Économie politique de l’éducation

NB: ce texte a été publié originellement le 27 février 2013 sur le site du Voir.

 

Il est extrêmement déplorable que ce Sommet sur l’Enseignement supérieur n’ait accordé à peu près aucune place au rôle de l’université dans l’économie.

Quoi ? Vous croyez le contraire, compte tenu de ces interminables discussions sur l’indexation, le gel, l’indexation gelée, le gel indexé des frais de scolarité, dignes des débats scolastiques du 13e siècle sur le sexe des anges ? Ou encore ces vifs échanges consensuels sur l’investissement individuel des étudiants qui renflouera, par leurs impôts, le trésor public dans un futur radieux au déficit zéro ?

Non. Il s’agit là de comptabilité familiale ou de fiscalité publique. Pas d’économie. Depuis le déclenchement de la grève étudiante il y a un an, on a à toutes fins pratiques oblitéré de l’espace public les questions essentielles de l’éducation supérieure : son rôle dans le développement global de notre société, sa mission de rempart de la liberté, la place centrale qu’elle occupe dans la création et la recherche, son devoir à former des citoyens à l’esprit critique et sa capacité à outiller les universitaires à faire face aux réalités futures de l’économie.

À une époque où les salles de classe font office de voie de passage direct vers les tours à bureaux ou les usines, on croirait, au contraire, que l’université prépare particulièrement bien ses finissants au monde du travail. Depuis une trentaine d’années, en effet, les programmes de formations universitaires tentent de répondre le plus précisément aux sacro-saints « besoins du marché du travail. » L’instrumentalisation de la formation universitaire à la demande des employeurs, conséquence directe de l’utilitarisme économique abâtardi par l’idéologie économiste, semble logique a priori : on poursuit des études universitaires dans l’objectif d’obtenir un diplôme qui nous permettra d’exercer une profession. Si l’on veut exercer ladite profession, on doit être embauché. Si on veut être embauché, il faut que notre formation réponde aux besoins de l’employeur.

Or, sur un plan strictement économique, cette logique ne tient plus la route. Nous vivons une époque d’accélération des transformations technologiques, économiques et sociales. [1] Dans ce contexte, préparer les futurs diplômés à répondre à des besoins spécifiques d’un soi-disant marché du travail n’a plus de sens : rapidement, leur formation ne répondra plus à ces besoins des employeurs puisqu’ils auront trop rapidement changé.

Bien qu’il soit difficile de l’évaluer avec justesse, nombre d’études ont mis en lumière un phénomène nouveau : grosso modo les dix professions, spécialités ou emplois dont la demande est en plus forte croissance présentement n’existaient tout simplement pas il y a huit à dix ans. Pensons, par exemple, aux métiers du web au tournant des années 2000 : quelques années auparavant, non seulement ces métiers n’existaient pas, mais la technologie elle-même émergeait à peine.

Conséquence : en se sur-spécialisant et en cherchant à tout prix à répondre aux besoins des employeurs, la formation universitaire rate le coche. Des programmes de formation qui prennent des années à être élaborés et offerts aux étudiants ne suivent même pas l’intérêt de ces derniers à s’y inscrire. Autrement dit, du début de la formation de l’étudiant jusqu’à sa diplômation, le monde économique ce sera à ce point transformé que sa formation deviendra obsolète en un temps record.

Voilà donc un paradoxe de l’adéquation entre la formation et les « besoins du marché du travail. » Plus on cherche à lier la formation à ces besoins, moins le résultat sera efficace à l’avenir, puisque les transformations radicales dans nos économies rendront cette formation caduque rapidement.

Dans chacune des disciplines universitaires, il y a donc urgence de donner un coup de barre majeur, voire un virage à 180° : plutôt que de former des spécialistes très pointus à ces besoins immédiats, nous nous devons – dans une logique purement économique je le répète – les préparer à être agiles face à ces transformations majeures.

Comment y arriver ? La solution n’est pas simple, il n’y a pas de recette. Le principe qui devrait nous guider, toutefois, est celui de la culture générale. Laquelle, bien entendu, s’acquiert bien avant l’université – tant aux cycles primaire que secondaire – mais dont on oublie l’importance essentielle dans le cursus universitaire. La formation universitaire, peu importe la discipline, doit maintenant être axée sur un objectif fort : la capacité de ses finissants à s’adapter aux changements profonds auxquels ils feront face.

Ce qui nous ramène à une éducation humaniste, celle qui vise à former l’esprit et non pas à lui inculquer des techniques – qui seront, de toutes les manières, transmises dans le milieu de travail.

