impensable se produisirent. Des dizaines de soldats allemands traversent tranquillement le no man’s land en continuant de chanter, pour aller rejoindre les Français et les Britanniques, les invitant à fraterniser pour la Noël, ce qu’ils firent. Un ténor allemand, Walter Kirchhoff, mobilisé, chante pour les troupes. Les frères ennemis discutent et jouent même au soccer le lendemain.

De là l’expression « Live and let live« , « Vivre et laisser vivre ». L’historien Tony Ashworth a documenté ces nombreux épisodes de trêves et de collaboration entre ennemis (par exemple, en avertissant le camp adverse des heures de bombardements ou en proposant un arrêt des combats le temps d’enterrer les morts) dans son livre magistral Trench Warfare 1914-1918 : The Live and Let Live System (Macmillan, 1980).

***

Bien évidemment, nous ne pouvons pas comparer la situation sociale au Québec avec les atrocités de la Grande Guerre. En revanche, à travers les discours autour de l’identité, de la défunte charte des valeurs, d’un « vivre-ensemble » centré sur le pluralisme et l’acceptation humble de la différence et de l’altérité, nous voyons depuis l’an dernier s’ériger des tranchées idéologiques séparées par des no man’s land d’apparence infranchissables.

Mais à l’instar de la guerre de ’14, les lutte fratricides se sont multipliées au Québec ces derniers mois (verbales ou écrites, heureusement). Un débat sur la laïcité s’est transformé en lutte contre ou pour l’islam dans l’espace public. Un autre, plus récent, sur la procréation assistée a commencé à dégénérer en décomplexant certains propos homophobes inadmissibles.

Il serait temps qu’il y ait une Trêve de Noël en ce coin de pays.

En ’14, ces gestes fraternels spontanés de simples soldats ont rapidement été interdits par les états-majors. En temps de guerre, le pouvoir voit d’un mauvais œil, c’est le moins qu’on puisse dire, des initiatives pacifiques de la base. Sans vouloir faire d’amalgames douteux, force est de constater que durant la campagne électorale, les partis politiques en présence croyaient bénéficier de la même manière d’une polarisation entre les camps. Et que chacun reste dans ses tranchées.

On ne peut affirmer que les détenteurs de pouvoir s’assurent sciemment de favoriser la polarisation sur les questions identitaires. Cependant, la structure et la dynamique intrinsèques des pouvoirs politiques et médiatiques la favorisent. Et les petits soldats que nous sommes allons au front, en partie volontairement en partie contre notre gré.

Nous sommes en mesure, comme les soldats de la guerre de ’14, d’outrepasser la logique de « guerre » et d’instaurer par nous-mêmes une Trêve de Noël.

Elle me paraît urgente. Il y a dans notre société de multiples ponts à reconstruire, de nombreuses blessures à panser. Amis Musulmans, Juifs, Sikhs qui avez été heurté par le débat sur la Charte, allons ensemble discuter posément avec ses défenseurs. Amis défenseurs d’une société laïque, comme nous le sommes, qui étiez persuadés que le projet de loi 60 allait le permettre, ouvrez aussi le dialogue envers vos adversaire de la dernière campagne électorale.

Je sais. Cela fait un peu prêchi-prêcha. Ces mots sont naïfs. Mais nous sommes une petite société, une petite nation de 8 millions de personnes. Comme disait le slogan de jadis : ’faut se parler. Nous ne pouvons pas demeurer plus longtemps dans la polarisation, la division et les dialogues de sourds. Comme Aristote le disait déjà il y a 2500 ans, la vie commune au sein de la communauté politique repose d’abord et avant tout sur l’amitié partagée.

La Trêve de Noël sur le Front de l’Ouest de 1914 est probablement une métaphore un peu malhabile. Mais elle montre, toutefois, que même dans les conditions les plus atroces d’affrontement, les gestes humains de fraternité sont possibles. Ce que je nous souhaite.

Une minorité visible historique | Journal Ensemble

NB: Ce texte a d’abord été publié dans le Journal ensemble, le 30 avril 2014.

