Web : choisir la visibilité au lieu des dollars (audio | Radio-Canada)

La visibilité sur le web est-elle une nouvelle forme de rémunération? Où tracer la ligne entre visibilité et diffusion des idées? J’en ai discuté le 28 septembre 2013 avec Matthieu Dugal à l’émission « La Sphère » à la première chaîne de Radio-Canada.

Si l’on vous propose d’offrir gratuitement vos services de graphiste, de conférencier ou de journaliste sur le web en échange de visibilité, serez-vous tenté d’accepter? Alors que certains estiment que tout travail se paie, d’autres pensent que ce type d’échange peut être profitable. Matthieu Dugal en discute avec l’économiste indépendant Ianik Marcil.

On peut écouter ce segment, ci-dessous:

 

L’égalité entre homme et femme est-elle une illusion? (audio | Marie Plourde)

On dit que les hommes ont encore plus de facilité à se trouver du travail que les femmes, ils sont toujours majoritaires dans les directions d’entreprises et conseil d’administration. Qui a dit que les hommes et les femmes sont vraiment égaux?

J’ai été invité, en compagnie de Léa Dion-Clermont, féministe, ex-conseillère au Secrétariat à la condition féminine et de Julie Miville-Deschênes, présidente du Conseil du statut de la femme, à en discuter à l’émission de Marie Plourde (en remplacement de Isabelle Maréchal), au 98,5FM, le 12 août 2013.

On peut écouter cette deuxième heure de l’émission, ci-dessous:

 

 

Le bitcoin, la monnaie des geeks (vidéo | RDI)

Qu’est-ce que le « bitcoin« ? J’en ai parlé avec Gérald Fillion à l’émission RDI-Économie le 9 avril 2013.

Connaissez-vous le bitcoin? Il s’agit d’une devise électronique inventée en 2009 par un Japonais et dont la masse monétaire atteint aujourd’hui 2 milliards de dollars. Basée purement sur la spéculation, on l’utilise pour faire des paiements sur Internet, et certains y voient une sorte de valeur refuge.

Valant 5 ¢ l’unité lors de son lancement, un bitcoin valait mercredi plus de 250 $. Mais, qu’est-ce que c’est exactement? Comment ça marche?

Gérald Fillion s’est entretenu sur cette question avec l’économiste Ianik Marcil.

 

Trajectoires de l’animalité (vidéo)

Le 22 septembre dernier, dans le cadre du colloque Trajectoires Montréal, j’ai participé à une table-ronde autour de la thématique de l’animalité, de la nourriture et des arts visuels. Cet événement se déroulait en parallèle à la 4e triennale Orange à Saint-Hyacinthe, organisée par la galerie Expression. Les commissaires étaient Ève Dorais, Véronique Grenier et Ève Katinoglou.

Mélanie Boucher (Histoire de l’art, UQAM), Élise Desaulniers (auteure en éthique alimentaire), Doyon / Demers (collectif d’artistes), Patrice Loubier (Histoire de l’art, UQAM) et Ianik Marcil (économiste indépendant)…

discutent différents thèmes relatifs à la nourriture, à l’art et à la mort (nourriture et corps, mort et consommation, art et souffrance animale, etc.).

N.B.: J’ai écrit une de mes chroniques dans le webzine ratsdeville sur quelques idées présentées lors de cette table-ronde: « Du veau d’or à Lady Gaga. »

 

Renouvellement démocratique liquide (vidéo)

Dans cette petite vidéo, j’explique dans les grandes lignes l’idée de « démocratie liquide » :

Notre vie politique est mal en point : les électeurs seraient cyniques et désintéressés, les élus affairistes et corrompus, le système électoral non représentatif. Nombre d’entre nous cherchons des solutions pour raviver notre vie démocratique – de la refonte du système électoral à l’utilisation des technologies en passant par la sensibilisation des jeunes.

Des militants et penseurs européens élaborent depuis quelques années une conception nouvelle de la politique pour corriger ces dysfonctionnements de notre démocratie : la « démocratie liquide ».

Comme l’explique Ianik Marcil dans cette courte présentation, ce projet de renouvellement radical de notre de vie démocratique cherche d’abord à favoriser une délibération politique plus authentique, riche et ancrée dans le réel.

 

Ianik Marcil présente la Démocratie Liquide from Lubomir Valois on Vimeo.

Pour la démocratie économique (vidéo)

Ceci est le texte que j’ai livré lors de l’événement NOUS? au Monument national,
le 7 avril 2012. Il a été écrit pour être entendu et non pour être lu.
On trouvera la vidéo à la fin du texte, ci-dessous.

