Les révolutions ne nous ont jusqu’ici apporté que défaites…

Joli « stop-motion » inspiré de Claire Diterzi et de Marcial di Fonzo Bo.

Les révolutions ne nous ont jusqu’ici apporté que défaites mais ces échecs inévitables sont précisément la caution réitérée de la victoire finale.

Rosa Luxembourg, Berlin 1919

PKP, Quebecor, vos épargnes et la danse à claquettes

Pierre Karl Péladeau (PKP pour les médias) est très utile au Québec. On aime le détester pour toutes les raisons historiques et sociologiques qui caractérisent le Québec: il est riche et aime manifestement l’argent, il est patron d’une grande entreprise, il a l’air arrogant, il a du pouvoir, il n’aime pas le consensus corporatiste, etc. Bref, il a l’air du méchant. C’est particulièrement vrai chez les intellectuels, qui ajoutent à cette longue liste de défauts son modèle de convergence et le pouvoir de Quebecor sur une grande partie des médias québécois.

PKP a hérité, avec son frère, de l’entreprise bâtie à bout de bras par son coloré père. Pourtant, comme se souvient Josée Blanchette qui était son amie lorsqu’ils étaient étudiants, Pierre-Karl, dans sa jeunesse, semblait vouloir se détacher du premier de son héritage: être « le fils de. » Il a d’ailleurs étudié en philosophie avant de faire son droit – ce qui en dit un peu sur la structure mentale du monsieur. Mais on ne peut échapper à l’inné ni à l’acquis: il est le fils de Pierre Péladeau, a hérité de son père comme de son entreprise.

Vendredi dernier, le 23, on soulignait le 10e anniversaire de l’acquisition de Vidéotron par Quebecor. Un des coups majeurs de PKP. Et une acquisition qui a été emblématique de sa façon de faire. À l’époque, cela avait brassé. La Presse a publié il y a une semaine une série d’articles sur cet anniversaire en même temps que le numéro courant du magazine L’Actualité dresse un portrait de PKP: « Un bulldozer nommé PKP. »

Maxime Bergeron nous rappelle combien fut houleuse l’acquisition de Vidéotron en 2000. Craignant que Vidéotron ne passe aux mains d’intérêts ontariens (Rogers), la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), l’organisme qui gère les fonds de retraite publics des Québécois (ce que nous payons à la RRQ), a courtisé Quebecor presque en panique pour qu’elle en fasse l’acquisition. La Caisse a allongé 3,2 milliards de dollars pour permettre à Quebecor d’acheter Vidéotron. Autrement dit, c’est l’épargne-retraite des Québécois qui a permis à PKP d’acheter Vidéotron; après avoir hérité de son père, il héritait de l’ensemble des Québécois. À la suite de cette acquisition, rappelons qu’un lock-out d’un an a été décrété contre les employés de Vidéotron, que des mises à pieds drastiques ont été décidées par Quebecor et qu’il fallut beaucoup de temps et d’énergie pour que les relations de travail reviennent au beau fixe chez Vidéotron.

Rien de mal dans la décision de la Caisse: c’est dans son mandat de non seulement faire fructifier le « bas de laine » des Québécois, mais aussi de favoriser le développement économique de la province. Et ces 3,2 milliards permettaient à la Caisse de devenir propriétaire de plus de 45% des actions de Quebecor Media. Le hic, comme nous l’explique Michel Girard, c’est que malgré cette forte participation dans Quebecor Media, la Caisse n’a aucun droit sur la gestion de l’entreprise de PKP. Par des dispositions de la convention entre actionnaires liant les Péladeau et la Caisse, c’est-à-dire le contrat définissant les droits de l’un et de l’autre, la Caisse ne peut s’opposer aux décisions de la direction, sauf en cas de changements drastiques dans les orientations générales de l’entreprise – par exemple, si PKP, pris de folie, décidait de transformer son entreprise en une vaste compagnie de danse à claquettes. Malgré cela, alors qu’éclatait la bulle financière des entreprises technologiques en 2000-2001, la Caisse a sauvé Quebecor Média en allongeant quelques millions de dollars de plus, au moment au Vidéotron perdait sa valeur de façon vertigineuse.

