Dérives et dangers du libre-échange: Conférence dans le cadre des JQSI 2017

Dans le cadre des 21e Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI), j’aurai le plaisir de prononcer une conférence ce mercredi à Trois-Rivières, à l’invitation du Comité de solidarité/Trois-Rivières, sur les traités de libre-échange, et particulièrement les traités dits de « 3e génération » (PTP, AÉCG). Le hasard fait en sorte que les négociations sur l’ouverture du traité de l’ALÉNA reprendront ce mercredi et que l’administration Trump devrait faire une « grosse annonce », selon ce qu’on peut lire dans la presse aujourd’hui.

Les traités de libre-échange semblent être bien lointains de notre réalité quotidienne; or, c’est tout le contraire. Ils ont des impacts directs et parfois très grands sur un grand nombre d’entreprises et sur les personnes qu’elles emploient, sur la protection des écosystèmes ou de la culture.

Ça se passe au Théâtre du cégep de Trois-Rivières, à 19h, et l’entrée est libre. Événement Facebook, ici.

NB: pour mes abonné-es, je n’ai pas mis mon site à jour depuis plus d’un mois, mes excuses, ça viendra!

 

 

 

Gastem contre Ristigouche | Édito à «La Matinale» (CIBL | vidéo)

Ces jours-ci se tient le procès de la pétrolière Gastem contre la petite ville de Ristigouche, en Gaspésie. Une caricature du néolibéralisme. C’était l’objet de mon éditorial d’hier à « La Matinale » de CIBL.

Pour donner un coup de main à la petite municipalité, vous pouvez visiter le site « Solidarité Ristigouche », ici.

 

«Dictionnaire critique du sexisme linguistique» | Lancement

Premier lancement de la saison pour moi à titre d’éditeur! J’ai eu l’honneur et le bonheur d’assurer la direction littéraire du Dictionnaire critique du sexisme linguistique, ouvrage collectif dirigé par les juristes Suzanne Zaccour et Michaël Lessard (Somme toute, 2017, 264 p.).

Pourquoi les personnes courageuses ont-elles des couilles, alors que les mauviettes doivent s’en faire pousser une paire ? Pourquoi dit-on d’une femme qu’elle tombe enceinte, mais d’un homme qu’il la met enceinte ? Pourquoi les femmes sont-elles bavardes comme des pies si ce sont les hommes qui mecspliquent ? D’où vient notre tendance à disséquer les femmes en un panier de fruits : des melons ou des prunes à la poitrine, une peau d’orange, la cerise pour l’hymen ? Pourquoi les blagues de blondes font-elles rire ? Depuis combien de siècles les femmes sont-elles hystériques ? Pourquoi l’homme est-il conquérant quand la femme est facile ?

La réponse à ces questions et à bien d’autres se trouve dans ce Dictionnaire critique du sexisme linguistique, recensant des centaines d’expressions sexistes. Un projet qui invite les féministes à passer des actes à la parole !

Suzanne Zaccour et Michaël Lessard vous invitent à la rencontre d’une trentaine de voix féministes québécoises de différents milieux, qui relèvent le pari de faire rire, sourciller, décrier, sourire et grimacer avec des textes aussi riches que colorés.

Avec la collaboration de : Dorothy Alexandre, Dalila Awada, Isabelle Boisclair, Marie-Anne Casselot, Catherine Chabot, Sarah R. Champagne, Élise Desaulniers, Audrey-Maude Falardeau, Catherine Dussault Frenette, Rosalie Genest, Marilyse Hamelin, Naïma Hamrouni, Céline Hequet, Caroline Jacquet, Sarah Labarre, Diane Lamoureux, Louise Langevin, Louise-Laurence Larivière, Widia Larivière, Annick Lefebvre, Judith Lussier, MamZell Tourmente, Catherine Mavrikakis, Emilie Nicolas, Florence Ashley Paré, Julie Podmore, Marie-Michèle Rheault, Sandrine Ricci, Camille Robert, Annelyne Roussel, Marie-Ève Surprenant, Cathy Wong, Suzanne Zaccour

Au plaisir de vous voir au lancement ce soir au Quai des Brumes à compter de 17h30! Détails sur Facebook.

