Plus tard, c’est maintenant

NB: ce texte a été publié originellement le 7 juillet 2013 sur le site du Huffington Post Québec.

 

«Chaque heure. Il n’y a pas de plus tard. Plus tard, c’est maintenant.» – Cormac McCarthy, dans La Route

Est-ce que tout cela a un sens? Voilà la question que l’on se pose inévitablement face à l’histoire – celle de l’humanité, d’une société particulière voire même de notre biographie personnelle. Ainsi, dans une célèbre réplique, Shakespeare fait dire à Macbeth: «La vie n’est qu’une ombre qui marche; (…) c’est un conte raconté par un idiot avec beaucoup de bruit et de chaleur, et qui ne signifie rien» (acte V, scène 5).

Est-ce que Macbeth a raison ou, au contraire, l’histoire, recèle un sens que nous pouvons décoder et comprendre? L’étude de l’histoire conduit inévitablement à ce questionnement. Plus particulièrement, ce questionnement interroge notre rapport à l’histoire et au temps. Les philosophes comme les historiens réfléchissent depuis toujours à ces questions qui nous permettent de mieux comprendre notre place dans le monde. Trois ouvrages récents proposent des réflexions qui se croisent et dialoguent étonnamment à cet égard.

style="float:Face aux transformations de toute nature que connaît notre monde – sociologiques, technologiques, économiques, géopolitiques – le cours de nos vies (communes comme individuelles) semble à la fois s’accélérer tout en nous plaçant dans une posture de stupeur et d’immobilité face aux mille catastrophes qui menacent. «L’accélération va de pair avec la pétrification, le changement accompagne l’inertie et la société contemporaine est perçue à la fois comme ‘figée et frénétique’» note la philosophe Myriam Revault d’Allonnes dans La Crise sans fin: Essai sur l’expérience moderne du temps (p.124).

Notre rapport à la temporalité – donc à l’histoire, y compris notre histoire individuelle – a évolué au cours des âges. L’historien François Hartog, spécialiste de la Grèce antique et d’historiographie, montre dans son plus récent ouvrage, Croire en l’histoire, que le «régime d’historicité» dans lequel nous évoluons aujourd’hui est effectivement ce présent perpétuel, qu’il nomme le «présentisme». L’auteur approfondit ici une réflexion développée dans ses derniers livres sur l’histoire et la temporalité, notamment Régimes d’historicité: présentisme et expériences du temps (Seuil, 2003). Au 18e siècle, on est passé de l’«ancien» régime d’historicité au «moderne». Le premier se caractérisait par une vision de l’Histoire où le passé expliquait le présent («quand la lumière venait du passé»). Le régime moderne d’historicitié est «futorocentré»: «c’est désormais l’avenir qui éclaire le passé et le chemin de l’action» (p.228).

L’émergence du régime moderne d’historicité émergeait de la foi dans le progrès, emblématique, si on peut dire, du siècle des Lumières. La fin du 20e siècle signe l’arrêt de mort de cette confiance envers le progrès. Par conséquence, le futur, parfaitement incertain, ne guide plus «le chemin de l’action» dans le présent. On se retrouve parfaitement coincé dans un présent perpétuel – que ni le passé ni le futur n’éclaire: «Quand la figure du progrès n’était pas contestée, l’histoire qu’écrivaient les historiens éclairait l’histoire que les hommes faisaient, en donnant à voir celle qu’ils avaient faite. Désormais ou pour l’heure, c’en est fini de ce régime historiographique. (…) Pris dans les rets d’un présent présentiste, il peine à reconnaître le cours nouveau du monde: sa familiarité se charge d’étrangeté. Oui, étrange familiarité de l’histoire» (p.159).

style="float:M. Revault d’Allonnes et F. Hartog s’inspirent de l’historien allemand Reinhard Koselleck pour expliquer l’émergence de ce «présentisme» au cœur de notre expérience du temps et de l’histoire. C’est qu’il y existe une tension grandissante entre le «champ d’expérience» (le passé) et l’«horizon d’attente» (le futur) – selon les termes de Koselleck. Cet écart croissant, nourri notamment par l’accélération technologique (Revault d’Allonnes, p.129), crée une dislocation entre les trois modalités de la temporalité (passé, présent, futur) et nous renvoient à ce présent perpétuel dans lequel il n’y a plus aucune place en l’espoir du progrès. Ainsi, l’accélération des transformations technologiques tue, paradoxalement, la foi en un progrès futur.