 

[N]otre devoir est simple.
Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société,
se désolidariser de son esprit utilitaire. (…)
Refus de servir d’être utilisable pour de telles fins. (…)
Nous prenons allégrement l’entière responsabilité de demain.

- Paul-Émile Borduas, Le Refus global (1948)

 

Je suis économiste.

J’analyse les statistiques pour comprendre les flux de transactions commerciales, l’épargne, l’endettement, le chômage, la productivité, la fabrication de biens et de services.

Je suis économiste.

J’ai vu cet homme et cette femme, plutôt âgés, assis sur la chaine de trottoir, pleurant comme des enfants. Ils pleuraient : ils avaient perdu les économies d’une vie en jouant au casino, drogue dure qui finance l’État.

J’ai vu une petite fille de huit ans à Chandler, brisée pour la vie d’avoir retrouvé son père pendu dans le garage parce qu’il avait perdu sa job. Une job qu’il n’adorait peut-être pas mais qui lui permettait de rêver à un avenir meilleur pour sa fille – un avenir qui s’est achevé au bout d’un papier bleu de mise à pieds.

J’ai vu ce jeune homme de Saint-Sauveur contraint de vendre ses outils de menuisier pour payer son loyer, parce que son état de santé mentale ne rentrait plus dans les petites cases du ministère.

J’ai vu une de mes chums à Outremont se saouler la gueule à grandes rasades de cynisme parce qu’elle en avait plein son casque de vendre son temps à des plus cyniques qu’elle, comme on vole une idée à un enfant.

Je suis économiste et ces femmes et ces hommes, je les ai vus accepter et subir dans l’enthousiasme les germes de leur malheur et de leur asservissement.

Ces hommes et ces femmes, je les ai vus fracasser leurs rêves, leurs idéaux, leurs désirs à coup de RÉER, de placements garantis, de formulaires d’évaluation de la performance, de rapports de vente, de lettres de congédiement pour cause de rationalisation…

… de violence. De violence économique.

Je suis économiste. J’ai vu derrière les chiffres, derrière les statistiques, la violence économique. Le malheur, la faillite de l’espérance, le lien social fracassé sur le mur de l’obligation de performance, de croissance à tout prix, d’appât du gain.

Je suis économiste et le monde que j’observe a oublié le sens fondamental de l’économie : prendre soin de sa maison. Des siens. Des autres, aussi.

Le sens du travail, de la production d’objets utiles et beaux, d’échanges véritablement réciproques – la base même de la vie économique a été renvoyée au second plan. Isolée. Volée pouvoir des bien-pensants, détenteurs d’un insidieux pouvoir : celui qui s’approprie le monopole de la vérité.

De Chibougamau à Baie-d’Urfé, de Kuujjuaq à Thetford Mines, de Québec à la Baie-des-Chaleurs, les diktats de la marchandisation, de l’appât du gain et de la consommation à tout crin ont bouffé la créativité, l’empathie, la réalisation de soi, l’élan vers l’autre.

Au pays des humains, la démocratie sociale, politique et culturelle a été détruite par l’absence de démocratie économique.

Je suis économiste et je rêve d’un peuple qui ne soit pas assujetti à l’économie – un peuple qui construit sa solidarité sur les fondations de ses idéaux sociaux et politiques. Qui s’enivre des liens qui les unissent les uns aux autres – dans le don à l’autre, celui qui ne réclame pas la récompense des sentiments.[1] Qui se fonde sur l’amitié, sur une liberté volontaire, contre tout asservissement.

Pourtant, au pays des humains, nous voici asservis, esclaves consentants. Une armée d’asservis où on ne lutte que pour soi. Où on ne lutte plus pour le plus que soi. Ce plus que soi auquel on participe, pourtant.[2] Que nous alimentons tous les jours de notre labeur et de notre consommation, pourtant.

Je rêve d’une démocratie économique qui soit soumise à la démocratie politique, sociale et communautaire.

Je suis économiste et je rêve de libérer notre vie commune du joug asservissant de l’économisme.

Je rêve que de Montréal à Gaspé, de Alma à Louiseville, de Valleyfiled à Sherbrooke, le commerce cède sa place à l’échange de nos idéaux, que l’appât du gain se transforme en recherche du juste, que la production de marchandises soit aussi l’édification de la beauté, que des rapports de forces émergent les rapports de faiblesse. Je rêve d’un Québec qui participe à la vie de la Cité par la « communion de nos volontés et l’échange de nos pensées » comme l’écrivait La Boétie,[3] par le partage de nos aspirations humanistes – non pas sur la performance, la productivité, l’offre, la demande – les mécanismes impersonnels d’un marché omniprésent.