Mais parlant de danse à claquettes, n’est-ce pas un peu ce genre d’aventure dans laquelle PKP veut se lancer en faisant la promotion du retour des Nordiques à Québec et de la construction d’un nouvel amphithéâtre? Alors que PKP ne cesse de dénoncer l’intervention de l’État, il a à peine ouvert la porte au financement privé, notamment de son entreprise, au projet du retour d’une équipe de hockey à Québec. Lui qui, par l’acquisition de Vidéotron a construit un empire médiatique basé sur la convergence, qui n’aurait été possible sans la participation de la Caisse de dépôt, se montre très résistant à la participation de son entreprise dans le projet.

En résumé:

1. Que l’État finance l’acquisition d’une entreprise comme Vidéotron pour assurer le développement d’une industrie au Québec, fort bien, c’est son rôle, quant à moi (il s’agit ici d’une prise de position politique et non économique).

2. Que l’État finance des infrastructures sportives comme un nouvel amphithéâtre à Québec est aussi son rôle – car il est un peu court de critiquer ces décisions sur la base que le hockey professionnel est une activité lucrative: une équipe de hockey, une compagnie de danse à claquettes, un orchestre symphonique sont autant d’activités humaines qui peuvent être profitables à l’ensemble de la société et c’est à nos élus de le décider pour nous, puisque nous les avons élus, justement, pour faire ce boulot.

3. Mais que PKP s’insurge de la trop grande présence de l’État dans l’économie alors que c’est le gouvernement québécois, après son père, qui lui a permis d’acquérir le pouvoir et la richesse qu’il a présentement et que du même souffle il en appelle au financement public d’infrastructures sportives, il ne faudrait pas pousser l’incohérence à l’absurde.

PKP est un homme d’affaires « bulldozer », un peu requin, effronté et brutal, et nous pouvons nous permettre de le critiquer (voire de le haïr pour certains), à ce niveau. Par contre, une chose que nous ne pourrons jamais lui reprocher est son succès. Parce que ce succès, PKP le doit en très grande partie à nous tous, à notre épargne collective. Comme il en sera potentiellement le cas du succès d’une nouvelle équipe de hockey à Québec. En ne nous intéressant pas, collectivement, au rôle de l’État dans les affaires privées, nous négligeons, comme citoyen, de mettre le nez dans le développement de notre société qui passe, aussi, par le monde des affaires. Et nous renions, de facto, notre droit à critiquer les décisions d’un homme qui est en position de pouvoir économique grâce à nous.

Pourquoi tout le monde n’a pas le droit de dormir au chaud?

Beverly Jo Scott, une chanteuse américaine vivant en Belgique offre à entendre un soul francophone très agréable. Ici une chanson dédiée aux itinérants. Cette chanson a été enregistrée pour venir en aide à un organisme bruxellois d’aide aux sans abri il y a quelques années.

Douce France

Encore une fois, la France s’échauffe et les manifestation se multiplient. Le Nouvel Obs nous apprend ce matin que les 2/3 des Français approuvent les manifestation et que la même proportion désire que le gouvernement retire son projet de loi visant à faire passer l’âge de la retraite obligatoire de 60 à 62 ans.

Photo: nouvelobs.com

Et on se demande pourquoi on a des problèmes en éducation…

Une amie m’a refilé cette perle de jargon bureaucratique, tiré d’un document du ministère de l’Éducation du Québec, citée dans un article du Soleil de Québec:

Le Comité-conseil apprécie le rehaussement du contenu de formation des programmes d’études et croit que la progression des apprentissages peut suivre l’évolution des concepts, tout en évitant le retour à un contenu descriptif très détaillé. À son avis, il s’agit de trouver un juste équilibre favorisant une progression concentrique ou spiralée des apprentissages, dans un contexte de développement des compétences.

Après ça on se demande pourquoi notre belle jeunesse est mal formée et pourquoi les enseignants pètent les plombs…

Lumpenprolétariat 2010 – nous sommes tous à un 25¢ d’un banc de parc

À la fin des années 1990, ma schizophrénie sociale et intellectuelle était déjà bien établie: j’enseignais à la fois aux requins de la finance en puissance de HÉC et le cours de Théories marxistes au département de Science politique de l’Université de Montréal.