Le philosophe Franck Fischbach, dans une perspective tout autre – disons de philosophie économique – analyse dans La Privation de monde ce «présent éternel, c’est-à-dire atemporel et anhistorique» (p.112) qu’il relie lui aussi à la notion de progrès technologique. La relecture de Marx et Heidegger par F. Fischbach enrichit l’analyse de notre rapport au temps en le mettant en relation avec notre rapport à l’espace – spécifiquement, à la mondialisation. L’expansion continue de la mondialisation abolit la distance; l’ailleurs devient aussi accessible que l’ici, ce qui affecte également notre rapport au temps: «La production d’un espace où tout est proche est aussi bien la production d’un temps où tout est au présent: on n’abolit pas les distances sans nier aussi le temps» (p.18).

style="float:Or, ce rétrécissement constant des horizons spatial et temporel trouve sa source dans un double mouvement antinomique qui nous coince dans ce présent perpétuel: d’une part une croissance continue – l’accélération des transformations technologiques assimilée au progrès indéfini – et, d’autre part, un système de valeur économique, fondement du capitalisme, qui lui est immuable, fixe. «On a donc à la fois un flux temporel constant prenant la forme d’un progrès indéfini ; et, en même temps, l’immobilité spatiale du présent perpétuel de la valeur», qui constitue un cadre normatif coercitif (p.107). En résulte une société «fondamentalement statique, immobile, qu’une contrainte interne irrépressible pousse à reproduire constamment à l’identique (…) et, aussi bien, d’un autre côté, une société en perpétuelle mutation», «un mixte d’historicisme et d’immobilisme» (p.109). Conséquence, «cette temporalisation prend la double forme d’un présent essentiellement coercitif, se manifestant comme une norme à laquelle il est impossible de se soustraire, et celle du flux temporel d’un progrès cumulatif, indéfini auquel il est impossible d’échapper» (p.110) – ce qui constitue, pour F. Fischbach, la forme contemporaine de notre aliénation au système économique.

Ce présentisme produit un monde en crise perpétuelle. La crise, qui était dans le projet moderne, une situation de rupture nécessitant une décision afin de trouver une sortie de crise «a laissé place à l’indécision voire à l’indécidable, la situation exceptionnelle est devenue la norme de l’existence» (Revault d’Allonnes, p.112), notre foi en ce progrès à venir ayant disparu, coincés que nous sommes dans un monde détemporalisé: «Comme si le présent, celui du capitalisme financier, de la révolution de l’information, de la globalisation, mais aussi de la crise ouverte en 2008 absorbait en lui les catégories (devenues plus ou moins obsolètes) du passé et du futur. Comme si, devenu à lui-même son propre horizon, il se muait en un présent perpétuel. (…) En outre, ce présent présentiste s’entoure de tout un cortège de notions ou de concepts, plus ou moins détemporalisés: modernité, postmoderne, mais aussi globalisation et même crise. Qu’est-ce, en effet, qu’une crise ‘systémique’, sinon une crise qui dure, délimitant une sorte de présent permanent: celui justement de la crise du système» (Hartog, p.290).

Mais comment donner un sens à ce monde sans Histoire qui n’a d’autre temporalité que celle du présent, qui «ne sait comment régler ses rapports avec un futur perçu sur le mode de la menace et de la catastrophe qui vient» (Hartog, p. 282)?

Il faut – c’est la lecture que je fais des trois ouvrages – se réapproprier le contrôle sur le temps afin de pouvoir redonner un sens à l’Histoire et à notre histoire individuelle. Rendre à nouveau le futur désirable. Or, à mon sens – mais je ne crois pas que les trois auteurs seraient en profond désaccord avec cette vision des choses – cela passe nécessairement par le politique. Plus spécifiquement: par le nécessaire retour à l’espérance politique envers un futur sur lequel nous avons prise. Une espérance politique qui redonne un sens à l’Histoire, avec un grand et un petit h. Un temps du politique qui implique «un élément de loisir, de libre discussion et de délibération» (Revault d’Allonnes, p.147) afin que notre vie ne soit pas qu’un conte raconté par un idiot avec beaucoup de bruit et de chaleur, et qui ne signifie rien.

Cette courte recension ne saurait rendre justice à ces trois ouvrages – je passe sous silence, par exemple, les analyses fascinantes de François Hartog qui revisite autant des œuvres d’arts visuels que littéraires ou historiques – qui ont tous une qualité essentielle: celle de proposer une réflexion féconde qui peut nourrir nombre de questionnement sur nos sociétés contemporaines. Trois livres qui méritent une lecture attentive et… lente.

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La Privation de monde: Temps, espace et capital, par Franck Fischbach (J. Vrin, 2011, 144 p., ISBN 978-2-7116-2388-4, 28,95$).

Croire en l’histoire, par François Hartog (Flammarion, 2013, 310 p., ISBN 978-2-0812-8675-7, 35,95$). En parallèle est publiée une série d’entretiens: La Chambre de veille, par François Hartog – entretiens avec Felipe Brandi et Thomas Hirsch (Flammarion, 2013, 218 p., ISBN 978-2-0812-8676-4, 32,95$).

La Crise sans fin: Essai sur l’expérience moderne du temps, par Myriam Revault d’Allonnes (Seuil, 2012, 197 p., 978-2-0210-9146-5, 32,95$).

