Droits culturels et droit à la culture | Lancement (Ligue des droits et libertés)

Le numéro du printemps de Droits et libertés, la revue de la Ligue des droits et libertés (vol. 36, no. 1) sera lancé ce jeudi à Montréal, au Théâtre Aux Écuries (7285, rue Chabot, Montréal H2E 2K7) à 19h. J’y ai écrit un petit article sur le financement privé et public des activités culturelles (« La privatisation de l’art »).

Au cours de la soirée, j’y prononcerai quelques mots au sujet de mon texte, et on pourra y entendre des témoignages et lectures de poèmes par:
• Ouanessa Younsi, poète ;
• Sylvie Paré, artiste en arts visuels wendat ;
• Steve Bastien, comédien ;
• Amel Zaazaa, travailleuse culturelle et militante féministe ;
• Alice Tran, comédienne ;
• Camille Robitaille, travailleuse à Mémoire des encriers ;
• Christian Nadeau, président de la Ligue des droits et libertés.

Informations, ici et événement Facebook, là.

 

Mise-à-jour: quelques photos de l’événement. On peut en voir d’autres dans l’album de la page Facebook de la Ligue, ici. Photos: Claude de Maisonneuve.

Christian Nadeau, président de la LDL et quelques participant.
Ouanessa Younsi, poète et médecin psychiatre.
Ianik Marcil
Dans l’assistance, Louise Sicuro, PDG de Culture pour tous et en arrière-plan, le philosophe Georges Leroux.

 

La culture comme moteur du développement économique – ma candidature au CA de Culture Montréal

Jeudi le 20 octobre prochain se tiendra l’Assemblée générale annuelle de Culture Montréal. À cette occasion, j’y présente, avec 16 autres personnes, ma candidature à titre de membre du Conseil d’administration.

Voici pourquoi.

Je considère qu’il y a un seul moteur essentiel au développement économique d’une société: l’innovation. On la retrouve, bien sûr, en sciences et technologies, mais aussi dans les disciplines artistiques et dans l’organisation de notre vie en commun, via les partis et mouvements politiques et communautaires.

À mon sens, les arts et les sciences constituent le socle sur lequel une société se développe, s’épanouit et fait œuvre de civilisation.

Comme économiste, je m’oppose à ce que l’on calcule les impacts des activités culturelles et artistiques (et de la recherche scientifique) uniquement sur les bases de leurs retombées économiques. [1] Les arts et la culture permettent le développement économique d’une société en offrant aux citoyens de mieux comprendre le monde et de le transformer. Culture Montréal constitue un véhicule privilégié, à mes yeux, pour faire la promotion d’une telle vision.

Plus spécifiquement, ma vision du développement de la culture à Montréal se situe à la conjonction de trois axes : l’innovation, le développement économique régional et l’éducation.

  1. Innovation scientifique et création artistique doivent être appréhendées de la même manière. Tous les deux font partie d’un même « système de création » qui est le prolongement du système d’innovation. La communauté doit promouvoir les arts et la culture comme partie prenante d’un système régional de création, en parallèle avec le développement technologique et économique. Cette vision permet de créer des ponts avec les acteurs du développement économique, de la recherche-développement technologique et de la création artistique.
  2. Les arts et la culture sont maintenant reconnus comme un facteur d’attraction des travailleurs qualifiés et des investissements. Dans la dynamique innovation-création, ils doivent dépasser ce rôle « passif » (qualité de vie, dynamique communautaire, etc.) et constituer un facteur de développement économique régional à part entière, intégrant les institutions de haut savoir autant que la recherche appliquée, tant en technologie qu’en arts. Cette dynamique devant permettre l’éclosion de nouveaux foyers créatifs où arts, culture, sciences et techniques se nourrissent les uns les autres.
  3. Finalement, cette dynamique d’innovation-création à la base du développement économique de la région doit se distiller dans l’ensemble de la communauté par des initiatives d’éducation en milieu populaire (et plus spécifiquement, défavorisé. Au-delà de la démocratisation de l’accès à la culture, ces initiatives devraient être perçues dans une optique d’intégration socio-économique des jeunes à la communauté, assurant, à terme, la pérennité et le développement des deux premiers axes.