La véritable vision économique de l’éducation, dans un monde qui connaît des bouleversements à ce point marqués, participe étonnamment d’un projet humaniste et s’en remet à la formation de l’esprit et à la culture générale – seuls garants d’une compréhension adéquate de l’univers dans lequel nous vivons et de notre capacité à nous y adapter et à le transformer.

 

NB: jeudi le 28 février (en reprise les jours suivants) je me joins à Mathieu Bock-Côté à l’émission OpenTélé de MAtv pour une discussion autour de la question: « Université, où est le problème? »

 

[1] Cf. mon texte : « La revanche du temps réel. »

Les rendez-vous manqués

NB: ce texte a été publié originellement le 9 janvier 2013 sur le site du Voir.

 

Les rendez-vous que l’on cesse d’attendre
Existent-ils dans quelqu’autre univers
Où vont aussi les mots qu’on n’a pas pris le temps d’entendre

Gilles Vignault, « Le Rendez-vous »
(musique Claude Léveillée, interprétée entre autres
par Léveillée et Pauline Julien)

 

L’année politico-économique 2012 semble être celle des rendez-vous manqués. Ces rendez-vous que l’on manque parce qu’on n’a pas le courage ni l’envie de faire face à la musique. Parce qu’il semble plus simple de contourner l’obstacle que de le franchir. Parce qu’un rendez-vous implique un dialogue et invite à construire et à transformer l’ordre des choses sur la base de ce dialogue. À mon sens, plusieurs grands événements économiques de l’année reflètent l’absence de volonté de prendre des décisions fondamentales pour nos sociétés.

La grève étudiante et le mouvement social qui a suivi a été évidemment l’événement marquant au Québec cette année. Les étudiants semblent avoir eu gain de cause avec l’élection du Parti Québécois et sa décision d’annuler la hausse des droits de scolarité. Cependant, étant donné l’ampleur de la contestation étudiante mais surtout de l’énorme brassage d’idées qu’elle a fait naître, l’éléphant semble avoir accouché d’une souris. Le véritable rendez-vous manqué ici, c’est celui avec une vision véritablement globale du rôle de l’éducation supérieure dans notre société – et de l’intégration de l’éducation postsecondaire à l’ensemble du cursus scolaire.

Des questionnements fondamentaux sur le rôle social, culturel et politique de l’éducation n’ont pas été abordés. Mais sur le plan strictement économique, les seuls débats auxquels nous avons eu droit – tant est qu’il y en a eu – ne se sont limités qu’à la question des droits de scolarité et, donc, du budget de l’État ou de celui des étudiants. Bien entendu, il s’agissait de la cause initiale de la grève et des revendications étudiantes. Cependant, puisque cette question a monopolisé la discussion publique pendant des mois, nous avons raté une belle occasion de ne pas discuter du rôle économique de l’éducation dans nos sociétés actuelles.

Il y a un paradoxe au cœur du rôle économique de l’éducation. D’une part, il est légitime de croire que la scolarité puisse être arrimée, à un certain degré, aux besoins et à la réalité du « marché » du travail. Il serait absurde de former les étudiants à des savoirs et des compétences qui ne leur seraient d’aucune utilité dans leur futur emploi. Cependant, former strictement les étudiants en fonction des besoins utilitaires de leurs futurs employeurs pose un risque important. Nous vivons à une époque de transformations majeures qui vont en s’accélérant de manière exponentielle, créant un monde de plus en plus complexe. En arrimant de manière trop étroite la scolarité des étudiants à la réalité actuelle du marché du travail, en formatant leurs connaissances sur les besoins utilitaristes présents, on risque grandement de frapper un mur : ces besoins du monde économique ont de fortes chances d’être obsolètes au moment de l’entrée des nouveaux diplômés sur le marché du travail, précisément à cause de la rapidité des changements technologiques, d’affaires, économiques voire culturels. D’un point de vue strictement économique, si on désire avoir une main-d’œuvre adaptée à notre époque de fortes turbulences, nous devons former les étudiants à être plus agiles – en leur donnant les outils leur permettant de comprendre ce monde de transformations intenses et de s’y adapter. Cette vision de l’éducation s’appuie davantage sur une solide culture générale – tant humaniste que scientifique – bien plus que sur une formation techniquement adaptée aux besoins immédiats des entreprises qui seront de toutes les manières rapidement caduques.

Au fond, il s’agit là, simplement, d’un rendez-vous manqué avec le futur, avec le long terme. Depuis des années, on forme les travailleurs pour être immédiatement utilisables en entreprise. Le gouvernement du Québec en rajoute en ne proposant, après cette grève étudiante importante, que des ajustements qui semblent a priori, très limités. Donnons la chance au coureur, bien entendu, mais le Sommet sur l’éducation supérieure qui aura lieu à la mi-février ne semble pas annoncer l’amorce d’une vaste réflexion sur le rôle de l’éducation pour les générations à venir.