Ces deux vies étaient moins contradictoires qu’il ne puisse paraître à première vue. Dans les deux cas, j’essayais de démonter la machine économique pour l’expliquer à mes étudiants. Le cadre de référence philosophique et politique, le vocabulaire et les théories divergeaient, voire étaient en totale contradiction. Mais au fond, dans les deux cas, mes étudiants et moi nous cherchions à mieux comprendre le monde économique dans lequel nous évoluions.

Ces étudiants avaient des aspirations contrastées: les uns rêvaient de devenir présidente d’entreprise, comptable ou vice-président marketing; les autres, journaliste, politicienne, activiste. Mais tous partageaient le même désir: avoir leur place entière dans la société, contribuer à son développement, même si cela était dans des directions parfois opposées. Que veut-on d’autre, à vingt ans?

À mes étudiants de théories marxistes, j’enseignais les concepts de base: la société est divisée entre deux classes, les capitalistes, qui sont propriétaires des moyens de production (usines, machinerie) et le prolétariat qui les utilisent pour produire des marchandises. Les prolétaires sont exploités par les capitalistes car ils sont dépouillés du profit généré par leur travail. D’où la lutte des classes, les prolétaires, dans la vision de Marx, devant faire la révolution pour que tous puissent bénéficier à part égale du système économique. Ça c’est Marx version Twitter, mais c’est quand même à peu près ça.

Toutefois, et mes anciens étudiants se rappellent avec douleur que je passais 3 h sur les 45 du cours à décortiquer cela, cette belle explication omet une partie des citoyens: ceux qui ne contribuent pas à la machine économique. Qui ne sont ni exploitants/eurs ni exploités. Les exclus. Le lumpenproletariat – le sous-prolétariat (littéralement, le « prolétariat en haillons »). La théorie de Marx a beaucoup de difficultés à faire entrer dans son analyse les exclus, car ils n’ont aucun intérêt, au sens propre, dans le système.

Qu’ils rêvaient soit de révolution soit de devenir patron d’entreprises, mes étudiants désiraient à tout prix contribuer à la société. Ne pas être exclus. L’exclusion de la société, c’est de ne pas exister. Il n’y a pas pire violence que l’ignorance, de ne pas être vu, être sans parole, de se voir imposer le silence.

Et c’est ce que vivent les itinérants, les sans-abri. Cette nuit, c’est la 21e nuit des sans-abri au Québec. Dans 23 municipalités du Québec, tous les citoyens sont appelés à partager solidairement au moins une partie de la nuit avec les sans-abri. À être conscients que nous sommes tous à un 25¢ d’un banc de parc – que l’itinérance nous menace, tous.

Un sondage récent démontrait que 1 Québécois sur 6 ne se croit pas à l’abri de l’itinérance ! Un sur 6, c’est énorme pour l’une des sociétés les plus riches du monde. Un Québécois sur 6 qui est à 25¢ d’un banc de parc.

Cette nuit des sans-abri, qui nous invite à partager musique, poésie, solidarité autour d’un braséro, c’est surtout l’occasion de réfléchir à des faits brutaux, à une réalité qui est de notre quotidien bien davantage que le mendiant auquel nous donnons une pièce, sans oser trop le regarder:

– il y a près de 30 000 itinérants à Montréal

– la moitié des itinérants sont hors-Montréal – les plus fortes croissances se retrouvent dans les banlieues de classe moyenne comme Laval ou Longueuil

– les 2/3 sont dans la quarantaine ou la cinquantaine

– les 2/3 sont des hommes

– leur taux de mortalité est près de 4 fois la moyenne québécoise

– ils subissent une judiciarisation sans commune mesure par rapport aux autres citoyens

– ils font face à une problématique de « profilage social » – nombreux sont les cas d’itinérants accumulant des centaines, voire des milliers de dollars de contraventions pour flânage sur la voie publique qu’aucun autre citoyen n’aurait reçues (sources: MSS et Protecteur du citoyen)

La Ville de Montréal dévoilait avant-hier ses priorités de lutte à l’itinérance. D’aucun, dont moi, n’y voient que vœux pieux irréalisables. Parce que ces initiatives dépendent trop de décisions qui ne sont pas sous son contrôle.