Limiter les dégâts

NB: ce texte a été publié originellement le 17 mars 2013 sur le site du Voir.

 

« Il faut que tout change pour que tout puisse rester comme avant »

– Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard (1958)

 

C’est un compliment sous forme d’insulte. Ou l’inverse. Marie-Christine Lemieux-Couture me lance régulièrement : « espèce de social-démocrate » – généralement sur un ton mi-excédé, mi-amusé. Cela sous-entend que j’adopte une posture idéologique fade, consensuelle et, surtout, qui avalise le statu quo et perpétue les structures de domination économique et politique du capitalisme.

À l’inverse, j’ai eu parfois la maladresse de ridiculiser, du moins aux yeux de Marie-Christine, une « certaine gauche » radicale (l’anarchisme, par exemple) en la qualifiant d’utopique et d’irréaliste. Ces propos ont parfois blessé Marie-Christine car ils semblent condescendants et méprisants envers sa propre pensée politique.

Au-delà de ces (petits) différends entre deux amis, cela illustre des oppositions fondamentales dans la philosophie politique des transformations sociales et économiques. Depuis deux ans – avec l’apparition des mouvements des indignados et de Occupy Wall Street – les mouvements de protestation divers et variés se sont multipliés un peu partout dans le monde. Rêvent-ils au Grand Soir révolutionnaire ou cherchent-ils simplement à réformer le capitalisme, plus ou moins profondément ? Les carrés rouges du printemps dernier au Québec, conspués par certains chroniqueurs, étaient-ils ces radicaux excessifs cherchant à renverser l’ensemble d’un système ou leur discours n’était que l’expression de frustrations circonstancielles ?

À une époque où les catastrophes de toute nature se généralisent, où les tensions sociales et économiques semblent insoutenables, il me semble urgent de réfléchir non seulement aux objectifs que nous désirons atteindre mais aussi aux moyens à mettre en œuvre. De l’importance du dialogue entre les visions en apparence opposées entre le soi-disant radicalisme de Marie-Christine et mon consensualisme mou.

Les avant-gardes réformistes

Est-ce que les positions politiques et idéologiques « radicales » seraient à l’avant-garde des transformations sociales ? Les revendications syndicales de la fin du 19e siècle ou celles des suffragettes au début du 20e, alors perçues comme radicales, furent par la suite intégrées au corps social et politique. C’est que le capitalisme a cette formidable capacité à se renouveler constamment et à intégrer les mouvements s’opposant à son développement. « Il faut que tout change pour que tout puisse rester comme avant » comme l’écrit G.T. di Lampedusa, dans Le Guépard (1958). [1] Les élites contrôlant le pouvoir économique et politique ont intérêt à reproduire les structures de pouvoir – le moyen le plus efficace pour y arriver étant d’assimiler et de digérer tout mouvement pouvant les fragiliser :

l’avènement du capitalisme flexible a accru l’importance, pour ces élites, de se servir des mouvements sociaux à des fins reproductrices. Désormais, tout doit changer pour demeurer pareil à tous moments. Les élites contemporaines vivent alors de leur capacité à se servir de la « révolution permanente » du capitalisme générée par l’innovation et la concurrence. [2]

Prenons un exemple simple : le café équitable. À la fin des années ’80, lorsque j’ai débuté mes études à l’Université de Montréal, un des rares endroits où l’on pouvait acheter du café équitable était le café étudiant du département d’anthropologie au 3e étage du pavillon Lionel-Groulx. Un bien alors consommé quasi exclusivement par quelques barbus pelleteurs de nuages est devenu, à peine quelques années plus tard, disponible dans toutes les grandes surfaces. Le consommateur lambda achète aujourd’hui son café équitable et sa bonne conscience dans des commerces appartenant à d’immenses oligopoles de la consommation capitaliste. Le capitalisme a parfaitement récupéré l’avant-garde des barbus du café d’anthropologie.

Le capitalisme doit créer en continu de nouveaux territoires afin de poursuivre sa croissance. Soit (a) il étend son emprise sur des marchés jusque là inexplorés (le cas du caf équitable, par ex.) ou (b) il détruit des marchés existant pour en créer de nouveaux (les gadgets électroniques, par ex.). Joseph Schumpeter a nommé cette dynamique la « destruction créatrice », un processus

qui révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs. Ce processus de Destruction Créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme : c’est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon gré mal gré, s’y adapter. [3]

Il serait présomptueux de prétendre que le capitalisme soit en mesure d’absorber l’ensemble des mouvements sociaux antinomiques à sa croissance. Les oppositions les plus « radicales » à sa marche historique sont tout simplement écrasées par le pouvoir économique, politique et idéologique – particulièrement les plus marginales d’entre elles. En revanche, à partir du moment où un nombre suffisamment grand d’adhérents partagent un désir de transformation sociale et que les intérêts capitalistes y trouvent leur compte, ce dernier trouvera une manière de récupérer ce désir, généralement en l’édulcorant et en s’auto-réformant à l’avantage de sa survie.