Notre époque est celle du temps qui rétrécis – particulièrement en matière économique. Objets jetables, emplois contractuels, planification à quelques trimestres devant – lorsque seulement elle existe. Le triomphe du court-termisme est le symptôme de cette série de rendez-vous manqués avec le long terme. Qui plus est, cette aveuglement volontaire sert essentiellement des intérêts restreints ou visent des objectifs tactiques très précis.

En sont témoins quelques événements marquants du monde industriel et du travail en 2012. La fermeture de l’ancienne filiale de Air Canada, Aveos, pour cause de délocalisation de ses activités au Salvador en mai, qui a occasionné la perte de 2600 emplois à Mississauga, Montréal et Winnipeg, n’est pas tant emblématique de la diabolique mondialisation, comme on a voulu le présenter, mais de la logique d’affaires maintenant habituelle : le plus haut rendement, trimestre après trimestre. Dans une telle perspective, nulle vision à long terme n’est avantageuse : on cherche à réduire sans cesse les coûts (d’où la délocalisation au Salvador) sans aucune préoccupation pour le développement du tissu industriel à long terme. La débâcle de Research in Motion (RIM), fabricant du célèbre BlackBerry va dans le même sens. Le BlackBerry a occupé longtemps le quasi-monopole du marché d’affaires des téléphones « intelligents. » Grâce notamment à l’engouement pour la tablette iPad, Apple a graduellement grugé des parts de marché du BlackBerry en entreprise – auparavant perçu comme un gadget peu adapté au monde des affaires et à ses exigences en matière de sécurité. RIM s’est assise sur ses lauriers, tablant sur la force d’inertie de son marché et ne se renouvelant pas assez rapidement en sous investissant dans le développement de nouveaux produits. Résultat : sa part de marché a été réduite de moitié et de désastreuses pertes d’emplois en Ontario. Jim Balsillie, le cofondateur de RIM, a démissionné en mars 2012 et l’avenir de l’entreprise est plus qu’incertain. Là encore, un rendez-vous manqué avec le long terme aura donné des résultats catastrophiques.

L’accentuation des dérives du new public management vont dans le même sens – la réforme de l’assurance-emploi le démontre largement. Géré par une agence du gouvernement du Canada – plutôt qu’un service ministériel comme c’était le cas autrefois – on exige de ce programme qu’il soit rentable, au même titre que n’importe quel produit ou service dans l’ensemble de l’économie. La réforme en vigueur depuis le 1er janvier vise entre autres choses à contraindre les travailleurs saisonniers, en réduisant la période des prestations auxquelles ils avaient droit, à accepter un emploi à salaire moindre, éloigné jusqu’à 100 km de leur domicile et qui ne correspond pas à leur métier. Historiquement, les dispositions de ce régime assuraient aux travailleurs saisonniers – les pêcheurs, par exemple – un revenu durant la saison morte. Outre l’aspect humain de la chose, cette manière de faire constitue également un stabilisateur économique essentiel pour de vastes régions du Canada, et du Québec en particulier (40% des bénéficiaires de ces dispositions sont Québécois). En modifiant le régime, Ottawa coupe au plus simple : les travailleurs n’ont qu’à se trouver une job, n’importe laquelle et à des distances inouïe de leur domicile. On économisera ainsi des sommes importantes à court terme, mais on ne favorisera aucunement la nécessaire transformation de l’environnement économique de régions entières dévastées par la disparition progressive et quasi inéluctable des ressources naturelles sur lesquelles elles reposaient depuis des décennies. Un autre rendez-vous manqué avec la possibilité de renouveler en profondeur des économies régionales pourtant riches d’esprit d’initiative et de talent locaux.