Et parce que toute initiative visant éradiquer l’itinérance doit tabler sur un principe simple: saper la cause première de l’itinérance, l’exclusion, une réalité brutale et non un sentimentalisme, celle que des milliers de nos frères et sœurs sont victimes de notre silence et de nos regards détournés. Notre silence et nos regards détournés le sont parce que nous savons inconsciemment que, nous aussi, nous sommes potentiellement à un 25¢ d’un banc de parc. Raison de plus pour agir dans la solidarité. Et, au moins, partager un moment cette nuit avec eux.

Et nourrir notre âme de poésie de ces exclus, comme celle de l’ami Yvon Jean, extrait de son poème « L’exclusé » de son recueil Noires poésies, un homme qui a connu la rue et elle qui ne la quittera jamais:

L’heure du dernier repos a sonné
C’était la dissonante nuit
Ses rêves défilaient cauchemardisés
Que ce boueux fossé, en guise de lit

Il était là, sans geindre, autres cœurs cris
Décavé, livide, défait, sans vie, anéanti

—–

MÀJ 2010-10-15 17:15

Yvon Jean m’a fait les commentaires suivants, touchants et authentiques, que je reproduis intégralement:

Tu me fort agréablement surprends en ce gris matin.

Ton parcours, pour moi, homme de la rue m’intimide au plus haut point. Merci de t’attarder à parler de ceux qui n’ont pas de voix. L’exclusion est une tare des plus redoutable, pernicieuse à souhait. Pas plus tard qu’il y a deux semaines j’étais presque à la Rue de nouveau, il s’en ai fallu de très peu. En moi j’ai des ressources que d’autres frères et soeurs n’ont pas. C’est-à-dire une incroyable capacité de ressurgence, de par mon enfance…Ce qui m’a permis jusqu’à ce jour d’éviter la galère totale.

Mais maintenant que mon amie l’alcool a prit comme possession de ma vie je suis plus que fragile, la brume éthylique me fait voir les choses encore plus noires qu’avant. Mais je m’en sors ahanant, mais tous n’ont pas cette force. De plus on m’a aidé, ce que bien peu de gens dans la Rue ont pu connaitre.

Tu sais la folie nous guette tous dans la Rue, et il est souvent presque impossible d’en revenir. Ma bonne étoile m’a toujours guidée, mais là elle m’a presque laissé tombée récemment. Car l’alcool que tu prend pour moins sentir la lourdeur de ta situation te fait aussi perdre la raison, et là tu essais n’importe quoi pour vivre encore moins les effets de ta déroute.

J’ai perdu tout mes biens matériel, j’avais un fort beau studio qui faisais ma fierté, je l’ai bu et rebus…maintenant je reviens à la case départ, dépouillé de tout, et malheureusement de tous ou presque…La guerrière à mes côté m »a littéralement empêché de poursuivre ma descente et l’inéluctable fin qui s’annonçait. La vie tiens à bien peu parfois, surtout l’animal social inconsciemment formé à l’école du lavage de cerveau…

L’exclusion, le début de la descente souvent, exclusion d’un système d’où on s’extirpe à tout prit adolescent, tout sauf ce qu j’avais connu. Mais les pièges sont grands, omniprésents, finalement on n’échappe jamais à la violence et l’abandon de notre enfance. Mes boulets ne m’ont jamais quittés, malgré tout ce que j’ai pu en penser, et ne me quitterons jamais non plus.

