Le temps passé en famille | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Semaine spéciale au magazine Les Éclaireurs: nous y scrutions les résultats d’un sondage qui décortique le quotidien des familles canadiennes francophones. Toutes les données sont disponibles ici – le site permet même de comparer notre réalité à celle de nos semblables.

J’ai commenté hier, de mon côté, le volet relié au temps de loisirs, à la vie de famille et aux préoccupations des parents et des enfants. On peut entendre ma chronique ici.

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Dépenses en arts et en culture au Canada | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Les Canadiens consomment peu de produits artistiques et culturels, et ces dépensent diminuent depuis quelques années… Des données un peu déprimantes, dont j’ai parlé hier à ma chronique au magazine « Les Éclaireurs » de Radio-Canada.

Joyeuse surconsommation !

NB: ce texte a été publié originellement le 26 décembre 2012 sur le site du Voir.

 

Buying is much more American than thinking.

Andy Wahrol (The Philosophy of Andy Warhol,
San Diego: Harvest/HBJ, 1975, p. 229.)

 

Comme bien d’autres, j’aime depuis toujours regarder des documentaires sur l’univers microscopique ou, à l’opposé, sur les mystères de l’univers lointain. J’y observe un monde auquel j’appartiens mais pourtant mystérieusement inaccessible, curieusement étranger à ma réalité concrète.

Un sentiment similaire m’habite lorsque je regarde, année après année, les reportages télévisés sur la frénésie du boxing day, le lendemain de Noël. Jamais, jamais je ne comprendrai les ressorts psychologiques profonds qui motivent mes semblables à se livrer à de pareilles cohues pour acheter bidules et machins généralement superfétatoires à bas prix – on ne parle tout de même pas de s’entretuer pour un bout de pain rassis en période de famine ! La psychologie n’est pas mon domaine d’expertise de toutes les manières.

Cela dit, la « tradition » du boxing day, même si elle ne date pas d’hier,  en dit long sur l’importance et le rôle de la consommation dans nos économies. La consommation de masse est relativement récente dans l’Histoire. Après la deuxième guerre mondiale, les sociétés occidentales – entendre ici l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord et le Japon – ont connu une période de dynamisme économique inégalée de toute la modernité. L’historien Jean Fourastié a appelé les trois décennies d’après-guerre les « Trente glorieuses » pour les caractériser.[1] La reconstruction en Europe et au Japon couplée à l’expansion du « complexe militaro-industriel » favorisé par la Guerre froide a amené une croissance économique et une quasi absence de chômage sur près de trente ans.[2]

Conséquence, les travailleurs s’enrichissent rapidement, on voit l’apparition d’une classe moyenne et le développement de ce qui fut appelé à très mauvais escient « l’État providence. » C’est la grande époque au cours de laquelle les familles des travailleurs s’équipent : âge d’or du bungalow de banlieue, achats d’appareils ménagers de toutes sortes, explosion de l’alimentation industrielle.

Au cours de cette période, environ le deux tiers de l’activité économique en Occident est constitué de la fabrication. Les Trente Glorieuses est en ce sens l’âge d’or du travailleur.

Quarante ans plus tard, nous sommes passés d’une économie des travailleurs à une économie des consommateurs. Car après les deux chocs pétroliers de 1971 et de 1979, cette dynamique s’essouffle rapidement. Il y a un plafonnement de la consommation « organique », induite par cette croissance économique fabuleuse. Le ralentissement de la croissance démographique et les épisodes d’inflation importante causée par la hausse du prix du pétrole ne font qu’enfoncer le modèle économique occidental dans plusieurs crises plus ou moins longues qui se succèdent jusqu’à nos jours.

Or, pour que la machine puisse continuer à fonctionner, il est nécessaire de continuer à la nourrir, à ce que la demande pour les biens et services puisse continuer à croitre, afin de générer de la croissance économique, sans laquelle la dynamique capitaliste elle-même s’effondre. Nos économies se sont alors transformées tranquillement pour soutenir la croissance de cette consommation. C’est en grande partie le crédit qui joue ce rôle : l’utilisation des cartes de crédits commence à se généraliser au cours des années 1970, pour accessible même aux étudiants de nos jours, l’accès aux prêts hypothécaires se facilite et leur durée s’étire de plus en plus, le prêt à la consommation de toute nature se généralise pour les achats les plus banals.

Si bien que si la fabrication de marchandise était le moteur des deux tiers de l’activité économique au cours des Trente Glorieuses, c’est maintenant la consommation individuelle qui occupe la même proportion. Après le triomphe du travail, celui de la consommation.