Les utopies réalistes

Il en va de même des transformations les plus radicales du système économique et politique – des révolutions. De fait, les grandes révolutions dans l’histoire ont presque toutes été menées par un groupe ayant un pouvoir d’influence suffisamment grand pour obtenir la légitimité symbolique de porter le changement. La vision romantique selon laquelle des avant-gardes éclairées et opprimées (Che Guevara, par ex.) réussissent à révolutionner le cours des choses ne tient pas la route. L’historien économique Shepard Clough, dans un article important de 1952, s’oppose à cette « doctrine, très répandue, qui considère les parties non privilégiées d’une société comme sources de transformations ». En général, note-t-il, « les groupements non privilégiés ont rarement pu provoquer des transformations avant qu’ils eussent obtenu, dans une certaine mesure, force et autorité. » [4]

Cela se vérifie d’autant en ce début du 21e siècle. L’éclatement des revendications sociales et politiques, qui ne trouvent désormais désagrégées – les grands parapluies idéologiques participant plutôt d’un corporatisme conventionnel – ne permet plus l’espoir d’un quelconque Grand Soir porté par les classes sociales opprimées rêvant d’étêter les puissants. La globalisation, caractérisée par la mobilité extrême de plusieurs pans de notre société (mobilité de la production, du travail, des capitaux, de l’information, etc.) couplée à l’uniformisation idéologique et culturelle à laquelle s’ajoute une hyperindividuation castre tout désir et toute volonté de révolution « radicale ». Aux groupes non privilégiés échappe la possibilité d’un tel changement radical par la dynamique même de la globalisation capitaliste. À l’opposé, en quelque sorte, une réforme de l’intérieur semble tout aussi stérile : la puissance même de la dynamique historique du capitalisme en fera une bouchée et l’intégrera avec autant de facilité que la puissance de son hégémonie n’a plus de bornes.

Reste donc, entre la révolution drastique et le réformisme graduel à trouver une troisième voie. Dans un des livres les plus importants publiés ces dernières années en sociologie politique, Erik Olin Wright offre une telle avenue, en proposant « d’envisager des utopies réelles » (Envisoning Real Utopias). [5]

Si les révolutionnaires cherchent le succès de leur entreprise en confrontant le pouvoir et que les réformistes, en collaborant avec le pouvoir, le succès du changement social passe, selon lui, par les « transformations interstitielles ». Ces transformations ignorent le pouvoir et bâtissent des avenues alternatives à l’extérieur des institutions de l’État et de l’économie capitaliste. Les « interstices » fragilisent l’ordre établi, l’érodent petit à petit, pour, à terme, en arriver à son effondrement.

S’ensuit la possibilité des « utopies réelles » – la possibilité de créer des formes institutionnelles inédites :

The best we can do, then, is treat the struggle to move forward on the pathways of social empowerment as an experimental process win which we continually test and retest the limits of possibility and try, as best we can, to create new institutions which we will expand those limits themselves. In doing so we not only envision real utopias, but contribute to making utopias real. [6]

Limiter les dégâts

Face à un monde traversé d’incertitudes fondamentales, il y a urgence de limiter les dégâts. Les interstices que creusent nombre de mouvements sociaux dans l’édifice des pouvoirs économiques et politiques permettent d’envisager un monde qui limite les dégâts du réchauffement climatique, des injustices sociales et du cul-de-sac du développement technologique. Les cinq crises majeures que nous vivons – climatique, alimentaire, financière, de justice sociale et d’innovation – se télescopent dans un scénario catastrophe qui nécessitent un ensemble de réponses pragmatiques, immédiates et opérationnelles.

Est-ce à dire que les remises en question « radicales » ne sont pas fécondes et irrémédiablement vouées à l’échec ? Peu s’en faut. Par contre, pour assurer leur efficacité, elles devront trouver le chemin de la légitimité symbolique dans l’espace public qui leur permettra de s’inscrire dans un réseau d’influence qui change les choses.

J’ai pris soin de ne pas définir jusqu’à maintenant le terme « radical » – terme politique péjoratif aux yeux de nombre de commentateurs de droite. À mon sens, comme en arithmétique, le radical cherche à extraire la racine des choses. Le « radicalisme » de Marie-Christine dérange en ce qu’il nous ramène aux origines d’un certain désir de transformation radicale de notre société. À nous de lui laisser sa place sans qu’il ne soit récupéré par un espoir de changement édulcoré comme l’a été le café équitable des étudiants d’anthropologie de ma jeunesse par les Loblaws de ce monde.

 

[1] Cité par Laurent Matthey et Olivier Walther (2007), « Avant-gardes et élites : agents de reproduction ou de transformation de la société ? Une présentation », Articulo – Journal of Urban Research [En-ligne], vol. 3, http://articulo.revues.org/745.