L’accueil des demandeurs d’asile: mise au point | Édito à «La Matinale» (CIBL | vidéo)

Face à l’arrivée d’un nombre important de demandeurs d’asile dans la région de Montréal, en grande majorité d’origine haïtienne et en provenance des États-Unis, il se dit à peu près tout et n’importe quoi par les temps qui courent. Quelques faits méritent d’être soulignés, ce que j’ai proposé dans mon éditorial hebdomadaire à La Matinale de CIBL, ce matin.

*Ma langue a fourchu, c’est bien évidemment 150 demandeurs d’asile par jour dont il est question, pas par semaine.

C’est quoi le concept? Épisode 7: Le boycott | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Septième volet de ma série estivale de chroniques « C’est quoi le concept? » au magazine Les Éclaireurs de la radio de Radio-Canada, hier soir: les campagnes de boycott.

Du site de l’émission, où on peut écouter ma chronique:

Le boycottage comme geste politique est-il encore efficace en 2017? Oui, répond l’économiste indépendant Ianik Marcil, à condition que cette pratique, qui vise à punir une entreprise ou un groupe d’entreprises, réunisse les bons ingrédients. Le boycottage doit avant tout viser un objectif politique au sens large, rassembler une partie importante de la population et dénoncer clairement une situation perçue comme politiquement, socialement ou moralement condamnable, explique-t-il.

Le boycottage fonctionne lorsqu'il est bien mené et quand il répond à certains principes, explique Ianik Marcil.

L’histoire regorge de campagnes de boycottage réussies, souligne Ianik Marcil, à commencer par celle qui a visé les produits anglais dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord pendant la révolution américaine.

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Malade, donc pauvre | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Une maladie grave ou un accident peuvent nous entraîner dans une spirale descendante qui peut potentiellement nous entraîner à un état de grande précarité, voire de pauvreté. C’était l’objet de ma chronique au magazine « Les Éclaireurs » d’hier. On peut l’écouter ici.

Vivre une catastrophe financière à cause d’une maladie

Selon Ianik Marcil, les besoins des plus pauvres face à la maladie ne sont pas comblés par l'État.Selon Ianik Marcil, les besoins des plus pauvres face à la maladie ne sont pas comblés par l’État.   Photo : Radio-Canada / Alexis Gacon

Une maladie grave peut rapidement faire basculer quelqu’un d’une vie digne et confortable à la pauvreté, explique l’économiste Ianik Marcil. Selon lui, le système de santé ne soutient pas assez les personnes aux revenus plus modestes.

Un cas d’école
Ianik Marcil a lu l’histoire tragique de Nicole Croteau dans son livre Heureux les pauvres?, paru l’an dernier. Issue d’un milieu très modeste, Mme Croteau rêvait de devenir médecin. Mais à l’âge de 17 ans, son père est tombé malade, et elle a dû interrompre ses études pour le soutenir financièrement. Après un retour à l’université, elle est devenue orthothérapeute, mais elle est tombée malade à son tour. En tant que travailleuse autonome, elle n’a alors pas eu droit à une assurance invalidité. Graduellement, elle a tout perdu : sa profession, ses revenus, son réseau et ses amis, et elle n’a eu droit qu’à l’aide sociale.
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Le travailleur, une voiture comme une autre?

Le journaliste belge Edgar Szoc a publié dans le dernier numéro de La revue nouvelle (vol. 72, no. 3) un petit texte d’humeur évoquant mes Passagers clandestins – texte repris dans le quotidien La libre Belgique ce matin. On peut télécharger ici le pdf de l’article original. On y apprend que le travailleur, en Belgique, est considéré par certains économistes comme une voiture: il devrait prendre sa retraite après avoir atteint un certain « kilométrage ». Édifiant.