La disparition du rôle moteur de la fabrication de marchandise, qui n’a été que partiellement remplacé par les industries de haute technologie et par les secteurs des services dits « moteurs » (les industries culturelles, par exemple), a fait en sorte – entre autres facteurs explicatifs – que les travailleurs n’ont plus bénéficié comme avant de la croissance économique. De fait, depuis 40 ans, le revenu réel de plus des trois quarts des occidentaux stagne à toutes fins pratiques. Du coup, afin d’assurer la croissance de la consommation, ceux-ci se sont de plus en plus endettés, pour atteindre aujourd’hui des sommets record.

Nous vivons donc, depuis les années 1970, dans des économies qui tournent en rond, qui marchent à vide – ou plutôt, qui fonctionnent à crédit. Nous surconsommons toujours davantage afin de favoriser la croissance économique, abrutis que nous sommes collectivement par une idéologie qui glorifie l’acquisition infinie de biens de toutes sortes, sans réfléchir à leur utilité véritable pas plus qu’aux conséquences que ces achats ont pour l’ensemble de la planète, y compris au plan écologique.

En ce sens, le boxing day est à l’image de l’ensemble de notre économie : une bande de consommateurs excités qui achètent dans un mouvement de foule une quantité absurde de biens sur leurs cartes de crédits déjà bien remplies…

 

 

1. Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses, ou la révolution invisible de 1946 à 1975, Paris, Fayard, 1979.

2. Il y a plusieurs autres facteurs explicatifs qui ne peuvent être isolés et qui se nourrissent les uns les autres comme la croissance démographique (« baby-boom ») et le développement de nombreuses innovations technologiques multiples (notamment par leur passage du domaine militaire au domaine civil ou spatial).

L’expérience esthétique et le hamburger

Mes confrères économistes compilent et analysent des données sur la plupart de nos comportements. Que ce soit nos habitudes en matière d’épargne, de nombre d’œufs consommés par année ou de « consommation culturelle » (cf. Statistique Canada, 2004, p. 21). Ils font même des compilations statistiques du niveau de « consommation culturelle, » classant les grandes villes canadiennes selon le nombre de dollars dépensé en moyenne par habitant (Macdonald, 2010).

Je déteste l’expression: « consommation culturelle. » Consomme-t-on un Van Gogh, une pièce de Schönberg, une prestation de Marie Chouinard ou un roman de Saramago comme on consomme une voiture, un ordinateur, une veste ou un hamburger? Notre réflexe a priori est de s’écrier: non! L’Art (avec un grand A) n’est pas assimilable au vulgaire de la consommation quotidienne. Passe encore de considérer l’achat d’un disque de Céline Dion ou d’un roman d’Amélie Nothomb à un geste de « consommation » banal, un simple divertissement (ceci est un point de vue éditorial). Mais l’Art, le vrai, le grand, le transcendant? Nous croyons qu’il existe un art noble, hors de la sphère de la consommation et de la logique marchande.

Poursuivez votre lecture de cet article que j’ai publié sur le webzine des arts visuels, Rats de Ville.

Cynisme, mensonges et publicité

Les publicitaires nous prennent vraiment pour des valises, parfois. Je n’avais pas vu passer cette histoire, somme toute banale: c’est mon amie Élise Desaulniers, qui alimente un blog fort intéressant sur l’éthique de l’alimentation, Penser avant d’ouvrir la bouche, qui me l’a fait découvrir ce matin. Coca-Cola a récemment été condamnée pour publicité frauduleuse au sujet de son « Eau vitaminée » (Vitaminwater) qui n’apporte strictement rien de bon à la santé (et semble-t-il, selon ce billet du Huffington Post, serait même nocive).

Non seulement la publicité est mensonge, mais, pire, Coca-Cola a prétendu dans sa défense que les consommateurs n’étaient pas assez dupes pour croire que cette eau pouvait être un breuvage santé; ainsi, écrit le juge:

At oral arguments, defendants (Coca-Cola) suggested that no consumer could reasonably be misled into thinking vitamin water was a healthy beverage. » Noting that the soft drink giant wasn’t claiming the lawsuit was wrong on factual grounds, the judge wrote that, « Accordingly, I must accept the factual allegations in the complaint as true.

Ajoutez à cela cette magnifique pub qu’a déniché un blogueur, Yoni Freedhoff, médecin à Ottawa, et vous en êtes quittes pour une belle indigestion d’indignation.