 

Le nouveau gouvernement du Québec compte 8 femmes sur 26 ministres – 31%, soit très loin de la « zone de parité » promise par Philippe Couillard. Le gouvernement Marois de 2012 comptait lui aussi 8 femmes ministres, mais sur un cabinet réduit de 23 membres, soit 35%. Pourtant, le PLQ a fait élire 18 députées le 7 avril dernier, alors que l’équipe du PQ comptait 17 femmes il y a un an et demi.

Alors que l’égalité de droit des femmes est acquise depuis belle lurette au niveau politique, on est bien loin, ici comme ailleurs, de l’égalité de fait. Aux dernières élections, 34 femmes ont été élues pour occuper à peine 27% des sièges de l’Assemblée nationale. Un écart marquant, c’est le moins qu’on puisse dire, par rapport à leur poids démographique dans notre société.

Depuis l’élection de Marie-Claire Kirkland-Casgrain à une élection partielle dans la circonscription de Jacques-Cartier (ouest de l’île de Montréal) en 1961, sous Jean Lesage, quel chemin a été parcouru par les femmes à l’Assemblée nationale? Une très lente progression, en réalité. Madame Kirkland-Casgrain a été la seule députée pendant près de douze ans, jusqu’aux élections générales de 1973, date à laquelle elle a abandonné la politique pour devenir juge. Ce qui ne l’a pas empêchée, incidemment, de faire voter la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée ou d’instituer le Conseil du statut de la femme. À sa suite, Lise Bacon fut aussi la seule femme élue à l’A.N. jusqu’à l’élection du gouvernement Lévesque en 1976.

À cette élection générale, entraient pour la première fois cinq femmes à l’A.N. Sur les 110 député.e.s, cela ne représentait tout de même que 4,5% des sièges. Et cela, il n’y a même pas 40 ans. Il aura fallu attendre l’élection de 2003, il y a dix ans, pour que les femmes occupent plus du quart des banquettes du Salon bleu. Le sommet historique est atteint en 2012 alors que 41 femmes sont élues, représentant 32,8% de la députation totale. Le résultat des dernières élections est certes décevant, avec six élues de moins qu’il y a 18 mois, mais cela représente probablement un certain plateau atteint depuis les élections de 2003 (voir graphique 1). Les femmes représentent en moyenne 29% des élu.e.s au cours des cinq dernières élections (soit environ 36 députées sur 125).

Alors que le Parti québécois a revendiqué avec raison la plus grande représentation historique des femmes au cabinet ministériel, il est intéressant d’examiner la «performance» des différents partis politiques en termes d’élues à l’A.N. Étonnamment, cette formation politique progressiste n’est pas celle qui obtient le meilleur résultat : la palme revient au PLQ. Sans triomphe, faut-il le préciser, cependant.

En effet, le parti héritier de Jean Lesage détient tous les records : il a fait élire le plus grand nombre de députées en nombre absolu (22 en 2003 et en 2008), et donc en nombre relatif sur l’ensemble des élu.e.s de l’A.N. (18%), mais aussi au sein de sa propre députation (18 femmes sur 50 député.e.s PLQ en 2012, soit 36% de son caucus).

De l’histoire politique moderne du Québec, le PLQ a contribué davantage que tous les autres partis à la représentativité des femmes à l’A.N. Mais c’est particulièrement le cas depuis les élections de 2003 (voir graphique 2). En moyenne, sur ces cinq élections générales, le parti libéral a fait élire 31,5% de femmes de sa députation contre 28,8% pour le PQ. La CAQ/ADQ tire de l’arrière avec 22,0% de ses élues. On oublie dans ce constat, évidemment, QS, qui, aux dernières élections, compte deux femmes sur trois élu.e.s. Incidemment, à ce dernier scrutin général, le PQ a fait un peu mieux que le PLQ avec 19 femmes élues sur 30 (26,7%) contre 18 sur 70 (25,6,7%).

Mais force est de constater qu’avec moins du tiers des femmes élues, l’Assemblée nationale n’a jamais été représentative. Il serait intéressant d’analyser les choix de chacun des partis. Est-ce que ceux-ci choisissent délibérément de présenter des candidates perdues d’avance? Par exemple, aux dernières élections, la veille de l’annonce de la candidature de Pierre-Karl Péladeau, Pauline Marois a présenté aux médias trois candidates en faveur de la Charte des valeurs, candidates dans trois circonscriptions perdues d’avance : Yasmina Chouakri, Leila Mahiout et Evelyne Abitbol.