[2] Id., § 4.

[3] Joseph A. Schumpeter (1942), Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris: Payot, 1990, pp. 116-117.

[4] Shepard B. Clough (1952) « Présentation d’une théorie des transformations sociales », Revue économique, v. 3, p. 843.

[5] Erik Olin Wright, Envisoning Real Utopias, Londres, Verso, 2010.

[6] Id., p. 373, in fine.

Les rendez-vous manqués

NB: ce texte a été publié originellement le 9 janvier 2013 sur le site du Voir.

 

Les rendez-vous que l’on cesse d’attendre
Existent-ils dans quelqu’autre univers
Où vont aussi les mots qu’on n’a pas pris le temps d’entendre

Gilles Vignault, « Le Rendez-vous »
(musique Claude Léveillée, interprétée entre autres
par Léveillée et Pauline Julien)

 

L’année politico-économique 2012 semble être celle des rendez-vous manqués. Ces rendez-vous que l’on manque parce qu’on n’a pas le courage ni l’envie de faire face à la musique. Parce qu’il semble plus simple de contourner l’obstacle que de le franchir. Parce qu’un rendez-vous implique un dialogue et invite à construire et à transformer l’ordre des choses sur la base de ce dialogue. À mon sens, plusieurs grands événements économiques de l’année reflètent l’absence de volonté de prendre des décisions fondamentales pour nos sociétés.

La grève étudiante et le mouvement social qui a suivi a été évidemment l’événement marquant au Québec cette année. Les étudiants semblent avoir eu gain de cause avec l’élection du Parti Québécois et sa décision d’annuler la hausse des droits de scolarité. Cependant, étant donné l’ampleur de la contestation étudiante mais surtout de l’énorme brassage d’idées qu’elle a fait naître, l’éléphant semble avoir accouché d’une souris. Le véritable rendez-vous manqué ici, c’est celui avec une vision véritablement globale du rôle de l’éducation supérieure dans notre société – et de l’intégration de l’éducation postsecondaire à l’ensemble du cursus scolaire.

Des questionnements fondamentaux sur le rôle social, culturel et politique de l’éducation n’ont pas été abordés. Mais sur le plan strictement économique, les seuls débats auxquels nous avons eu droit – tant est qu’il y en a eu – ne se sont limités qu’à la question des droits de scolarité et, donc, du budget de l’État ou de celui des étudiants. Bien entendu, il s’agissait de la cause initiale de la grève et des revendications étudiantes. Cependant, puisque cette question a monopolisé la discussion publique pendant des mois, nous avons raté une belle occasion de ne pas discuter du rôle économique de l’éducation dans nos sociétés actuelles.

Il y a un paradoxe au cœur du rôle économique de l’éducation. D’une part, il est légitime de croire que la scolarité puisse être arrimée, à un certain degré, aux besoins et à la réalité du « marché » du travail. Il serait absurde de former les étudiants à des savoirs et des compétences qui ne leur seraient d’aucune utilité dans leur futur emploi. Cependant, former strictement les étudiants en fonction des besoins utilitaires de leurs futurs employeurs pose un risque important. Nous vivons à une époque de transformations majeures qui vont en s’accélérant de manière exponentielle, créant un monde de plus en plus complexe. En arrimant de manière trop étroite la scolarité des étudiants à la réalité actuelle du marché du travail, en formatant leurs connaissances sur les besoins utilitaristes présents, on risque grandement de frapper un mur : ces besoins du monde économique ont de fortes chances d’être obsolètes au moment de l’entrée des nouveaux diplômés sur le marché du travail, précisément à cause de la rapidité des changements technologiques, d’affaires, économiques voire culturels. D’un point de vue strictement économique, si on désire avoir une main-d’œuvre adaptée à notre époque de fortes turbulences, nous devons former les étudiants à être plus agiles – en leur donnant les outils leur permettant de comprendre ce monde de transformations intenses et de s’y adapter. Cette vision de l’éducation s’appuie davantage sur une solide culture générale – tant humaniste que scientifique – bien plus que sur une formation techniquement adaptée aux besoins immédiats des entreprises qui seront de toutes les manières rapidement caduques.

Au fond, il s’agit là, simplement, d’un rendez-vous manqué avec le futur, avec le long terme. Depuis des années, on forme les travailleurs pour être immédiatement utilisables en entreprise. Le gouvernement du Québec en rajoute en ne proposant, après cette grève étudiante importante, que des ajustements qui semblent a priori, très limités. Donnons la chance au coureur, bien entendu, mais le Sommet sur l’éducation supérieure qui aura lieu à la mi-février ne semble pas annoncer l’amorce d’une vaste réflexion sur le rôle de l’éducation pour les générations à venir.