Moi, j’ai l’ultime chance d’avoir ma plume pour me battre, dans la fort injuste arène de la Vie, de la Rue. La conscience sociale aiguisée sur la meule d’injustices passées. Et par la force de ma capacité à jongler avec les maux je me réappropi un pouvoir qui me donne espoir encore. Et par la percutance de mes mirifiques strophes, qui malgré leurs extrême fort souvent noirceurs, je sais que je peu faire une différence en cette dites sordide société…

Mais tous n’ont pas ce thérapeutique exutoire, il est mien et je le travaille jour après jour, comme le boxeur que je fut maintenant je boxe avec mes maux…J’ai déjà été au tapis, à date me suis toujours relevé, mais le boxeur vieillit et je crois que j’ai reçu ces dernières années quelques coup de trop. Punch drunk, and now alcool drunk…En buvant j’ai pu libérer la cavalerie de mes démons, désinhiber l’indésinhibable.

Ça m’aura donné la force et le courage de monter sur scène, de rapailler ma poésie et la crier haut et fort à la face du monde. Un cri qui viens de tellement loin que même mes anciens doivent se revirer dans leurs tombes parfois, car je leur donnent aux travers mes rimes, une voix qu’ils n’ont jamais eu, une tribune, un privilégié portail exhulteur de leurs vie, noirceur.

Moi, la poésie m’a sauvée, mais d’autres n’ont rien. Mais pourtant si tu savais à quel point grand talent certain ont, si tu savais leurs vies, et quels fut leurs rêves…Mais je sais que tu t’en doute, car tu défend et parle d’eux les indigents, exclus, les itinérants. Mais la Rue c’est souvent du chacun pour soi, les dangers te guettent à tout les coins de Rue, et que dire de la répréhensive et non compréhensive police du bon ordre et protecteur de l’ordre établis.

En effet les exclus n’ont pas leurs places dans aucun système, c’est la marge dans la marge. Comme un maillon rébarbatif que l’on tasse dans les coins et les recoins de la vile ville. Ressurgir, renaître de tout ça tiens presque d’un miracle, je l’ai fait et l’ai refais maintes fois, mais là le fighter est faible, fatigué. Et c’est là que le Rue te guette, te surveille, comme un rapace, et là, tu te retrouve à deux trois chocs émotifs d’y retourner et éventuellement d’y rester.

Finir sur un banc de parc mort gelé, ou caché en des buissons de ville, n’attendant que la fin, mort saoul, sans sous mort, défait, anéanti, sans plus une once de courage ni de volonté…et tu te laisse partir finalement, marginalisé dans un monde qui a tout fait pour de toi se départir. Car tu nuis au système, tu dérange, tu pu comme la peste, pestiféré de l’amour, d’un manque d’amour…

L’alcool te console un temps, mais éventuellement te détruit, mais tu ne peux ni ne veux plus la laisser, ta seule amie…Mais elle te laissera mourir, dans ses bras tu te laissera aller, te confiera à elle, la seule qui ai pu te comprendre, t’aimer…Et les jours passeront ainsi, les saisons, les années…ta vie. Victime jusqu’au bout, de ne pas avoir su comment contourner les démons de ton enfances…

Et un jour toi aussi tu disparaîtras en cendres, mais alors pourquoi donc avoir tant souffert, pour rien, pour souffrir pous les autres qui n’ont pas le temps trop occupés à manu-fracturer leurs sœurs et frères. La Rue c’est la Liberté, la liberté d’être seul, itinérant, vagabond, rejeté… et de crever comme un chien dans un monde de chiens dans une chienne de vie sale…

***

Mille excuses pour les fautes d’ortographes et les mots inventés…

***

En passant personne ne choisi la Rue…elle te choisis…la Rue c’est l’absence de choix…Tu te sauve de quelque chose, mal de vivre, violence, abus…Et quand tu y arrive à cette Rue, la liberté que tu croyais y trouver deviens vite ton enfer, ta prison…Il est vrais que certain y vont pour vivre l’aventure, comme bien des jeunes, mais l’aventure tourne inéluctablement au cauchemar…Y’a personne qui ne voudrait pas se sortir de la Rue, c’est trop facile comme énoncé…on se déculpabilise tous en se faisant croire qu’ils l’ont choisit donc ils doivent aimer ça…La Rue c’est jamais le fun, ça te tu tranquillement…Tu dors mal, jamais reposé, tu mange mal, la maladie te guette tout les jours…et que dire de la solitude…Tant qu’ils y aura des gens qui pensent que la Rue c’est un choix et non le contraire, alors ainsi vous les enfermez encore plus dans l’exclusion, l’itinérance…Aidez non jugez…

La chance des mineurs Chiliens

Photo: Martin Bernetti, AFP

Il pourrait y avoir des dizaines d’images du mercredi cette semaine traitant du sauvetage des mineurs chiliens de la mine d’or-cuivre de Copiapó. Elles font le tour du monde depuis hier, plus impressionnantes et émouvantes les unes que les autres.

