Typologie de l’économie collaborative à Montréal

Le 18 décembre dernier, je donnais une conférence sur l’économie collaborative à Communautique, à Montréal. L’Association BUG de Rennes en Bretagne était présente et en a fait un chouette résumé que je reproduis ici:

Conférence à haute valeur ajoutée organisée par Communautique ce vendredi 18 décembre 2015 dans les locaux de l’École de Technologie Supérieure de Montréal. Ianik Marcil, économiste et administrateur de Communautique nous éclaire dans ce magma de concepts naissants sur les nouvelles formes économiques, en proposant d’extrapoler les tendances émergentes (circulaire, collaboratif, partagé, participatif…) à travers un essai de typologie. En quoi ces nouveaux modes de collaboration, de partage… changent ils nos perceptions ? Et quels sont les impacts sur la justice sociale de ces nouvelles modalités de faire l’économie ?

Ces changements viennent bouleverser à l’évidence la chaîne matérielle : production, échange et consommation sont transformés.

Ianik Marcil structure son exercice autour de trois grandes familles et nous propose de poser quelques éléments caractéristiques de ces formes économiques nouvelles :

– L’ économie collaborative ou économie participative : Le principe est de participer au design de nouveaux produits, à l’exemple de Wikipédia. Le mode de fonctionnement y est décentralisé, horizontal et s’organise sans coordination hiérarchique. L’économie collaborative se caractérise par une absence de transaction effective (vente de produits). Selon l’intervenant, « la consommation est consubstantielle à la production/contribution ».

– L’économie du partage : elle se caractérise par la valorisation d’actifs inactifs, en leur conférant un caractère d’utilité sociale (au sens nord-américain : une utilité pour la société). Les exemples majeurs, qui ont d’ailleurs focalisés l’attention des participants, sont Uber et Airbnb. Si dans ces deux exemples souvent extrapolés, emprunts d’un succès mondial, la monétisation est l’objectif principal, d’autres projets d’économie du partage ne génèrent pas systématiquement une monétisation. On peut citer couchsurfing ou d’autres plateformes de partage d’outils ou de services, qui fleurissent localement.

– Enfin l’économie circulaire vise la récupération de produits gaspillés, à l’image de l’association rennaise La Petite Rennes, d’Envie ou encore l’expérience foodsharing.de de frigos urbains à Berlin. Le principe consiste alors à créer de la valeur marchande à partir d’actifs non marchands.

Ianik Marcil nous invite alors à l’extrapolation en avançant une incontournable « uberisation » de la société : monétisation par un tiers / modification des signaux de qualité-confiance / fin du salariat et prise de pouvoir du consommateur / récupération par imitation. Alors qu’à l’opposé, la « wikisation » invite tout citoyen à se transformer en producteur non rémunéré. Enfin, la valorisation des communs illustre une forte tendance à une réappropriation en dehors des institutions traditionnelles.

Ces formes naissantes interrogent la nature même de l’activité économique : la richesse est t-elle exclusivement celle que l’on comptabilise via le PIB ou bien une somme d’autres modes d’opération, de fabrication et de distribution plus difficilement comptabilisables ? En France, Patrick Viveret a largement contribué à l’analyse du sujet en relevant l’ineptie des modes de comptabilisation du PIB, où des catastrophes écologiques contribuent au PIB national, quand l’engagement bénévole de millions de français n’est pas intégré comme une valeur comptable.

Une évidence s’impose : nous sommes dans une période transitoire majeure où « entre ce qui se meurt et ce qui arrive, il y a un intervalle où tout demeure et tout change simultanément, avec des remises en cause morales, éthiques et politiques qui viennent heurter des acquis et des pouvoirs. » Il s’agit alors de comprendre comment les modes économiques classiques et les nouveaux cohabiteront. Et comment se réinventera le politique à l’aune de ces transitions économiques majeurs.

Pour une approche plus détaillée de la conférence à travers le prisme du consommateur, lire l’article de la journaliste québécoise Diane Bérard.