Notre époque est celle du temps qui rétrécis – particulièrement en matière économique. Objets jetables, emplois contractuels, planification à quelques trimestres devant – lorsque seulement elle existe. Le triomphe du court-termisme est le symptôme de cette série de rendez-vous manqués avec le long terme. Qui plus est, cette aveuglement volontaire sert essentiellement des intérêts restreints ou visent des objectifs tactiques très précis.

En sont témoins quelques événements marquants du monde industriel et du travail en 2012. La fermeture de l’ancienne filiale de Air Canada, Aveos, pour cause de délocalisation de ses activités au Salvador en mai, qui a occasionné la perte de 2600 emplois à Mississauga, Montréal et Winnipeg, n’est pas tant emblématique de la diabolique mondialisation, comme on a voulu le présenter, mais de la logique d’affaires maintenant habituelle : le plus haut rendement, trimestre après trimestre. Dans une telle perspective, nulle vision à long terme n’est avantageuse : on cherche à réduire sans cesse les coûts (d’où la délocalisation au Salvador) sans aucune préoccupation pour le développement du tissu industriel à long terme. La débâcle de Research in Motion (RIM), fabricant du célèbre BlackBerry va dans le même sens. Le BlackBerry a occupé longtemps le quasi-monopole du marché d’affaires des téléphones « intelligents. » Grâce notamment à l’engouement pour la tablette iPad, Apple a graduellement grugé des parts de marché du BlackBerry en entreprise – auparavant perçu comme un gadget peu adapté au monde des affaires et à ses exigences en matière de sécurité. RIM s’est assise sur ses lauriers, tablant sur la force d’inertie de son marché et ne se renouvelant pas assez rapidement en sous investissant dans le développement de nouveaux produits. Résultat : sa part de marché a été réduite de moitié et de désastreuses pertes d’emplois en Ontario. Jim Balsillie, le cofondateur de RIM, a démissionné en mars 2012 et l’avenir de l’entreprise est plus qu’incertain. Là encore, un rendez-vous manqué avec le long terme aura donné des résultats catastrophiques.

L’accentuation des dérives du new public management vont dans le même sens – la réforme de l’assurance-emploi le démontre largement. Géré par une agence du gouvernement du Canada – plutôt qu’un service ministériel comme c’était le cas autrefois – on exige de ce programme qu’il soit rentable, au même titre que n’importe quel produit ou service dans l’ensemble de l’économie. La réforme en vigueur depuis le 1er janvier vise entre autres choses à contraindre les travailleurs saisonniers, en réduisant la période des prestations auxquelles ils avaient droit, à accepter un emploi à salaire moindre, éloigné jusqu’à 100 km de leur domicile et qui ne correspond pas à leur métier. Historiquement, les dispositions de ce régime assuraient aux travailleurs saisonniers – les pêcheurs, par exemple – un revenu durant la saison morte. Outre l’aspect humain de la chose, cette manière de faire constitue également un stabilisateur économique essentiel pour de vastes régions du Canada, et du Québec en particulier (40% des bénéficiaires de ces dispositions sont Québécois). En modifiant le régime, Ottawa coupe au plus simple : les travailleurs n’ont qu’à se trouver une job, n’importe laquelle et à des distances inouïe de leur domicile. On économisera ainsi des sommes importantes à court terme, mais on ne favorisera aucunement la nécessaire transformation de l’environnement économique de régions entières dévastées par la disparition progressive et quasi inéluctable des ressources naturelles sur lesquelles elles reposaient depuis des décennies. Un autre rendez-vous manqué avec la possibilité de renouveler en profondeur des économies régionales pourtant riches d’esprit d’initiative et de talent locaux.

Dans le même esprit, la mise en œuvre officielle du Plan Nord par le gouvernement Charest en avril démontre, à mon sens, une absence cruelle de vision à long terme. Comme plusieurs autres, je répète depuis longtemps que toute l’initiative du développement minier au Québec fait fausse route. Le PLQ et le PQ renchérissent depuis des années sur une seule et unique question : le niveau de redevances minières. Aucune discussion de fond sur le développement économique régional des communautés touchées, sur le développement de l’écosystème industriel et d’innovation autour des exploitations, sur notre capacité, en somme, à profiter de ces richesses phénoménales comme levier de développement majeur de l’ensemble de la filière métallique québécoise – sans compter que les Premières Nations comme les communautés locales sont à peu près systématiquement absentes de la discussion. Le Plan Nord n’est, à peu de choses près, qu’un vaste plan marketing politique. À preuve, le Salon du Plan Nord de la fin avril dernier à Montréal : un gros show promotionnel qui avait comme objectif principal de faire mousser la popularité du gouvernement Charest. Le simple fait qu’il se soit déroulé dans la métropole – plutôt que dans le Nord, justement – est emblématique de la vision qu’il portait : un néocolonialisme cherchant simplement à profiter (un peu) de la simple extraction du minerais des régions éloignées du cœur économique du Québec. La tristement célèbre blague du premier ministre, le 20 avril, invitant les étudiants qui manifestaient à l’extérieur à « se trouver une job, dans le Nord, si possible » démontrait de manière on ne peut plus frappante cette vision. Laquelle se réduit, encore une fois, à la simple poursuite de gains à court terme. En rebaptisant le Plan Nord le « Nord pour tous » le gouvernement Marois ne semble guère faire preuve de volonté de changer grand’chose à cette vision. Incidemment, dès après les élections, la nouvelle première ministre s’est empressée d’aller vanter – et, surtout, rassurer les investisseurs étrangers – à New York et à Paris les bienfaits du Plan Nord en assurant que les conditions économiques et fiscales n’en seraient pas radicalement modifiées. Nouvelle occasion manquée de faire preuve d’audace et de vision à long terme.