Le texte complet, ici:

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United Airlines, ou notre asservissement | Édito à «La Matinale» (CIBL | vidéo)

L’affaire United Airlines, qui a fait couler beaucoup d’encre, montre que la plupart d’entre nous sommes asservis à un système qui nous presse le citron plus qu’autre chose. J’en parlais ce matin dans mon édito à « La Matinale » de CIBL 101,5 FM Montréal.

Vente à pression dans les banques | Édito à «La Matinale» (CIBL | vidéo)

Une banque presse le citron de son personnel afin d’augmenter les ventes. En bout de piste, employés, consommateurs et épargnants sont tous coincés dans le même système. Mon édito de ce matin à « La Matinale » de CIBL 101,5 FM Montréal.

Québec inclusif | Les tentacules économiques de la Charte

NB: Ce texte a été publié sur le site de l’ONG « Québec inclusif » le 19 février 2014.

 

Pour faire court, dans les médias, on répète que la Charte des valeurs touchera les employés de l’État – au premier chef par l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires. Comme si l’« État » représentait une réalité concrète, immédiatement appréhensible. Or, il y a une profonde différence entre le concept politique d’État et les organisations qui le constituent – voire même du poste occupée par ses employés. Ainsi, est-ce que la Cour d’appel du Québec se rapproche davantage d’une notion « pure » de l’État que le Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec ? Pareillement, est-ce qu’un policier ou un procureur de la Couronne possède le même statut de représentant de l’État qu’un éboueur de la Ville de Sherbrooke, un guide-animateur au Parc des Grands-Jardins ou un conseiller à la SAQ ?

Il ne s’agit pas là d’une question théorique : la Charte des valeurs définit précisément les organismes publics visés par ses dispositions. Elle définit, en quelque sorte, les contours de l’État dans l’application de son objectif principal, son apparente neutralité religieuse.

On peut subodorer sans trop grand risque de se tromper que le citoyen moyen croit que les « employés de l’État » touchés par la Charte sont constitués de la masse un peu diffuse et méconnue des fonctionnaires des divers ministères, du personnel dans les réseaux de la santé, de l’éducation (y compris les éducatrices en service de garde) et du système judiciaire. Une définition intuitive de ce que constitue l’État. Cette définition touche donc (1) les 19 ministères et 66 organismes apparentés, embauchant 87 512 travailleurs, (2) les diverses institutions d’enseignement, embauchant 221 719 travailleurs et (3) les divers hôpitaux, régies de la santé, CLSC et autres établissements de santé embauchant 249 089 travailleurs. Un total de 558 320 travailleurs, ce qui n’est déjà pas rien,[1] compte tenu que le nombre total de travailleurs au Québec est de 3 984 000 personnes.[2] Cette définition de l’État englobe pas moins de 14% des travailleurs de la province.

Mais les tentacules de la Charte s’étendent bien au-delà. Le projet de loi 60 ajoute aux organismes touchés les sociétés de transport en commun, les organisations municipales les sociétés d’État comme la SAQ (7 500 employés) ou Hydro-Québec (19 000 employés) et une centaine d’organisations aussi diverses que la Commission de toponymie, la Société nationale de l’amiante ou la Régie des installations olympiques.[3] Difficile de dénombrer les travailleurs employés par ces organisations mais à coup sûr cela touche plusieurs dizaine de milliers – voire quelque centaines de milliers – de personnes.

La Charte va encore plus loin avec l’article 10 dont a peu parlé. Celui-ci, vague à souhait, stipule que « lorsque les circonstances le justifient, notamment en raison de la durée du contrat ou de l’entente, de sa nature ou des lieux de son exécution, un organisme public peut exiger de toute personne ou société avec laquelle il conclut un contrat de service ou une entente de subvention de respecter un ou plusieurs des devoirs et obligations prévus aux chapitres II et III.[4] » En clair, on ouvre toute grande la porte à ce que autant les sous-traitants de l’État que les organismes subventionnés se voient imposé les principales dispositions de la Charte, à savoir l’interdiction des signes religieux ostenatoires et l’obligation de prestation de services à visage découvert.