C’est le développement intellectuel, social, politique et économique de l’ensemble de la communauté qui constituera, alors, le véritable indicateur de performance du soutien au système de création, et non ses simples retombées économiques.

NB: seuls les membres en règles au 5 octobre 2011 peuvent élire le Conseil d’administration de Culture Montréal.

[1] Dans ma chronique en arts visuels dans le webzine ratsdeville j’ai élaboré à quelques reprises ces idées:

3 juin 2011: « Le roi, le fou, le ministre, l’éminence grise, le subversif et l’économiste » une petite fable dans laquelle j’expose brièvement ma vision du rôle des arts dans la société.

12 août 2011: « L’artiste en son laboratoire » où je trace un parallèle entre la création artistique et l’innovation scientifique.

19 août 2011: « Du système d’innovation au système de création, » suite de l’article précédent, où j’amalgame ce que les économistes appellent le « système d’innovation » à une vision plus large, le « système de création. »

26 août 2011: « La résurrection de Laurent de Médicis, » suite et fin de cette série de trois articles où je débute une réflexion sur le rôle de l’État dans le développement de ce système de création.

J’habite un désert (culturel)

On apprenait lundi que la librairie Plume & Chocolat sur la rue Ontario, en plein cœur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, fermerait ses portes à la fin de l’été.

Cette toute petite librairie, sise à l’ouest de la promenade Ontario, offrait à la fois une sélection de livres de seconde main et d’excellents cafés et chocolats chauds. Le tout dans une ambiance fort sympathique de petit commerce de quartier.

Plume & Chocolat a ouvert ses portes en 2009. Loin d’avoir des ambitions purement mercantiles, le commerce avait d’abord une mission sociale: rendre accessible la lecture, dans l’un des quartiers les plus défavorisés de Montréal. Lectures publiques, conférences, club d’échec, contes pour enfants – malgré ses modestes moyens, la librairie offrait la littérature et la culture à la portée de tous.

Malheureusement, une telle entreprise nécessite des appuis importants qu’un petit fonds de commerce peut difficilement soutenir.

Avec sa fermeture disparaît la seule librairie de tout le quartier Hochelaga-Maisonneuve… Une centaine de milliers de personnes qui n’ont accès à aucune librairie (hormis celle des étudiants du Collège de Maisonneuve). Les plus rapprochées sont sur la rue Masson au Nord, autour de l’UQÀM à l’Ouest ou au centre commercial Place Versailles à l’Est.

Un désert culturel.

Qui ne se limite pas à la littérature. Tiens, si vous accédez au portail Accès Culture (soutenu par la Ville), afin de connaître quelles sont les activités culturelles possibles dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ce soir, vous obtenez le résultat suivant: « Oups! Accès culture Montréal n’a rien trouvé qui répond à votre sélection. »

Rien pour nous
Aucune activité culturelle dans Hochelaga-Maisonneuve ce soir... (cliquez pour agrandir)

Un quartier n’est pas uniquement pauvre par son taux de chômage élevé ou parce qu’une proportion effarante de ses enfants ne mangent pas le matin. Il l’est également lorsque ses citoyens n’ont accès à presque aucune activité culturelle.

Une librairie de quartier qui ferme, ça n’est pas un commerce qui cesse ses activités. L’espace de la librairie Plume & Chocolat n’était pas occupé au quart par des étalages de crayons, tasses à café, ensemble à sushis ou autres babioles qui font le profit des librairies commerciales. Il était habité par le désir de jeunes entrepreneurs sociaux qui désiraient changer quelque chose dans la vie de leurs concitoyens, leur apporter un supplément d’humanité et une ouverture sur le monde.

Maintenant, c’est encore un peu plus le désert, dans mon quartier.