Il semble donc que, depuis les cinq dernières élections générales, la représentation des femmes ait plafonnée. Plusieurs organisations féministes ont déploré la baisse de la représentation féminine aux élections de 2014 par rapport au dernier scrutin. Ce n’est pas faux. Mais ce qui semble beaucoup plus préoccupant est précisément ce plafonnement depuis dix ans. Le Québec est bien loin d’atteindre la représentativité à cet égard – et on ne parle pas des minorités visibles et encore moins des Premières nations.

Démocratie représentative, avez-vous dit? Tout porte à croire que Marie-Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue à l’Assemblée nationale, il y a de cela 50 ans, a réalisé davantage pour cette équité que toutes les femmes qui lui ont succédée. Hélas.

Le Québec et l’importation de la richesse | L’Actualité

ActualitéBlogueEconomieJe publie aujourd’hui une petite analyse d’un des défis majeurs de l’économie québécoise sur le site de L’Actualité: son déficit commercial.

Un des défis majeurs pour le nouveau gouvernement Couillard sera de favoriser la réduction du déficit structurel majeur du commerce international. Si le Québec veut s’enrichir, il lui faut dénicher de nouveaux marchés, où vendre davantage de nouveaux produits et de nouveaux services.

Le Québec a connu pendant une douzaine d’années des surplus commerciaux importants après la récession de 1991-1992 — et ce, pour la première fois depuis la récession de 1981. Mais le solde commercial s’enfonce dans le rouge depuis 2005, et la situation ne fait qu’empirer. Au sommet, en 2000, les exportations de marchandises québécoises représentaient 32 % du produit intérieur brut (PIB). Elles ne sont qu’à 18 % présentement, soit près de moitié moins.

La suite sur le site du magazine.

Une confiance commune | Huffington Post

NB: Ce texte a d’abord paru sur le site du Huffington Post Québec, le 22 avril 2014.

 

Ce qu’il y a de fascinant dans les institutions créées par l’humain, c’est qu’elles ne reposent sur rien d’autre qu’un système de croyances. Prenez l’argent, par exemple. A priori, seul un fou accepterait un bout de papier (ou de polymères) coloré, sur lequel est dessiné le portrait d’une vieille dame et un dessin un peu quelconque, qui ne possède aucune utilité en soi, en échange du fruit de son travail ou en échange d’un de ses biens. Il y a là un acte de foi, littéralement – c’est la raison pour laquelle on qualifie la monnaie telle que nous la connaissons de fiduciaire, du latin fides, foi. Jour après jour, en utilisant nos billets de 20$, nous renouvelons notre confiance en leur capacité à remplir sa fonction de moyen d’échange.

Il en va de même de l’ensemble des règles de droit qui régissent nos sociétés. Sans un acte de foi sans cesse renouvelé, sans la confiance que nous leur accordons, leur pouvoir effectif s’effrite. Le juriste Frédéric Bérard cherche à montrer dans La fin de l’État de droit? que cette confiance mutuelle est attaquée de front au Canada et au Québec par ceux-là mêmes qui devraient en défendre l’intégrité contre eux-mêmes: les politiciens. Avec la complicité des médias et notre complaisance.

style="float:Bérard se fait pédagogue, d’entrée de jeu: «L’exercice de la puissance publique, en d’autres termes, prend sa source à même le droit, tout en étant limité et encadré par celui-ci. La violation des règles en question constituerait, ni plus ni moins, une tricherie, un bris du lien de confiance liant l’État et ses citoyens» (p.15). Son bref ouvrage écrit à l’encre de l’indignation vise à démontrer que l’appareil politique canadien et québécois a brisé ce lien de confiance fondamental. L’histoire racontée est récente: elle ne concerne que les trois dernières années – ce qui est d’autant plus inquiétant.

J’y ai d’abord lu un pamphlet. En réalité, il s’agit d’une somme documentaire annotée de grands traits au stylo rouge ; une preuve, comme on la dépose en Cour. L’auteur est avocat, après tout. Ce livre charge à fond de train contre les violations de l’État de droit par les gouvernements canadien et québécois récents, donc ceux de Harper et Charest et dans une moindre mesure ceux de Marois et l’administration du maire de Québec Régis Labeaume.