D’avantage, la scène financière internationale a démontré une fois de plus – comme si cela n’avait pas été déjà suffisamment le cas depuis le début de la crise en 2008 – son incapacité intrinsèque à prendre des décisions en fonction de l’évolution à long terme de l’économie mondiale. Une grande partie de l’Europe est à nouveau en récession – les plans d’austérité ayant démontré leur grande capacité à ne créer qu’une chose : détruire la demande intérieure et créer du chômage. La chute dans le « précipice fiscal » aux États-Unis a été évitée de justesse en tout début d’année (mais ça n’est que partie remise pour quelques semaines) illustrant à merveille l’impuissance de l’action politique face aux contraintes des marchés financiers. Les pseudo réformes du système bancaire aux États-Unis et en Europe, la crise du Libor, les délires continus des agences de notations internationales constituent autant d’exemples de l’absence de volonté politique à réformer en profondeur un système pourri jusqu’à la moelle par l’appât du gain à court terme d’acteurs économiques qui n’ont d’intérêt que le leur.

Une série de rendez-vous manqués avec l’avenir a donc caractérisé l’année économique 2012 à mon sens. Il y a cependant de l’espoir. En novembre, la Banque Mondiale a publié un rapport alarmant – sinon alarmiste – sur le réchauffement climatique. La Banque Mondiale, rappelons-le, est l’une des institutions majeures créées dans l’après-guerre pour réguler le capitalisme mondial et sa mission est essentiellement le développement économique des pays les plus pauvres de la planète. Il ne s’agit donc de tout sauf d’un lobby environnemental radical. Or, dans ce rapport, la Banque estime que le réchauffement climatique d’ici la fin du siècle sera de 4°C – ce qui est davantage que l’estimation du fameux Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GEIC) qui l’estime, lui, à 3°C. Une institution phare du capitalisme mondial davantage alarmiste qu’un groupe dont de puissants intérêts économiques ont tenté discréditer sans cesse depuis des années est en soi extraordinaire, au sens propre. Qui plus est, la vice-présidente de la Banque, Rachel Kyte a affirmé : « Nous devons redoubler d’efforts pour renforcer notre capacité d’adaptation et de résilience, et pour trouver des solutions aux défis climatiques d’aujourd’hui. » En d’autres termes : le système économique tel que nous le connaissons risque de s’effondrer à cause des changements climatiques qui nous ne modifions pas « nos modes actuels de production et de consommation » selon les mots des auteurs du rapport.

Ajoutons à cette étude la publication du Forum économique mondial – l’institution qui organise le fameux rendez-vous annuel à Davos réunissant les plus puissants dirigeants d’entreprises et politiciens du monde. Il y a quelques jours, dans la huitième édition de son rapport Global Risks – préparé en prévision de la réunion de Davos fin janvier – on sonne également l’alarme sur les conséquences du changement climatique. L’un de ses auteurs soutenant que « deux tempêtes, l’une environnementale, et l’autre, économique, vont finir par entrer en collision si nous n’affectons pas les ressources nécessaires pour réduire le risque grandissant que présentent les événements climatiques sévères, c’est la prospérité des générations futures qui pourrait être menacée. »

Les avertissements sévères tant de la Banque Mondiale que du Forum économique mondial auraient pu être écrits par les Greenpeace de ce monde – là réside la source de mon optimisme. Et ils sont clairs : il y a urgence, nous devons modifier dès aujourd’hui de manière radicale non seulement nos comportements individuels mais la structure même de notre système économique. À l’heure où la plupart des pays occidentaux abandonnent de facto les engagements des accords de Kyoto et se contentent stupidement d’une vision à court terme de leur développement économique, politique et social, peut-être qu’enfin ces institutions phares du capitalisme mondial sauront réveiller leurs dirigeants.

Car on ne peut pas indéfiniment manquer les rendez-vous avec l’Histoire. Un jour ou l’autre, celle-ci ne nous n’en offrira tout simplement plus aucun, et ils n’existeront alors que dans un autre univers, qui n’est pas le nôtre.