Dans le même esprit, la mise en œuvre officielle du Plan Nord par le gouvernement Charest en avril démontre, à mon sens, une absence cruelle de vision à long terme. Comme plusieurs autres, je répète depuis longtemps que toute l’initiative du développement minier au Québec fait fausse route. Le PLQ et le PQ renchérissent depuis des années sur une seule et unique question : le niveau de redevances minières. Aucune discussion de fond sur le développement économique régional des communautés touchées, sur le développement de l’écosystème industriel et d’innovation autour des exploitations, sur notre capacité, en somme, à profiter de ces richesses phénoménales comme levier de développement majeur de l’ensemble de la filière métallique québécoise – sans compter que les Premières Nations comme les communautés locales sont à peu près systématiquement absentes de la discussion. Le Plan Nord n’est, à peu de choses près, qu’un vaste plan marketing politique. À preuve, le Salon du Plan Nord de la fin avril dernier à Montréal : un gros show promotionnel qui avait comme objectif principal de faire mousser la popularité du gouvernement Charest. Le simple fait qu’il se soit déroulé dans la métropole – plutôt que dans le Nord, justement – est emblématique de la vision qu’il portait : un néocolonialisme cherchant simplement à profiter (un peu) de la simple extraction du minerais des régions éloignées du cœur économique du Québec. La tristement célèbre blague du premier ministre, le 20 avril, invitant les étudiants qui manifestaient à l’extérieur à « se trouver une job, dans le Nord, si possible » démontrait de manière on ne peut plus frappante cette vision. Laquelle se réduit, encore une fois, à la simple poursuite de gains à court terme. En rebaptisant le Plan Nord le « Nord pour tous » le gouvernement Marois ne semble guère faire preuve de volonté de changer grand’chose à cette vision. Incidemment, dès après les élections, la nouvelle première ministre s’est empressée d’aller vanter – et, surtout, rassurer les investisseurs étrangers – à New York et à Paris les bienfaits du Plan Nord en assurant que les conditions économiques et fiscales n’en seraient pas radicalement modifiées. Nouvelle occasion manquée de faire preuve d’audace et de vision à long terme.

D’avantage, la scène financière internationale a démontré une fois de plus – comme si cela n’avait pas été déjà suffisamment le cas depuis le début de la crise en 2008 – son incapacité intrinsèque à prendre des décisions en fonction de l’évolution à long terme de l’économie mondiale. Une grande partie de l’Europe est à nouveau en récession – les plans d’austérité ayant démontré leur grande capacité à ne créer qu’une chose : détruire la demande intérieure et créer du chômage. La chute dans le « précipice fiscal » aux États-Unis a été évitée de justesse en tout début d’année (mais ça n’est que partie remise pour quelques semaines) illustrant à merveille l’impuissance de l’action politique face aux contraintes des marchés financiers. Les pseudo réformes du système bancaire aux États-Unis et en Europe, la crise du Libor, les délires continus des agences de notations internationales constituent autant d’exemples de l’absence de volonté politique à réformer en profondeur un système pourri jusqu’à la moelle par l’appât du gain à court terme d’acteurs économiques qui n’ont d’intérêt que le leur.

Une série de rendez-vous manqués avec l’avenir a donc caractérisé l’année économique 2012 à mon sens. Il y a cependant de l’espoir. En novembre, la Banque Mondiale a publié un rapport alarmant – sinon alarmiste – sur le réchauffement climatique. La Banque Mondiale, rappelons-le, est l’une des institutions majeures créées dans l’après-guerre pour réguler le capitalisme mondial et sa mission est essentiellement le développement économique des pays les plus pauvres de la planète. Il ne s’agit donc de tout sauf d’un lobby environnemental radical. Or, dans ce rapport, la Banque estime que le réchauffement climatique d’ici la fin du siècle sera de 4°C – ce qui est davantage que l’estimation du fameux Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GEIC) qui l’estime, lui, à 3°C. Une institution phare du capitalisme mondial davantage alarmiste qu’un groupe dont de puissants intérêts économiques ont tenté discréditer sans cesse depuis des années est en soi extraordinaire, au sens propre. Qui plus est, la vice-présidente de la Banque, Rachel Kyte a affirmé : « Nous devons redoubler d’efforts pour renforcer notre capacité d’adaptation et de résilience, et pour trouver des solutions aux défis climatiques d’aujourd’hui. » En d’autres termes : le système économique tel que nous le connaissons risque de s’effondrer à cause des changements climatiques qui nous ne modifions pas « nos modes actuels de production et de consommation » selon les mots des auteurs du rapport.

Ajoutons à cette étude la publication du Forum économique mondial – l’institution qui organise le fameux rendez-vous annuel à Davos réunissant les plus puissants dirigeants d’entreprises et politiciens du monde. Il y a quelques jours, dans la huitième édition de son rapport Global Risks – préparé en prévision de la réunion de Davos fin janvier – on sonne également l’alarme sur les conséquences du changement climatique. L’un de ses auteurs soutenant que « deux tempêtes, l’une environnementale, et l’autre, économique, vont finir par entrer en collision si nous n’affectons pas les ressources nécessaires pour réduire le risque grandissant que présentent les événements climatiques sévères, c’est la prospérité des générations futures qui pourrait être menacée. »

Les avertissements sévères tant de la Banque Mondiale que du Forum économique mondial auraient pu être écrits par les Greenpeace de ce monde – là réside la source de mon optimisme. Et ils sont clairs : il y a urgence, nous devons modifier dès aujourd’hui de manière radicale non seulement nos comportements individuels mais la structure même de notre système économique. À l’heure où la plupart des pays occidentaux abandonnent de facto les engagements des accords de Kyoto et se contentent stupidement d’une vision à court terme de leur développement économique, politique et social, peut-être qu’enfin ces institutions phares du capitalisme mondial sauront réveiller leurs dirigeants.