Il plaide, en creux, pour une démocratie fondée sur l’État de droit. Ce dernier constitue le rempart nécessaire et indispensable contre l’arbitraire du pouvoir politique: «À voir les tactiques machiavéliques d’un politicien [Jean Charest] plus sensible aux questions partisanes qu’à ses fonctions de gestionnaire de l’État, je choisis donc l’option suivante: celle de limiter un pouvoir discrétionnaire utilisé à grands coups de cynisme aussi culotté que désolant» (p.103). Car voilà la fonction fondamentale de l’État de droit: protéger la communauté politique de la tyrannie.

Fondamentalement, le plaidoyer de Frédéric Bérard prend racine la glorieuse histoire des instruments juridiques garantissant les droits du peuple contre ceux des puissants. La Magna Carta (Grande Charte) que 25 Barons anglais imposèrent par la force, en 1215, à Jean sans Terre ne visait rien d’autre que cela. Cet épisode fondamental dans l’histoire du droit et des droits a donné naissance à des principes fondamentaux comme l’habeas corpus et garantit un certain nombre de libertés individuelles. La Magna Carta était le résultat d’une lutte de pouvoirs entre les seigneurs féodaux et le pouvoir royal centralisateur. Les revendications des Barons n’étaient bien évidemment pas motivées par de nobles sentiments détachés de leurs intérêts. En revanche, comme cela a souvent été le cas de nombre de jalons de l’histoire, la lutte pour des intérêts particuliers s’est transcendée en des acquis universels.

À noter que dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, j’aurai l’honneur d’animer une discussion avec Frédéric Bérard au sujet de son livre, mercredi le 23 avril à Montréal, à la libraire Olivieri, à 19h. Informations ici et événement Facebook ici.

Par contre, nous rappelle Bérard, ces gains demeurent fragiles et menacés par les détenteurs du pouvoir politique. Son livre coup de gueule est aussi très informatif. Le ton pamphlétaire cache, en réalité, de profondes leçons de droit, menées de manière hautement pédagogique. Quelques notes de bas de page sont fort instructives pour le néophyte. Le ton est, disons-le, irrévérencieux – voire baveux. Ainsi, l’essence du projet de loi 195 sur la citoyenneté québécoise restreinte à ceux et celles qui maîtrisent suffisamment le français est condamnée par cette formule lapidaire: «cette mesure sentant le fond de tonne identitaire» (p.30). Ou encore de la Loi 12 du gouvernement Charest visant à casser les manifestations étudiantes du printemps 2012, Frédéric Bérard n’y va pas de main morte avec la ministre Michelle Courchesne et le premier ministre Jean Charest: «J’ignore si madame la ministre a étudié le droit, mais il semble que ce soit le cas de son premier ministre. Allait-il réellement à ses cours, notamment à ceux de droit constitutionnel? Il est permis d’en douter» (p.35).

Ce livre a été écrit, on l’aura compris, au galop. Mais il ne faudrait pas s’y méprendre: malgré son ton polémique, il donne à réfléchir. Car la dénonciation de la violation des principes fondamentaux de notre contrat social par nos représentants cible une attitude gravissime. Cette violation crée un dangereux précédent, comme le répète Frédéric Bérard à maintes reprises, précédent qui ne fera qu’alimenter le cynisme, le populisme et l’arbitraire.

L’État de droit est une fiction basée sur la confiance mutuelle que nous avons à établir des règles d’un «vivre-ensemble» qui doit absolument dépasser les intérêts immédiats et, nommément, électoralistes. Le lecteur attendra donc, à cet égard, le prochain ouvrage de Frédéric Bérard qui nous offrira une perspective positive et constructive des moyens dont nous pourrions disposer pour nous protéger de ces assauts et nous permettre de reconstruire cette confiance collective essentielle.

Dans cette chronique, Ianik Marcil propose la recension critique d’essais de sciences humaines et sociales ou de philosophie pour mieux nous aider à décoder notre monde et ses défis – et réfléchir aux solutions qui s’offrent à nous.

La fin de l’État de droit? Par Frédéric Bérard (XYZ, 2014, 162 p., ISBN 978-2-89261-832-7, 15,99$).