 

Le roi, le fou, le ministre, l’éminence grise, le subversif et l’économiste

Et qui ne prend plaisir qu’un prince lui commande ?
L’honneur nourrit les arts, et la muse demande
Le théâtre du peuple et la faveur des Rois.
Joachim Du Bellay, « Cependant que la Cour mes ouvrages lisait, » Les Regrets (1558)

Ma consœur économiste, Nathalie Elgrably-Lévy, a récemment publié un texte dans le Journal de Montréal
(où elle tient chronique), qui a fait beaucoup parler de lui. Les réactions furent nombreuses, étoffées et argumentées. Son argument est simple: l’État ne doit pas agir comme « mécène » (le mot est important) en finançant des artistes qui n’ont aucune légitimité à recevoir de support financier public s’ils ne sont pas en mesure de vendre leurs œuvres sur le marché.

Je réserve ma réplique strictement économique pour une autre tribune. J’aimerais ici plutôt me pencher sur les acteurs de cette pièce de théâtre millénaire. Car manifestement, Mme Elgrably-Lévy, non contente de ne connaître ni comprendre les enjeux de l’économie des arts et de la culture (il y a des bibliothèques complètes traitant de ces sujets), ajoute le ridicule à l’insipidité en attribuant à l’État le rôle de mécène. Sa vision représente le pire de l’économisme simpliste qui ne perçoit la réalité sociale qu’à travers le prisme de petits modèles mécaniques.

Ah ! Nathalie, en bonne économiste, on t’a appris à manier ces petits modèles, comme les amateurs de bateaux en modèle réduits, qui les font flotter sur le bassin du parc, en rêvant de naviguer un jour sur le grand océan du réel.1 Malheureusement, ton modèle est non seulement réducteur, mais ne ressemble pas du tout à un bateau. Alors, puisque tu es plus habituée aux métaphores qu’à la réalité, je vais te raconter de façon imagée comment ça se déroule, là-bas, loin de ta tour d’argent.

Poursuivez votre lecture de cet article que j’ai publié sur le webzine des arts visuels, Rats de Ville.

L’expérience esthétique et le hamburger

Mes confrères économistes compilent et analysent des données sur la plupart de nos comportements. Que ce soit nos habitudes en matière d’épargne, de nombre d’œufs consommés par année ou de « consommation culturelle » (cf. Statistique Canada, 2004, p. 21). Ils font même des compilations statistiques du niveau de « consommation culturelle, » classant les grandes villes canadiennes selon le nombre de dollars dépensé en moyenne par habitant (Macdonald, 2010).

Je déteste l’expression: « consommation culturelle. » Consomme-t-on un Van Gogh, une pièce de Schönberg, une prestation de Marie Chouinard ou un roman de Saramago comme on consomme une voiture, un ordinateur, une veste ou un hamburger? Notre réflexe a priori est de s’écrier: non! L’Art (avec un grand A) n’est pas assimilable au vulgaire de la consommation quotidienne. Passe encore de considérer l’achat d’un disque de Céline Dion ou d’un roman d’Amélie Nothomb à un geste de « consommation » banal, un simple divertissement (ceci est un point de vue éditorial). Mais l’Art, le vrai, le grand, le transcendant? Nous croyons qu’il existe un art noble, hors de la sphère de la consommation et de la logique marchande.

Poursuivez votre lecture de cet article que j’ai publié sur le webzine des arts visuels, Rats de Ville.

Le sens d’une mosaïque antique et le destin économique d’une ville gallo-romaine

Le site français mais néanmoins très intéressant Canal éducatif à la demande a publié une vidéo fort intéressante sur une ville du IIIe siècle, et plus spécifiquement sur la mosaïque qu’on retrouve à l’intérieur de la résidence d’un notable. Celle-ci révèle de nombreux renseignements sur les transformations économiques et sociales que vivait cette ville commerçante, au crépuscule de l’Empire romain. Instructif, intéressant et beau.