Car on ne peut pas indéfiniment manquer les rendez-vous avec l’Histoire. Un jour ou l’autre, celle-ci ne nous n’en offrira tout simplement plus aucun, et ils n’existeront alors que dans un autre univers, qui n’est pas le nôtre.

Pour le bien des communs

Nul n’est contre la vertu, c’est bien connu. Le « bien commun » demeure un terme évoqué de manière ostentatoire, quasi mystique, par la gauche économique et politique. S’y opposerait le bulldozer néolibéral qui ne magnifierait que l’intérêt et le bien privés. Une vertu dont la promotion semble inévitable à ces gauches.

Pourtant, la réalité est bien évidemment moins simple. Depuis quelques décennies s’élabore une réflexion autour des « communs » – traduction littérale des « commons » en anglais qui dépasse beaucoup le bien commun autant que les biens communs avec lesquels on les confond.

Or le commun réfère au partage de ressources communes, de richesses dont nous devons prendre soin comme collectivité. Cette réflexion cherche, bien plus, à dépasser les exemples évidents (l’air et l’eau, par exemple) pour les étendre à de larges pans de notre vie matérielle. Peut-on, par exemple, penser la conceptualisation et la production d’un produit à l’extérieur de la production capitaliste et de la commercialisation marchande classique? Le mouvement « open source » répond par l’affirmative à cette question. On produit même une voiture « open source » avec le projet Wikispeed, un fabricant de voiture modulables.

Il y a quelques semaines, Communautique a réuni des intellectuels et acteurs dans leurs communautés qui militent pour la promotion de ces communs. La petite vidéo ci-dessous synthétise les discussions de l’École des communs.

 

La longue stagnation du pouvoir d’achat

NB: ce texte a été publié originellement le 23 février 2012 sur le site du Voir.

 

Patrick Lagacé a débuté samedi dans La Presse, une série d’articles consacrés à notre rapport à l’argent, la consommation et l’épargne, qui se poursuit toute la semaine. J’ai été interviewé pour cette série, en compagnie de nombreuses autres personnes.

Alors que je prétends, ainsi que le rapporte Patrick, que le revenu des Canadiens après impôts a stagné depuis environ 35 ans, mon ancien professeur Pierre Fortin me contredit un peu en disant que les femmes « ont envahi le marché du travail, permettant une croissance du pouvoir d’achat des ménages. » Or, c’est faux.

Le revenu net réel a stagné depuis 1976 au Canada pour 80% des familles.[1] On exclut le 20% des familles ayant les revenus les plus élevés (« premier quintile »). Ces données sont tirées d’une étude basée sur les données de Statistique Canada. Le graphique suivant est plus qu’éloquent; les lignes jaune et bleue représentent le revenu familial net moyen réel de 80% des familles canadiennes.

Pour être clair: le « revenu net réel » c’est le revenu gagné par la famille après impôts sans tenir compte de l’inflation du prix des biens et services qu’elle achète. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, les familles canadiennes ne peuvent pas, en moyenne, dépenser davantage, année après année, qu’elles ne le faisaient il y a 35 ans.

Depuis 1976, les prix à la consommation ont été multipliés par 3,9. Ce qui veut dire qu’une jeune famille qui gagnait 25 000$ net en 1976 devrait gagner aujourd’hui 97 500$ net pour acheter les mêmes bidules qu’elle achetait il y a 35 ans. Pas une voiture de plus, pas un voyage ou des spectacles qu’elle ne pouvait pas se payer alors que monsieur ou madame avait 30 ans, maintenant qu’ils en ont 65.

Et ce que nous dit le graphique ci-dessus, c’est qu’en moyenne, pour 80% des Canadiens, ce revenu réel a stagné depuis 35 ans. Donc, qu’en moyenne, 80% des familles canadiennes ne peuvent pas consommer davantage aujourd’hui qu’en 1976.

Je m’excuse d’être lourdement pédagogue, mais cette réalité fondamentale n’est « intériorisée » par à peu près personne, ici comme ailleurs.

Et pour cause: il nous paraît normal – c’est le signal que nous envoie la publicité et l’idéologie du bonheur consumériste adossée sur la croissance économique – d’améliorer notre qualité de vie, après toutes ces années d’effort au boulot. Et c’est tout à fait légitime. Mais si la croissance économique ne profite manifestement pas à 80% de la population (ce qui est un problème corollaire dont je ne parle pas ici) et qu’elle est stimulée pour près des deux tiers par la consommation, quelles en sont les conséquences?