La formulation de l’article 10 est à ce point large qu’on pourrait l’interpréter comme s’appliquant potentiellement à l’ensemble des employés d’un fournisseur de l’État ou d’un organisme subventionné. On peut aisément imaginer l’ampleur de l’emprise des tentacules de l’État, sachant le grand nombre de sous-traitants dans des domaines aussi variés que la voirie, le génie informatique, les banques, l’imprimerie, les services de santé et mille autres. Laquelle emprise s’étendrait aux organismes sans but lucratif, qui reçoivent à peu près tous un financement provincial. Autant dire qu’une très large portion de l’économie privée québécoise et la quasi totalité des organismes de la société civile seraient touchés par la Charte.

Bien évidemment, il semble irréaliste et déraisonnable de croire que le gouvernement ait l’intention d’éventuellement appliquer la Charte de manière aussi extensive. En revanche, l’article ainsi formulé, si le projet de loi est adopté tel quel, ouvre la porte à une telle dérive. Mais dès lors, le ministre responsable, Bernard Drainville, a clairement affirmé en Commission parlementaire le 14 janvier dernier que l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires pourraient, par exemple, s’appliquer aux « firmes de services-conseils informatiques qui viennent sur les étages des ministères s’occuper du parc informatique.[5] » Qui plus est, lors de la conférence de presse du même ministre Drainville annonçant le dépôt de la Charte affirme que « les entreprises privées vont effectivement se guider dorénavant avec les balises que l’on donne, que l’on inscrit dans la charte.[6] » Explicitement, donc, le premier ministre de l’histoire parlementaire du Québec responsable des institutions démocratiques souhaite et propose dans sa législation que l’ensemble des entreprises privées et des organisations de la société civile se conforment aux dispositions de la Charte.

On est loin de la définition intuitive de l’État restreinte aux fonctionnaires et aux membres des réseaux de la santé, de l’éducation et de la justice. En opérant un glissement aussi subtile que pernicieux d’un concept de laïcité et de neutralité de l’État à l’interdiction du port des signes religieux pour l’ensemble des travailleurs de milliers d’organisations publiques et privées, le ministre Drainville considère que cette neutralité doit être garantie autant par les officiers en position d’autorité comme les juges ou les policiers que par un ingénieur informatique ou un chauffeur de souffleuse.

La Charte, par son article 10 et par l’esprit que lui insuffle son ministre responsable, étend les tentacules économiques de l’État sur la quasi totalité des organisations publiques, parapubliques, privées et de la société civile. Les conséquences sur la vie économique du Québec seraient alors très importantes – sinon démesurées –, réduisant très largement l’employabilité de milliers de femmes et d’hommes et, ce faisant,  limitant la liberté économique d’une manière inédite dans l’histoire moderne de notre société.



[1] Source des données : École nationale d’administration publique (2012), L’État québécois en perspective : L’effectif public total, Montréal : ENAP, Observatoire de l’administration publique 2012, p. 3.

[2] Institut de la statistique du Québec, tableau « Population active, emploi et chômage, résultats selon le sexe, l’âge et le niveau d’études, Québec, Ontario et Canada », en ligne : http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/travail-remuneration/population-active-chomage/emploi_population.html (consulté le 2 février 2013).

[4] PL 60, Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement, 1ère session, 40e législature, Québec, 2013.

[5] Journal des débats de la Commission des institutions, 1ère session, 40e législature, Le mardi 14 janvier 2014 – Vol. 43 N° 110 (version non révisée) – en ligne: http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/ci-40-1/journal-debats/CI-140114.html

[6] Assemblée nationale du Québec, « Point de presse de M. Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne », Version finale, 10 septembre 2013, 10h45 – en  ligne: http://www.assnat.qc.ca/en/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-12093.html.