Ne pas totalement se faire enculer par le système

J’aime beaucoup les graffitis et les graffiteurs. Ils sont la représentation d’une contestation des choses établies, à la fois politique et esthétique. Canal + a produit un excellent docutmentaire sur les graffiteurs (le seul bémol: on ne distingue pas les graffiteurs des tagueurs, de façon générale l’analyse sociologique n’est pas très poussée). On appréciera particulièrement un groupe de graffiteurs étudiants en droit, un d’entre eux expliquant son activité de graffiteur: « on veut avoir l’impression de ne pas totalement se faire enculer par le système ». À voir!


TAG LA GUERRE SOUTERRAINE – Hugo Hayat et Olivier Gangnard
envoyé par MOASPRESS. – L’info video en direct.

Les librairies indépendantes, espèce en voie d’extinction ?

Je ne suis pas un inconditionnel de Foglia, mais j’apprécie souvent ses coups de gueule. Il commet ce matin une savoureuse chronique sur la fermeture d’une petite librairie indépendante à Rimouski, la Librairie Blais. La concurrence des grandes surfaces (Costco, par ex.) mais aussi des grands réseaux de librairies (Archambault, Renaud-Bray) et des librairies en ligne (Amazon) fait mal depuis des années aux petites librairies indépendantes. Sans compter la vague annoncée de la littérature numérique. Quelle différence, nous demande Foglia, entre acheter le roman Millenium dans une librairie indépendante ou chez Costco? Neuf dollars moins cher chez Costco. Pour exactement le même produit (la viande surgelée chez Costco peut, a priori, être moins bonne que celle achetée chez votre boucher de quartier, mais le livre, lui, est exactement le même produit). Cela relance le débat sur une possible politique du prix unique du livre comme il en existe dans de nombreux pays. Mais surtout, cela met en lumière ce que les marketeux appellent « l’expérience-client »: qu’est-ce que vous achetez vraiment chez votre libraire de quartier, par opposition avec Costco? Est-ce vraiment uniquement Millenium? Non, c’est aussi l’expertise de votre libraire, qui vous connaît bien, qui vous dira si, selon lui, vous aimerez ou non Millenium, vous recommandera cet ouvrage publié par une petite maison d’édition n’ayant pas la force de frappe publicitaire de l’éditeur de Millenium. C’est une relation humaine et sociale et culturelle qui dépasse largement l’acte marchand. À vous de choisir ce que vous préférez. De toutes les manières, lâchez-moi avec l’économie de 9$ que vous ferez en achetant Millenium chez Costco: vous allez le dépenser en essence et usure de votre voiture (et diminution de votre espérance de vie à force de stresser et d’enrager, quant à moi).

Épidémie de décrocheurs aux États-Unis

Le décrochage scolaire est une plaie de nos sociétés occidentales. On sait que le Québec est la province championne du décrochage, comme le révélait il n’y a pas très longtemps une étude de Statistique Canada. Et le problème est de plus en plus grave; en 2008, c’était 29% des jeunes du secondaire qui ont quitté l’école; près d’un élève sur trois! Chez les garçons, 35%, soit plus de 1 sur 3… À un point tel que le gouvernement du Québec a du se doter d’une Stratégie d’action jeunesse 2009-2014 pour combattre le décrochage.

Ses effets néfastes sont évidents: possibilités professionnelles limitées, précarité, exclusion, la liste est aussi longue que douloureuse pour les décrocheurs. C’est la même chose pour l’ensemble de la société.

Les causes du décrochage sont multiples et structurelles. On ne décroche pas par hasard. L’étude de Statistique Canada démontre que la pauvreté est un des facteurs explicatifs les plus importants, sinon le premier: à Westmount, le taux de décrochage n’est que de 6% alors qu’il dépasse les 40% dans les quartiers les plus pauvres de Montréal.

Une étude récente aux États-Unis démontrent que le facteur ethnique est aussi très important pour expliquer le décrochage. Bien entendu, pauvreté et ethnicité sont fortement reliés. Cela étant dit, cette étude nous apprend que dans certains états, le taux décrochage dépasse les 50%, voire 60% chez les noirs, les hispaniques et les autochtones. C’est non seulement l’avenir de communautés entières qui est hypothéquées, mais des millions d’hommes et de femmes qui se retrouvent dans un cul-de-sac pour le reste de leur vie.

L’époque de la Grande Dépression… en couleur

Rareté, des photos prises par les fonctionnaires de la United States Farm Security Administration (FSA) puis par le Office of War Information (OWI) dans les années 1930 et 1940… en couleur. Publiées par la Bibliothèque du Congrès sur Flickr. Ça ne rend pas la crise moins sombre, mais pour nos yeux davantage habitués aux documents photographiques en couleurs, peut-être apparaît-elle plus « vraie »? À voir, ce sont des documents très émouvants.

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Operating a hand drill at Vultee-Nashville, woman is working on a "Vengeance" dive bomber, Tennessee (LOC)

Les coopératives ont mieux réagi à la crise

Des études et analyses du Bureau international du travail (BIT, un organisme de l’ONU réunissant des représentants gouvernementaux, syndicaux et patronaux) ont démontrées récemment « que, sauf quelques exceptions, les entreprises coopératives de tous les secteurs et toutes les régions sont relativement plus résistantes aux chocs actuels subis par le marché que leurs homologues plus centrées sur le capital », selon les mots mêmes de Hagen Henrÿ, responsable du secteur des coopératives au BIT.

L’explication centrale est simple: ces organisations ne subissent pas les pressions que connaissent les entreprises privées de la part de leurs actionnaires pour sauvegarder à tout prix leurs profits, afin de le leur redistribuer sous forme de dividendes. De plus, elles sont beaucoup moins enclines à prendre des risques inconsidérés face aux turbulences économiques qu’elles traversent.

Violence des inégalités

Éric Desrosiers rapportait dans Le Devoir de la semaine dernière une importante étude de l’Université Oxford (Oxford Poverty & Human Development Initiative) pour le compte des Nations Unies sur la pauvreté dans le monde. Le chiffre frappe: 1,7 milliards d’humains vivent dans un état de pauvreté, soit un être humain sur quatre

Sans surprise, l’Inde compte un taux de pauvreté extraordinairement élevé: plus de la moitié de sa population (1,2 milliards au total) vivent dans la pauvreté. Un pays pourtant encensé par les chantres de la croissance économique et du commerce international pour son extraordinaire essor économique au cours des dix dernières années.

Ce qu’il y a de très intéressant dans cette étude c’est qu’elle tient compte non seulement du niveau de revenu ou de richesse monétaire mais établit un nouvel indice de pauvreté qui reflète « aussi le degré de privation des personnes pauvres en matière d’éducation, de santé et de niveau de vie ». Du coup, au contraire de la Banque Mondiale qui estime le nombre de pauvre à « uniquement » 1,3 milliards de personne, on ajoute 400 millions d’humains au décompte. Ce qui permet d’avoir une évaluation beaucoup plus fine du caractère multidimensionnel du phénomène mais surtout de ses répercussions sur tous les aspects de la vie et de sa gravité.

(Photo Le Devoir.)