Nous nous endettons, pardi! pour acheter ce voyage dans le Sud mérité, cette deuxième voiture, cette plus grande maison, ce bidule électronique, cette sortie au hockey en famille.

Nous voici donc collectivement schizophrènes et un brin débiles. Nous devons consommer davantage pour stimuler la croissance économique, celle-ci ne profite pas à une large majorité des travailleurs-consommateurs, nous nous endettons donc pour améliorer nos conditions de vie.

Soyons heureux, tout de même.

***

Pour vous amuser (!), voici un petite méthode pour évaluer si la croissance de vos revenus nets (après impôts, ce qui vous reste dans les poches) a suivi l’inflation. Ne me remerciez pas, c’est gratuit.

***

Note importante: il s’agit ici de moyennes, y compris pour l’inflation. Selon que vous habitiez un grand centre urbain (où l’inflation est généralement plus élevée), selon votre niveau de revenu et vos contraintes, l’impact réel sur votre vie quotidienne en sera modifié.

[1] Une « famille économique » est « un groupe de deux personnes ou plus habitant dans le même logement et apparentées par le sang, par alliance, par union libre ou par adoption. »

L’économie et l’amour

NB: ce texte a été publié originellement le 14 février 2012 sur le site du Voir.

 

En cette Saint-Valentin, pouvons-nous concevoir une analyse de l’économie moins versée dans l’utilitarisme et qui laisse davantage de place à l’amour et à la fraternité des hommes pour en expliquer les comportements ? Je crois que oui. Rassurez-vous, je n’ai pas fumé un reste de patchouli oublié par mes parents ex-hippies au fond d’une jardinière en macramé.

À peu près tous les cours d’introduction à la science économique la définissent comme la discipline qui étudie les comportements humains visant à atteindre certaines fins à l’aide de ressources rares. [1] L’amour est une fin poursuive par la plupart des humains dans leurs comportement et les ressources pour l’atteindre (temps disponible, argent pour courtiser, etc.) sont rares. Donc, la science économique devrait pouvoir nous enseigner sur l’amour et ses mystérieux ressorts.

C’est évidemment le cas. Les célèbres auteurs de Freakonomics en ont causé et on trouve même un site, Love-Economics, qui fait la promotion d’une modélisation mathématique du « dating. » Ce qui pourrait paraître au non initié comme une curiosité est, en réalité, une réalité commune de la discipline: l’application de l’appareil analytique de la science économique à des problèmes aussi divers et variés que le couple, la consommation de drogue ou le sport.

Ceci s’explique. Le courant dominant de la science économique contemporaine (dit néoclassique) repose sur un ensemble de postulats de l’individualisme méthodologique. Cette vision du monde considère que seule l’action des individus (et leurs interactions) peut être observée et, donc, constituer l’objet d’une science sociale. L’individualisme méthodologique de la science économique, hérité de la philosophie utilitariste du 19e siècle, suppose que tous les phénomènes sociaux sont causés par les actions individuelles d’agents maximisant leur satisfaction sous contraintes diverses et variées.

Ainsi, pour un économiste mainstream, les institutions sociales (la monnaie, le marché, le langage) sont le résultat de l’action des hommes mais non de leur dessein. [2] C’est la main invisible de Adam Smith: l’action individuelle et « égoïste » crée les institutions sociales.

Cette vision philosophique et épistémologique a l’avantage d’être intellectuellement très puissante. L’appareil théorique qu’elle soutient possède une rigueur et une cohérence analytique difficile à battre.

Cependant, elle pose plusieurs problèmes. D’une part, elle a démontré, du moins plusieurs le prétendent, les limites de sa capacité explicative et prédictive. Bien plus, c’est le sujet qui m’intéresse ici, cette vision du monde oblitère le rôle primordial des institutions et de l’histoire dans l’explication des comportements humains. Cette prise de position méthodologique propose une vision de l’homme réductrice qui s’impose non plus uniquement dans le corpus théorique des économistes mais s’est généralisée dans le discours usuel sur notre vie commune.

C’est ce qui permet aux économistes de proposer des théories de l’amour basées sur la maximisation des préférences des individus et sur un calcul coût-bénéfice. C’est une vision qui a pollué l’ensemble de notre discours et qui permet toutes les dérives économistes et manageriales qui font en sorte qu’on cherche à gérer l’État ou notre famille comme une business.

Il existe pourtant des visions différentes de l’économie. [3]

Plusieurs de ces théories donnent une large place aux institutions et à l’histoire (qui influencent grandement nos décisions individuelles) et à une psychologie plus étoffée et riche du comportement humain. Alors, oui: une analyse de l’économie qui laisse davantage de place à la complexité des relations humaines, dont l’empathie, l’amour et la fraternité, est possible. Elle expliquera que ces motivations constituent des ressorts formidablement féconds pour expliquer les relations économiques. Que la culture, le besoin viscéral de créer et l’attachement à des valeurs morales sont bien plus puissants à expliquer le comportement économique des hommes que ne l’est la maximisation de leur satisfaction.