Ces mineurs ont de la chance. Celle d’être vivants, bien sûr. Mais surtout d’avoir, dès le début de la catastrophe, reçu l’attention des médias. Ce qui n’est pas souvent le cas, comme nous le rapporte un article du quotidien Le Monde, qui rappelle qu’entre 2500 et 3000 mineurs meurent dans des accidents miniers en Chine, par exemple, ou 170 en Afrique du Sud. Et que ces accidents sont causés par des « bricolages » motivés par l’appât du gain, le travail illégal, etc. Mais surtout que cette situation est complètement oubliée par les statistiques officielles et attire peu d’intérêt de la part des grandes organisations internationales.

Local, complexe et spécialisé – les nouveaux modèles organisationnels

Plusieurs forces et tendances structurelles modifient de plus en plus rapidement les modèles organisationnels de nos entreprises, mais aussi des organisations publiques ou communautaires: globalisation, diffusion de plus en plus importante et aisée de l’information, accélération des transformations technologiques et sociales, etc.

Les faits

  • Nous faisons face à une hypermobilité socio-économique, tant de la main-d’œuvre que des consommateurs (qu’ils soient clients finaux ou entreprises intermédiaires), autant dans dans l’espace que dans les comportements économiques.
  • Le modèle des grandes entreprises proposant une offre uniformisée de leurs produits et services tend à ne plus fonctionner, du moins dans certains secteurs.
  • Les dirigeants et gestionnaires connaissent un sens du vertige devant la rapidité et la multiplicité des transformations de leurs marchés (perte de points de repère habituels, surprises constantes, impossibilité de planifier à moyen et long terme).
  • La réputation, le curriculum, la notoriété et l’image de marque ne suffisent plus aussi facilement à convaincre l’acheteur ou le consommateur.

Les effets

Ces réalités trouvent leurs sources et ont des effets principalement à trois niveaux: le marché ou la demande ; les processus de production et de mise en marché et les facteurs externes ou environnementaux. Le tableau suivant résume ces causes et conséquences (cliquez pour agrandir).

Les organisations font donc face à trois pressions qui s’imbriquent l’une l’autre:

  • Local : Des tendances de fond du marché (demande pour des produits locaux et de proximité), les pressions sans cesse à la hausse sur les coûts de transport et de logistique et la nécessité pour les entreprises de proposer une offre qui se différencie de la production de masse à bon marché font en sorte qu’il y a un retour au local.
  • Complexe : La multiplication, qualitativement et quantitativement, des marchés, produits, processus et interactions s’explique par une sophistication de plus en plus grande des acheteurs, la pertinence de moins en moins grande du modèle de grande entreprise intégrée à la production uniforme et l’accès à des gammes de produits plus élargis.
  • Spécialisé : Des marchés de plus en plus hétérogènes et spécifiques (micro-marchés), la capacité de produire en petite séries et de façon plus personnalisée et ciblée (connaissance rendue possible par des bases de données client étoffées), les rapides développements techniques et scientifiques en recherche appliquée permettent le développement de produits et services de niche très spécialisés.

Qu’est-ce qu’on fait ?

Les organisations ont peu de marge de manœuvre et doivent s’adapter rapidement pour faire face à ces réalités, par exemple en combinant plusieurs de ces tendances:

  • Local + Complexe : offrir des produits et des services de proximité, ayant une « saveur » locale et une relation proche de la demande des clients.
  • Complexe + Spécialisé : développer des produits et des services très nichés, en collaboration avec un réseau de partenaires élargi.
  • Spécialisé + Local : offrir des produits et services spécialisés, qui, même s’ils suivent une recette établie, sont perçus comme adaptés à la fois aux spécificités locales, au désir d’authenticité de la clientèle et à ses exigences particulières.

