Faire semblant de lutter à la pauvreté | Édito à «La Matinale» (CIBL | vidéo)

Mardi dernier, le 21 novembre, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão a présenté sa mise-à-jour économique d’automne. Il a notamment annoncé de nouvelles sommes destinées à la lutte à la pauvreté et a discrètement prévu de piger dans le « fonds de stabilisation » pour pouvoir se permettre ces dépenses pré-électorales. C’était l’objet de mon éditorial à La Matinale de CIBL, hier.

 

Un vote de protestation, vraiment?

Plusieurs analystes voient dans l’historique « vague orangée » de l’élection d’hier, au Québec, un vote de protestation. Jean-François Lisée, parle, ce matin, d’un besoin d’air, de sortir du statu quo. Il y a une part de vérité là-dedans, mais cette « analyse » est trop courte. Protestation, peut-être, mais le rejet du Bloc Québécois autant que du Parti Libéral au profit du NPD représente certes un rejet spectaculaire des soi-disant « vieux partis, » mais à mon sens surtout parce que les électeurs n’ont pas entendu dans les discours de ces deux partis un écho à leurs préoccupations profondes, contrairement au NPD.

Caricature d’Aislin dans la Gazette (Montréal), ce matin.

Au début de la campagne électorale, Angus Reid a publié un sondage dessinant un portrait des préoccupations des électeurs. Le tableau suivant présente les principales préoccupation de l’ensemble des Canadiens et des Québécois.

Préoccupation Canada Québec
Pauvreté 17% 26%
Déficit 21% 23%
Impôts 17% 20%
Chômage 16% 16%

Je ne prétendrai pas que les Québécois ont choisi sciemment un parti de gauche. A fortiori compte tenu du fait que plusieurs circonscriptions sont passées du parti Conservateur au NPD. Cependant, je suis persuadé que ces préoccupations importantes pour la précarité, tant personnelle que collective, mises en lumière dans ce sondage, sont un facteur explicatif fondamental du vote pour le NPD.

Le vote a toujours été et sera toujours émotif. On élit un candidat, un parti, un chef, parce qu’on fait confiance en leurs discours, parce qu’on s’identifie à l’image qu’ils projettent autant qu’à leurs idées. Est-ce mal? Que nenni! Il s’agit là du principe fondamental de la démocratie représentative, qui subit depuis des décennies un désengagement dangereux.

Car la démocratie représentative repose sur un principe simple: élire des gens qui nous représentent pour prendre des décisions à notre place. Élire un représentant n’est pas voter pour une liste d’épicerie, c’est voter pour des hommes et des femmes qui partagent notre vision de l’avenir, à tout le moins des quatre ou cinq années de leur mandat.

Est-ce que 1,6 million de Québécois (sur 3,8) ont voté uniquement par frustration, comme le notent de nombreux « analystes » aujourd’hui? Allons, bravo pour le paternalisme! Ces électeurs n’ont pas trouvé écho à leurs préoccupations dans les discours du parti Libéral ni du Bloc, ni du PCC. Point. Et ont demandé au NPD de représenter ces préoccupations à Ottawa. Point.

14 307 016 235 854 $

C’est le montant de la dette du gouvernement fédéral américain: 14,3 trillions de dollars. Soit 45 973 $ par citoyen. L’épargne totale per capita aux États-Unis: 6 846 $. Au Canada, la dette du gouvernement fédéral atteint un peu plus de 562 millions de dollars, soit 16 935 $ par Canadien. La dette du gouvernement fédéral américain est donc proportionnellement 2,7 fois plus importante que celle du gouvernement fédéral canadien.