C’est quoi le concept? Épisode 3: le chômage | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Dans le cadre de ma a série « C’est quoi le concept? » au magazine Les Éclaireurs de la radio de Radio-Canada, ce troisième épisode diffusé hier soir est consacré au chômage.

Phénomène souvent confondu avec les programmes d’assurance-emploi, le chômage dépasse des considérations strictement économiques. Cela dit, il est bon d’en maîtriser les concepts, puisque ceux-ci sont largement utilisés dans les médias tous les jours. L’illustration suivante schématise les principales notions.

Ma chronique s’écoute sur l’audio-fil de Radio-Canada, ici.

 

« La vie en rose » : la perversion de la définition du beau

Voici un petit article que j’ai écrit sur l’œuvre de Karine Turcot (ma conjointe), au sujet de son œuvre « La vie en rose, » présentée à la Galerie Art Mûr à Montréal jusqu’au 23 avril prochain. Pour en savoir plus sur son travail, vous pouvez consulter sa page Facebook ou son site.

« La vie en rose » : la perversion de la définition du beau

Vous faites votre épicerie. Vous achetez du poulet, du bœuf ou du porc. Quelle différence? Sous le cellophane, la viande se présente uniforme, rose et propre. En Occident, et particulièrement en Amérique du Nord, on a rejeté les artefacts vivants de ces animaux morts: nulle trace des plumes du poulet, des soies du cochon, de la queue du bœuf, ni de leurs têtes ou de leurs pattes, comme l’observe Karine Turcot.

Face à La vie en rose le spectateur-voyeur est comme devant un étal de «cupcakes»: le glaçage alléchant rose-bonbon coulé sur les crânes de vaches et de chèvres en font, a priori, des objets ludiques et alléchants. Beaux.

Un second regard, toutefois, trouble. Ces crânes étaient donc des têtes d’animaux – ceux-là même que nous mangeons? En leur sommet, un trou: celui du percuteur qui les a tués. Nous nous sentons éloignés de notre  réel, celui de l’épicerie, troublés par ce qui se cache sous le glaçage. Le vrai, la putréfaction, la mort de l’animal que nous consommons gaiement agrémenté d’un verre de vin.

Karine Turcot propose dans cette œuvre un questionnement sur notre rapport à la définition du beau, à sa classification dans nos schémas intellectuels et émotionnels et, au final, à notre rapport à la transformation (du beau au laid, de l’admirable à l’ignoble, du rassurant au vertige).

La vie en rose s’inscrit dans une démarche questionnant ces principes : «définition, classification, mouvement; une interrogation sur la perversion du sens et de la définition de la beauté». Elle questionne cette obsession de la définition, et plus précisément de la classification. La modernité est caractérisée, entre autres, par son obsession de la taxinomie : Linné, Dewey, Diderot et d’Alembert, qui ont inventé l’Encyclopédie – œuvre centrale de la modernité.

Karine Turcot utilise, ça n’est pas un hasard, les planches illustrées de l’Encyclopédie dans son travail. Par de subtiles transformations des images tirées de ces planches (ajouts d’éléments d’image en image qui en forment une mouvance indéfinie) dans ses éditions (autant dans ses petits livrets présentés au New Museum à New York que dans de gigantesques sérigraphies exposées à la «Biennale internationale de l’estampe contemporaine de Trois-Rivières» cet été), elle remet en question notre rapport à la classification.

Qui sommes-nous? Comment nous définissons-nous? Comment définissons-nous les êtres avec lesquels nous sommes en lien?

La barquette de viande indéfinie est la dernière perversion d’un mode intellectualisé du réel: nous en avons oublié la vérité plumée et poilue, sanguinolente et vivante – comme nous avons escamoté nos rapports à l’autre en les formatant dans une Encyclopédie abstraite qui impose la violence de ses définitions.

La vie en rose, comme l’ensemble de l’œuvre de Karine Turcot, nous rappelle au réel – et à sa beauté autant qu’à son humaine perversion.

 

À venir:

Biennale Internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières 19 juin au 4 septembre (http://www.biectr.ca/).

Récipiendaire du prix Projet Insertion. Résidence dans les ateliers Graff pour une durée de 4 mois (août-novembre). Lancement de sa nouvelle production en estampe.