Je suis économiste, mais je n’ai jamais vu une offre, ni une demande, ni un taux de productivité marcher dans la rue : j’ai vu des hommes et des femmes travailler, produire, échanger, commercer. Je rêve d’un commerce agréable entre eux, celui de l’amitié, de la fraternité humaine – d’une démocratie économique.

Je suis économiste et j’emmerde les discours ploutocrates de mes confrères, savates aux pieds des puissants.

Je suis économiste et je rêve d’une démocratie économique qui terrasse à mort la putasserie perverse de l’appât du gain, qui anéantisse les pulsions vicieuses qui avilissent les aspirations humaines en besoins marchands.

Une démocratie qui remette l’économie à sa place – dans laquelle les citoyens ne se définissent plus par leur performance, leur consommation ostentatoire ni leur soumission à des besoins imposés.

Une démocratie qui se manifeste par la souveraineté du travail humain.

Une démocratie qui se définisse par ses rapports d’entraide et non par ses rapports de force.

Une économie qui valorise le bien et l’utile dans les marchandises qu’elle produit et consomme.

Une économie qui se fonde sur l’authenticité et la justice.

Une économie de l’Autre où l’empathie et la réalisation de soi remplacent la performance.

Une démocratie économique où la réussite personnelle soit la réussite collective.

Une démocratie économique où le Nous se conjugue au Je.

 

Je suis économiste et j’ai vu la violence économique travestie et déguisée en vertus de performance et de réussite.

Je suis économiste et je rêve que les gens de Montréal, de Maliotenam, de Gatineau, de Rouyn, de New Richmond et de La Pocatière réinventent la production et l’échange de marchandises, au service de ce que nous avons de meilleur en nous, au service d’un « vivre-ensemble » qui nous libère plutôt qu’il nous asservisse.

Je suis économiste et je rêve de notre démocratie.

 

 

 

Post-scriptum (9 avril 2012).

Dans la première édition de ce billet, j’avais omis de reproduire l’extrait du Refus global de Borduas que j’ai lu avant mon propre texte, samedi – qui est maintenant en exergue ci-haut. Il est, pourtant, essentiel et important. Borduas et les signataires du manifeste s’insurgeait contre la sclérose de la société québécoise de l’immédiat après-guerre – et plus spécifiquement de la mainmise de l’Église. Une pensée catholique castratrice qui non seulement s’immisçait dans toutes les sphères de la société d’alors, mais qui – aux yeux de Borduas et de ses amis – empêchait tout épanouissement de la liberté individuelle. Liberté de pensée, d’agir – mais surtout liberté de rêver un autre monde possible.

En quoi le triomphe de l’économisme, du consumérisme et de l’appât du gain actuels sont-ils différents de l’omniprésence de l’Église d’alors ? Ces forces qui guident aujourd’hui nos pensées comme nos actions au même titre que les « soutanes » d’alors, « restées les seules dépositaires de la foi, du savoir, de la vérité et de la richesse nationale » [4]. Tout le problème est là, chez nous comme ailleurs, selon moi: l’économie, aujourd’hui, constitue le seul prisme à travers lequel s’exprime la vérité des relations sociales. Le triomphe de l’économisme – c’est-à-dire la réduction des actions humaines à leurs composantes marchandes. [5]

Il y a urgence, à mon sens, de proclamer un nouveau « refus global » – refuser l’asservissement de nos vies et de nos relations à l’unidimensionnalité de l’économie.

 


[1] C’est le message de Pierre Charron dans La Sagesse (1601).

[2] Selon les beaux mots de Gérald Allard, en introduction au Discours de la servitude volontaire de La Boétie, Sainte-Foy: Le Griffon d’argile, 1985, p. 77.

[3] Ibid., section 23, p. 24.

[4] Borduas, Refus global et autres écrits, Montréal: L’Hexagone, 1990, p. 65; la citation en exergue est p. 73.

[5] Voir Richard Langlois, Pour en finir avec l’économisme, Montréal: Boréal, 1995.

