Le mépris de nos élites | Édito à «La Matinale» (CIBL | vidéo)

Le mépris des plus riches, selon Ianik Marcil. « C’est le problème de nos élites — elles ne sont pas juste déconnectées du « vrai monde », mais elles oublient carrément la réalité de leurs semblables, de leurs voisins ».

Voir | Rêver Montréal

NB: ce texte a été publié originellement le 2 novembre 2013 sur le site du Voir.

 

La politique municipale au Québec a ceci de singulier que malgré l’impact immédiat des décisions sur la vie des citoyens, les élus bénéficient d’une marge de manœuvre relativement limitée. Les élus ont parfois des budgets très importants à gérer – celui de la Ville de Montréal, par exemple, est de 4,8 milliards de $ – mais ces dépenses sont généralement cadenassées par nombre de services incompressibles et difficilement aménageables. Ça n’est qu’à la marge que les conseils municipaux sont en mesure de changer les choses. Nombre d’entre eux, partout au Québec, réussissent néanmoins à faire des petits miracles, mais leur pouvoir de changer les choses en profondeur demeure limité.

Pourtant, la ville demeure la pierre d’assise du développement économique et social de l’ensemble du Québec. Des villes dynamiques, à la fois entre leurs murs et dans leurs interrelations, créent une économie et une société dynamique à la grandeur du territoire.

Proposer de grands projets et une vision à long terme pour le développement d’une ville n’est financièrement pas à la portée d’un conseil municipal, y compris pour la métropole, aussi imposant son budget soit-il. Au final, ce sont les gouvernements fédéral ou provincial qui les financeront.

C’est la raison pour laquelle le maire, ceux des arrondissement et leurs équipes doivent posséder au minimum l’une des deux qualités suivantes: (1) soit avoir une influence politique importante auprès des élus à Québec et à Ottawa, (2) soit avoir une vision détaillée, rigoureuse, documentée et cohérente qui rende sa mise en œuvre « rationnellement » incontournable.

Dans l’idéal, les élus de la métropole, et plus particulièrement son maire, devraient conjuguer ces deux qualités. Il y en a eu dans le passé. Malgré tous ses défauts – et les erreurs extraordinaires qu’il a pu faire – Jean Drapeau a été l’un de ceux-là. Malheureusement dans la campagne actuelle, aucun des candidats à la mairie ne combine ces qualités.

Dans un éditorial hallucinant d’incohérence, André Pratte considère qu’on doive favoriser la première de ces deux qualités (l’influence du maire auprès de Québec et Ottawa) sur la seconde: selon la position officielle de La Presse, Denis Coderre a fait une campagne décevante, n’a pas proposé d’engagement inspirants et ni précis et on peut craindre « que son administration ne soit minée dès le départ par de nouvelles descentes de police ». Malgré tout, aux yeux de M. Pratte, seul Coderre « sait faire de la politique et ainsi s’imposer face à Ottawa et à Québec ». C’est la raison pour laquelle le choix de La Presse se porte sur Coderre.

Si je comprends bien, D. Coderre est le seul à être en mesure de faire entendre son absence de vision et de projet auprès de Québec et Ottawa.

Belle conception de la vie politique.

Je crois pour ma part que la deuxième qualité attendue d’un maire et de son équipe, avoir une vision qui fasse rêver, des projets concrets pour transformer la ville à long terme, est une condition nécessaire. L’influence politique auprès des paliers supérieurs, en revanche, n’est pas une condition suffisante pour faire de Denis Coderre un bon maire pour Montréal; on peut dire la même chose de Marcel Côté ou Mélanie Joly.

Richard Bergeron n’a pas le « charisme » (sic) de Denis Coderre? Sa capacité d’influence politique auprès de Québec et d’Ottawa est moindre? Peut me chaut. Projet Montréal (PM) est le seul parti à proposer aux Montréalais un programme politique étoffé, cohérent et dont l’envergure est à la mesure du nécessaire développement en profondeur pour la métropole.

Qui plus est, et il s’agit là à mes yeux de l’atout le plus précieux de PM, la plupart des arrondissements bénéficient non seulement d’équipes très compétentes et dynamiques (composées souvent de jeunes hommes et femmes solidement impliquées dans leurs communautés) mais aussi de programmes locaux audacieux basés sur des réflexions et des consultations approfondies.

À titre d’exemple, dans mon arrondissement, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, PM propose un « écoparc » basé sur l’électrification des transports. Le site de cet écoparc se situerait sur immense terrain industriel en grande partie abandonné d’une superficie de 4,5 millions de pieds carrés. Le projet a été pensé en fonction du prolongement du boulevard L’Assomption annoncé par Québec. Le complexe, qui aurait l’ambition d’avoir la plus faible empreinte écologique au Canada (récupération des eaux de pluie, toits végétalisés, etc.), servirait d’incubateurs d’entreprises innovantes et pourrait également intégrer des entreprises d’économie sociale.

Ce projet est à l’image de ce que propose PM dans l’ensemble de sa plateforme électorale: ambitieux, audacieux et structurant à long terme pour l’ensemble de la métropole, en cherchant, notamment, à retenir voire attirer les familles à Montréal en créant des pôles d’emplois de qualité. Bien plus, à l’échelle locale, il permettrait de souder l’est et l’ouest de l’arrondissement, scindé en deux par ce no man’s land affreux et inutile.

Je ne donnerais pas le bon dieu sans confession à M. Bergeron – pas plus qu’à aucun politicien, par définition. Mais les équipes de Projet Montréal, la vision de sa plateforme électorale et la cohérence de l’ensemble des projets qu’ils proposent pour l’avenir de la métropole me semblent les seuls garants d’un développement de qualité pour notre ville. J’insiste sur « les équipes »: j’ai suivi la campagne de la plupart des arrondissement de la ville et les équipes de PM dépassent, et de très loin, celles de leurs adversaires. Qui plus est, j’aurai le plaisir de voter demain pour mon ami Pierre Lessard-Blais comme maire de mon arrondissement, un jeune entrepreneur et commerçant, impliqué sur le terrain sept jours sur sept ces dernières années, à l’écoute de sa communauté et qui nous invite sincèrement à rêver ensemble le Montréal du 21e siècle.

Entre un Denis Coderre qui sait « s’imposer face à Ottawa et à Québec » et qui présente une équipe potentiellement corrompue selon André Pratte et un urbaniste qui connaît Montréal comme le fond de sa poche et a des projets concrets pour l’ensemble du territoire comme Richard Bergeron, mon choix est clair.