La fracture numérique | Table-ronde (Conférence «Métropolis»)

Cet après-midi, je participe à une table-ronde au 19e Congrès national Métropolis sur la fracture numérique, probablement l’un des plus grands défis actuels pour le développement économique et la justice sociale, avec Mario Asselin, Michelle Blanc et Marc Lijour. L’événement est organisé par Nathalie Rochefort, présidente de DeGama.

À 15h45 au Sheraton Centre-Ville Montréal.

 

Ajout – quelques traces:

Cinq résolutions pour 2014 (vidéo | RDI)

IanikMarcil-RDI-Résolutions-2014Gérald Fillion anime une émission spéciale de RDI-Économie « Résolutions 2014 » à laquelle je participe en compagnie de Martine Hébert, porte-parole nationale de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante et de Jean-Luc Landry, président de Gestion de portefeuille Landry.

On peut écouter cette émission spéciale sur le site de RDI.

Étant donné que je privilégie l’engagement collectif sur l’engagement individuel, mes résolutions seront donc proposées à notre collectivité.

1. Analphabétisme et littératie. Le haut taux d’analphabétisme fonctionnel au Québec (49%) est une tragédie morale et sociale mais aussi économique. Dans une économie où la connaissance et la maîtrise de l’information est à ce point centrale, chaque année qui passe creuse le fossé entre les citoyens et donc les travailleurs : on crée, collectivement, une classe de travailleurs sous-outillés pour s’insérer dans l’économie actuelle. Il y a donc urgence à s’attaquer à ce problème qui est à la base d’un grand nombre de nos problèmes économiques et sociaux. Des investissements massifs – et pas uniquement en argent ! – doivent être faits pour augmenter radicalement le taux de littératie au Québec.

2. Régimes de retraite. À moyen terme, la question des régimes de retraite est probablement la plus urgente au Québec. Au cours des cinq dernières années, les déficits cumulés des régimes de retraite sont passés de 4,5 à 40,6 G$ ; 30% des salariés (1 million) n’ont aucune couverture et 18% n’ont qu’un REÉR. Même si le gouvernement a tabletté le rapport D’Amours, il est urgent que nous ayons décidions collectivement de ce que nous désirons faire. Pour ma part, je milite pour une bonification du régime public, qui est l’un des moins coûteux et qui gère le mieux les risques tout en assurant l’équité transgénérationnelle.

3. Recherche, innovation et entrepreunariat. Après le dépôt de la nouvelle PNRI du gouvernement Marois, il est important que la société civile se mobilise pour favoriser une plus forte culture de l’innovation et de l’entrepreneurship. On a trop tendance à attendre des institutions publiques (centres de recherche, universités…) et de la grande entreprise le moteur de l’innovation. Or les communautés ont aussi leur responsabilité : l’innovation n’est pas que développement technologique, elle est aussi organisationnelle et sociale, par exemple. J’en appelle particulièrement aux élus locaux à ce qu’ils mobilisent leurs communautés à des efforts collectifs d’innovation. Une avenue que nous devrions collectivement privilégier est le développement de technologies et de transformations de nos manières de faire pour préparer l’ère post-pétrole.

4. Culture et créativité. Une société qui valorise et stimule les arts, la culture et la créativité est non seulement une société meilleure, elle est aussi plus riche, économiquement. Il est important, à mes yeux, que le gouvernement et tous les acteurs économiques du Québec poursuivent l’élan insufflé par l’Agenda 21C. Les arts et la culture doivent être au cœur de l’idée même de développement économique, autant de la part des entreprises privées que des communautés.

5. Développement régional. Plusieurs régions du Québec sont encore très fragiles économiquement, à la merci de l’exploitation de ressources naturelles dont elles ne bénéficient pas – quand ça n’est pas que lesdites ressources ne sont plus exploitable. Des progrès ont été réalisés pour les revitaliser et stopper l’exode des jeunes, mais c’est encore bien peu. J’en appelle à une institution qui est négligée en développement économique régional : les Cégeps. Bien implantés dans la vie des régions et avec, notamment, leurs CCTT (centres collégiaux de transfert de technologie), les Cégeps pourraient jouer un rôle fédérateur pour développer les régions, par l’innovation tant technologique que sociale.

Les conséquences économiques de l’analphabétisme

NB: ce texte a été publié originellement le 27 janvier 2012 sur le site du Voir.

 

Au Québec, un adulte sur deux est un analphabète fonctionnel. La moité de la population qui désire travailler, s’épanouir, être heureux; la moitié de la population qui a le droit de voter, de conduire une voiture, qui cherche à comprendre le monde dans lequel elle évolue.

Tant que la situation ne s’améliorera pas, on devrait répéter tous les jours cette statistique effarante. Préférablement en écrivant à nos élus.  C’est aujourd’hui la Journée de l’alphabétisation familiale qui vise à faire la promotion « de l’éveil à l’écrit et du plaisir de lire en famille. »

Le plaisir. Dans notre société qui carbure au spectacle, à la séduction, au ludique, à la recherche effrénée du plaisir, comment n’arrivons-nous pas réussi à faire partager à nos semblables le plaisir de la lecture et de l’écriture, de la connaissance et de la curiosité?

Les conséquences humaines de l’analphabétisme sont évidemment nombreuses et tragiques. Comme le souligne la Fondation pour l’alphabétisation, la moitié des adultes du Québec a donc de la difficulté à:

  • aider ses enfants à faire leurs devoirs;
  • comprendre les procédures liées à son emploi;
  • lire une posologie de médicament;
  • remplir une demande d’emploi en ligne;
  • passer en revue le programme électoral d’un parti.

Il est question, ici, de besoins des plus élémentaires. D’être en mesure de s’épanouir comme être humain, de jouer son rôle comme citoyen et d’assurer son bien-être matériel.

Car les conséquences économiques de l’analphabétisme sont également terribles. Imaginez! La moitié des adultes du Québec peuvent ne pas être en mesure de comprendre les procédures liées à son emploi! Et on s’alarme, à juste titre, du déclin de la culture générale…

La littératie est étroitement liée à la scolarisation, bien entendu. Les deux permettent l’amélioration du bien-être économique de tous. Une étude démontrait il y a quelques années que chaque année de scolarité supplémentaire rapportait en moyenne 8,3% de plus de salaire aux Canadiens. Mais il n’y a pas que la scolarité, comme vecteur d’une meilleure performance pour les travailleurs. La litératie élémentaire, celle qui permet de dépasser le niveau illustré ci-dessus, améliore toutes les conditions de vie matérielles des gens; l’UNESCO a démontré en long et en large que l’analphabétisme est fortement corrélé avec la faiblesse de la croissance économique, des niveaux élevés de dépenses en santé publique et des inégalités de revenu profondes.

Avec une économie qui se transforme à une vitesse vertigineuse, où les compétences attendues des travailleurs sont de plus en plus complexes, ne pas se soucier de ce problème de société majeur c’est s’assurer de foncer directement dans un mur au-delà duquel il n’y aura aucun retour possible.

À l’heure du grand brassage de cartes que nous connaissons, aucun parti ni mouvement politique n’aura ma sympathie s’il ne met pas l’alphabétisation et l’éducation au sommet de ses préoccupations et, surtout, des actions concrètes qu’il entend mettre de l’avant pour améliorer drastiquement la situation. Il n’y a pas de place, ici, pour les vœux pieux et les bons sentiments: il y a urgence d’agir massivement.