Ce renouvellement d’une pensée économique davantage plurielle et riche s’opère déjà, même chez les économistes mainstream. Elle constituera non seulement une meilleure science, mais offrira, aussi, une vision plus humaniste qui facilitera notre dialogue commun.

C’est, du moins, mon souhait pour la Saint-Valentin.

 

Notes

[1] C’est ainsi qu’à peu près tous les manuels d’introduction à la science économique définissent la discipline, inspirés par une citation célébrissime de Lionel Robbins (1932), An Essay on the Nature & Significance of Economic Science, London: Macmillan, 1984, p.16: « Economics is the science which studies human behavior as a relationship between ends and scarce means which have alternative uses. »

[2] C’est la formulation célèbre de Friedrich Hayek (qu’il reprend notamment de Adam Ferguson, philosophe du 18e siècle) l’un des économistes les plus importants du 20e siècle et l’un des penseurs les plus influents du néolibéralisme.

[3] La récente crise a secoué quelque peu le courant dominant de la discipline – le prestigieux hebdomadaire The Economist soulignait le 31 décembre dernier qu’elle avait permis la diffusion, notamment via les blogs, de ces théories hétérodoxes.

La revanche du temps réel

Je prétends, et je ne suis pas le seul, que les sociétés capitalistes occidentales vivent une crise profonde depuis la fin des années 1990. Qu’elles font face à des changements radicaux qui redéfinissent fondamentalement leur propre rapport à cette vieille notion d’«être-ensemble.»

Ce rapport à l’autre s’exprime justement dans le temps, dans le temps réel et humain. Le capitalisme commercial et industriel, depuis le milieu du 19e siècle, a modifié profondément notre rapport au temps. Son appropriation de la technique, puis des sciences naturelles et, plus tard, des sciences humaines, a magistralement transformé notre rapport à la temporalité. Il s’opère présentement une redéfinition du lien organique que nous entretenons au temps, en tentant de renverser ces cinq grandes « colonisations » de la temporalité par le capitalisme:

1. Production. Le capitalisme industriel est d’abord une tentative de contrôle du temps de production. L’organisation scientifique du travail, le fordisme, ne cherchent rien de moins que de réguler le rythme de la production. L’atelier, puis la manufacture, ont fait place à l’usine, principe organisateur du temps de production disséqué, rationalisé, désincarné. Le travailleur n’a plus de contrôle sur son rythme de production, qui lui est désormais imposé par la drastique rationalité de l’efficacité. Les normes ISO et autres Kaizen de ce monde ne font que perpétuer – en la peaufinant, en la rendant plus subtile et nuancée – cette rationalisation. La pléthore de théories du management « humain » favorisant l’implication des équipes dans le processus décisionnel représentent de nouvelles formes de l’évacuation du temps humain de la production.

2. Consommation. De la même manière, la consommation s’est désincarnée du temps humain, d’abord en se dissociant du besoin, par le règne du désir. [1] De façon concomitante, la consommation est devenue le principal moteur de la croissance économique des sociétés occidentales. Conséquence: on doit l’augmenter sans cesse par le recours au crédit de plus en plus facile (et l’on sait à quel point ce phénomène a été l’une des causes fondamentales de la crise financière de 2008). Or le crédit n’est rien d’autre que l’annulation du temps présent. Le célèbre slogan commercial « achetez maintenant, payez plus tard » parle de lui même.

3. Finances. La sphère financière, cette protubérance pathologique du capitalisme du dernier quart du 20e siècle [2], s’est elle-même créée en consommant le temps. Au-delà de la monnaie basée sur le crédit et au-delà du principe de l’intérêt, l’ensemble des produits financiers visent à prendre le contrôle du future. Les titres financiers comptant pour la majeure part du marché s’appellent en anglais « futures » – ça n’est pas anodin, bien sûr: ils tablent sur la valeur future d’une marchandise, pire sur la valeur future escomptée de la valeur de ces mêmes marchandises. Une spirale sans fin de spéculation sur la valeur estimée de la valeur d’objets complètement dématérialisés et, surtout, placés hors du temps réel.

4. Information. La dernière révolution industrielle, celle de l’information, consomme elle aussi du temps présent comme les pourceaux, les détritus de cuisine. La volonté de gagner la course du temps ne date pas d’hier, que cela soit dans la sphère médiatique (course au scoop, des éditions spéciales des journaux aux informations télévisées en continue et maintenant via le web) ou privée (l’invention des technologies de communication – télégramme, télex, fax, téléphones portables, bases de données alimentées en temps réel, courriel/web – et, surtout, l’invention de manières ingénieuses de les utiliser ne visent qu’à doubler le concurrent et le client).