Changement d’époque : la « crise » 1998-2008

Nous sortons d’une récession importante. D’aucun ont souligné l’importance qu’elle a eue, particulièrement aux États-Unis. Cependant, à mes yeux, cette crise est l’aboutissement, en Occident en général et au Canada en particulier, d’une période de changements structurels profonds depuis la fin des années 1990.

La crise, écrivait Gramsci dans ses Carnets de prison, « c’est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître. » Je considère qu’à partir du tournant des années 2000 jusqu’à la crise de 2008 les structures, relations et fonctionnement organiques des économies occidentales se sont radicalement transformées et débutent un nouveau chapitre de l’histoire du capitalisme, qui clôt celui que nous connaissions depuis l’expansion du fordisme à la fin des années 1930.

Sans aller aussi loin dans l’analyse, force est de constater que l’économie québécoise d’il y a vingt ans n’est plus la même. Le petit graphe suivant l’illustre (cliquez pour agrandir):

Structure économique du Québec, 1987-2009

Les bâtonnets bleus représentent le poids en termes d’emploi de chacun des secteurs de l’économie québécoise en 2009. On y constate que le secteur du commerce et des services occupe une place prépondérante. Les bâtonnets verts représentent, eux, le taux de croissance annuel moyen entre 1987 et 2009 de l’emploi pour chacun de ces secteurs. Sans surprise, là non plus, on constate que le secteur des ressources a beaucoup diminué (particulièrement l’agriculture et la foresterie), alors que les services professionnels, les services aux entreprises, la culture et les soins de santé ont connu de très fortes croissance pendant ces vingt années.

L’économie québécoise est donc maintenant une économie de plus en plus centrée sur ce qu’on appelle « le tertiaire moteur. » C’est-à-dire des services hautement spécialisés, innovateurs et qui créent de la richesse. Les hautes technologies, l’ingénierie, la finance, etc., sont autant de secteurs qui occupent une forte place dans notre économie.

Une analyse plus fine démontre en revanche que la transformation est encore plus radicale:

  1. Même si le secteur des ressources naturelles parait en déclin demeure un pan important de notre économie et la hausse marquée du prix des matières premières, due notamment à la demande des économies émergentes, pourra bénéficier à l’économie québécoise. Il le sera d’autant dans le futur si les politiques de développement économique favorisent leur développement en aval.
  2. Les secteurs émergents et économiquement solides sont ceux qui connaissent des applications transversales, c’est-à-dire s’intègrent aux autres industries. Par exemple, les technologies (électronique, logiciels, télécom) développées pour le secteur manufacturier, les ressources naturelles ou la santé. Elles ont toutes les chances de succès si elles permettent des gains de productivité pour des secteurs qui en ont crument besoin (le manufacturier pour concurrencer le BRIC ou le secteur de la santé pour contenir la croissance des coûts).
  3. En moins de trois décennies, l’économie québécoise s’est fortement complexifiée. L’expression même « marché de niche » perd tranquillement son sens, puisqu’en dehors du secteur du commerce, il reste très peu d’industrie de masse – à l’inverse de ce qu’on avait connu au cours des 50, voire 150 années précédentes.

Ces trois caractéristiques ne racontent pas toute l’histoire, bien entendu. Mais elles sont parmi les facteurs de bouleversement profonds les plus importants qui ont des conséquences multiples sur l’ensemble de l’économie québécoise.

Fin du monde ou sortie de crise ?

Un peu en retard, j’ai finalement terminé la lecture de Fin du monde ou sortie de crise ? publié en septembre dernier (éditions Perrin). Il s’agit d’un ouvrage produit par le Cercle des économistes regroupant une trentaine d’économistes français d’horizon divers. La grande qualité (et rareté) de ce bouquin est d’opposer systématiquement deux visions: est-ce que la crise actuelle s’inscrit dans un cycle classique récession/croissance ou sommes-nous en plein cœur d’une crise plus profonde de la civilisation capitaliste, une redéfinition radicale de l’ordre financier, marchand et productif?

Les réflexions des économistes ayant rédigé cet ouvrage sont organisées en quatre grands thèmes: croissance et reprise économique; sphère financière; rôle de l’État et une dernière section, la plus intéressante à mon avis, « Où va le monde », qui s’interroge sur les questions de mondialisation, d’énergie et d’environnement, de la gouvernance mondiale et des industries culturelles.

La qualité ou le défaut de ce livre, selon nos attentes, est de ne pas conclure: les auteurs laissent au lecteur le loisir de se faire une opinion entre ces deux visions de la crise et de l’avenir. À coup sûr un très bon matériau pour réfléchir collectivement à ce qui nous attends et surtout à ce que nous désirons faire de notre monde et de nos communautés. Je vous le recommande chaudement, d’autant qu’il n’est pas technique, possède d’excellentes qualités de synthèse et de vulgarisation et n’est pas (trop) franco-centré.