Financement de l’éducation, âge de la retraite – le monde change (vidéo | RDI)

Hier j’étais invité au « Club écono » de l’émission RDI Économie avec Gérald Fillion en compagnie de ma consœur économiste Diane Bellemare pour discuter du financement des universités au Québec, de l’âge de la retraite et du rapport Drummond déposé en Ontario la semaine dernière. Bien entendu, il est impossible de discuter de problématiques aussi vastes en quelques minutes. J’y reviendrai sur mon blogue au Voir. Pour l’instant, quelques références pour approfondir ces questions:

Droits de scolarité. Simon Crépeault, étudiant en droit à l’UQÀM offre à la fin d’un billet qui a beaucoup circulé ces temps-ci une série copieuse de références utiles (y compris les documents budgétaires du Québec). J’y ajouterais le tome 2 de l’étude de l’OCDE « L’enseignement supérieur à l’horizon 2030 » qui compare les différentes avenues de financement actuelles et avenir parmi les pays membres (partic. chap. 9 et 10).

Mise à jour: suite à cette interview, j’ai publié sur mon blog au Voir un billet consacré à la question des droits de scolarité: Étudiants: la bourse et la vie.

Âge de la retraite. La problématique de l’âge est multiforme (socio-démographique, financière, etc.). C’est une question très discutée dans la politique française depuis plusieurs années et un site propose une revue de presse de la question dans laquelle on retrouve plusieurs articles récents traitant de la situation canadienne; le point de vue comparatif peut inspirer la réflexion.

Rapport Drummond. Le rapport Drummond est une brique de plus de 500 pages. Il est très intéressant de parcourir les 362 recommandations colligées à l’annexe 1 parmi lesquelles, ma foi, se trouvent plusieurs idées fort pertinentes. Le Canadian centre for policy alternatives, « think tank » de gauche, propose ici des analyses très critiques de ces mesures.

Occupy Wall Street, Reasearch in Motion, Banques européennes (vidéo | RDI)

Hier à RDI-Économie, animée par Gérald Fillion, Martin Coiteux, professeur à HÉC Montréal et moi-même étions les invités du « Club écono. » Au menu: Occupy Wall Street, les déboires de Research in Motion et la crise bancaire européenne.

Il y a un lien entre ces sujets qui semblent a priori fort différents les uns des autres: des transformations radicales s’opèrent – ou doivent s’opérer – dans nos sociétés et dans la manière que sont menées les affaires.

Le mouvement Occupy Wall Street se répand un peu partout dans le monde. Il représente à mon avis une crise de légitimité du pouvoir politique et économique, davantage qu’un mouvement anticapitaliste (j’en ai parlé ici). La réalité des disparités économiques aux États-Unis (combien plus désastreuse qu’au Canada) est à cet égard éloquente. Business Insider a publié cette semaine une série de statistiques qui décrit de façon on ne peut plus claire cette réalité: taux de chômage record depuis la dépression des année 1930, mobilité sociale historiquement la plus basse, écarts de richesse grandissants, grandes entreprises et leurs dirigeants dont les profits et les revenus sont revenus au niveaux records d’avant la crise de 2008, etc.

Research in Motion, l’entreprise canadienne derrière les célèbres téléphones Blackberry, elle, est victime de la rapidité effarante des transformations technologiques mais aussi marketing de son industrie. Ce qui fait l’une des forces de sa technologie (la propriété des serveurs applicatifs) s’est révélé être aussi son talon d’Achille cette semaine lors d’une panne majeure. Déjà aux prises avec un sérieux problème de concurrence, amorcé par le succès du iPhone de Apple, elle fait aussi face à un changement dans sa mise en marché: alors que sa force était d’avoir une pénétration importante dans le marché des entreprises, qui imposaient l’utilisation du Blackberry à ses employés, un nombre croissant d’entre elles laissent libre choix des produits technologiques à leurs équipes.

Finalement, les banques européennes sont à nouveau dans une tourmente à cause des difficultés financières de certains pays, dont la Grèce, à payer leurs dettes. Alors qu’on discute et qu’on tergiverse à nouveau sur la possibilité que les États européens viennent à leur secours, m’est avis qu’on devrait laisser aller les mauvaises dettes, accepter que ces pays soient en défaut de paiement et que les banques qui ont trop capitalisé sur ces dettes souveraines soient emportées dans le flot. À condition de protéger l’épargne des déposants, bien entendu, ce qui serait le seul rôle que je verrais pour les pays de l’Union et pour la Banque centrale européenne qui devrait jouer son rôle pour une fois. Et qu’on nettoie les Écuries d’Augias une bonne fois pour toutes.