Si tous les humains étaient Canadiens, ça nous prendrait 4 planètes Terre

La World Wide Fund for Nature (WWF) publie ce matin son rapport bisannuel sur l’état de santé de la planète, le Living Planet Report, qui est disponible en format pdf, ici.

Un des éléments fondamentaux de cette analyse est un indice de l’empreinte écologique, c’est-à-dire la quantité de ressources naturelles que l’ensemble de l’humanité utilise chaque année pour subvenir à ses besoins. Nous utilisons présentement 1,5 fois la capacité de la Terre pour subvenir à nos besoins, deux fois plus qu’en 1966. Si rien ne change, ce sera 2 fois la capacité planétaire dans 20 ans. Techniquement, ce chiffre indique le temps nécessaire aux ressources naturelles à se renouveler: il en prend donc 1 an et demi pour régénérer ce que nous consommons au cours d’une année.

Comme l’illustre le graphe suivant, c’est la capacité d’absorption du gaz carbonique qui dépasse le plus largement la biocapacité globale de la planète.

Ce graphe démontre que la planète est largement en mesure de subvenir à tous les besoins nutritifs de l’ensemble de l’humanité: l’agriculture, les pêcheries, la foresterie et les pâturages se renouvellent bien en un peu plus de six mois (un peu plus que « une-demi planète »). Mais si ce sont les émissions de gaz carbonique qui posent problème, cela ne veut pas dire que l’agriculture est exempte. Le transport, par son utilisation de pétrole, et la consommation d’énergie en général, sont une des sources de l’émission de gaz carbonique. Toutefois, l’agriculture est responsable d’une partie de ces émissions et une réflexion sur nos habitudes de consommation en générale, et en alimentation en particulier, est donc plus qu’urgente. On estime que l’agriculture est responsable d’environ 14% des gaz à effet de serre (qui ne sont pas que le CO2, soulignons-le; source ici).

La WWF souligne, comme d’habitude, que les pays riches (i.e. industrialisés) consomment bien évidemment beaucoup plus que la moyenne mondiale. En l’occurence, si l’ensemble de l’humanité adoptait les habitudes de consommation du Canada, c’est environ 4 planètes dont nous aurions besoin! Autrement dit, si tous les humains consommaient comme le font les Canadiens, la Terre aurait besoin de 4 années pour régénérer ce que nous consommerions en une seule année. Le graphe interactif ci-dessous permet de visualiser la consommation des pays riches par rapport aux autres.

Le réflexe immédiat nous conduit à considérer que les pays riches sont responsables et devraient, de façon urgente transformer leur consommation en ayant comme objectif la réduction de l’émission de CO2, notamment. Mais ce que l’histoire ne dit pas, c’est la transformation radicale de la consommation dans les économies émergentes, notamment les pays dits du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). L’enrichissement accéléré de nouvelles classes moyennes dans ces pays fait exploser, par exemple, le nombre de voitures en circulation: en 2009, on a acheté 13 fois plus de voiture en Chine qu’en 1990 et GM vend d’avantage de véhicules en Chine qu’aux États-Unis (source ici). Mais aussi transforme la consommation des ménages de façon générale, y compris dans l’alimentation, qui s’occidentalise et risque d’augmenter encore plus la pression sur la planète. Par exemple, alors qu’au Canada, on consomme 12 % de plus de viande (en quantité par personne) en 2002 qu’en 1992, en Chine, c’est 72%, une des plus fortes croissances sur la planète (source ici; merci à Élise Desaulniers pour les références).

Pour simplifier, en résumé:

  • croissance démographique -> croissance de la consommation (quantité) -> augmentation de l’empreinte écologique;
  • enrichissement, notamment des ménages des pays émergents -> transformation qualitative de la consommation -> augmentation de l’empreinte écologique;

=> empreinte écologique plus grande que la capacité de la planète à renouveler les ressources naturelles nécessaires à notre consommation.