5. Le lien social. Ces quatre colonisations du temps par la société consumériste et industrielle en entraîne une dernière: celle de la temporalité du lien social. Les relations humaines présupposent, bien évidemment, une appropriation du passé (le sien propre et celui de l’autre) et une projection dans le futur. Mais à partir du moment où le consommateur-contribuable-travailleur est perçu comme un objet, et non plus comme un sujet, par la machine économique, cette intériorisation du temps humain lui échappe en partie: il est sommé de consommer maintenant (la consommation demeure le moteur de l’économie mondiale), d’hypothéquer son futur par le crédit (qui est la base du système financier et monétaire) et d’augmenter toujours plus sa productivité. Bien plus, cette logique s’étend à l’usage que nous faisons des ressources planétaires avec les conséquences écologiques que l’on sait.

À ces cinq colonisations du temps, je vois trois conséquences fondamentales:

a) Le passé, le temps historique, s’évanouit au bénéfice d’une quotidienneté à tout prix, de l’ici et maintenant, d’un désir de réinvention continue, à la fois des codes de relations économiques mais aussi de notre rapport individuel aux processus de production et de consommation.

b) Il y a télescopage du futur vers le présent: le long terme, les « tendances » sont de plus en plus rapprochées; le long terme, embrassant naguère des horizons en termes de décennies ne se compte désormais plus qu’en quelques trimestres.

c) De ces deux dynamiques s’est créé une formidable accélération des transformations économiques, technologiques et sociales. L’obsolescence de plus en plus rapide des produits de consommation (non pas tant « programmée » par la technologie mais bien plus vendue par le marketing), les informations et documents partagés par les médias sociaux qui sont perçus périmés après quelques heures seulement, les géants industriels qui appariassent et disparaissent à une vitesse jamais vue, ne sont que quelques exemples de cette accélération démesurée et inhumaine.

Car ces diverses colonisations du temps sont, au sens littéral, inhumaines. Nous nous sentons happés par un « hyper-présent » qui annihile nos repères au temps réel et humain. L’Homme contemporain a, au final, l’impression de courir comme un déchaîné sur le tapis roulant du capitalisme dont la cadence s’accélère sans cesse. J’ai la prétention de croire que la crise (au sens de changement appelant des décisions) que nous traversons depuis une douzaine d’années voit poindre la revanche du temps réel. Les mouvements qui éclosent ici et là, en parallèle depuis quelques années, des mouvements écologistes à la simplicité volontaire en passant par les monnaies locales et le slow food, cherchent en grande partie à se le réapproprier.

À l’instar de Charlot dans Les Temps modernes, l’Homme contemporain cherchera, peut-être, à fuir la frénésie de la recherche d’efficacité à tout prix que lui impose une économie sur laquelle il constate avoir de moins en moins d’emprise, parce qu’elle a pris le contrôle d’une partie de ce qui le caractérise fondamentalement: le temps réel.

 

PS: Ces idées par trop « impressionnistes » sont à la base d’une réflexion plus étoffée que je prépare sur les causes et conséquences des changements radicaux que nos économies connaissent depuis vingt ans. Commentaires et critiques plus que bienvenus.

Notes

[1] Cf. Le Besoin et le désir de Marcel Rioux (Montréal: L’Hexagone, 1984).

[2] Je présente quelques chiffres ici: 10 fois l’économie réelle: L’enflure de la sphère financière mondiale.

L’Olympe sans Zeus : Apollon, Hermès et Athéna se rencontrent

Hier, 20 octobre, l’initiative CUBE de Québec offrait au cours d’une soirée une rencontre entre un artiste et un dirigeant d’entreprise. Le premier, le Brésilien Claudio Bueno crée des œuvres in situ fort intrigantes: une expérience auditive rendu possible qu’au moyen d’une application sur téléphone mobile par positionnement GPS. Par cette technologie le spectateur est transporté seul avec son appareil dans un univers sonore qu’il habite hors du monde, mais paradoxalement ancré dedans. Le second, Luc Vaillancourt présente les développements de son entreprise, Spatialytics Solutions inc., qui crée des applications logicielles basées sur la même technologies, à des fins d’affaires et géospatiales.

Deux univers, donc, se côtoient et interagissent. Deux univers qui utilisent à peu de choses près les mêmes moyens pour atteindre des fins très différentes, du moins dans les apparences. Le premier a des visées artistiques, crée de la beauté et du sens pour le spectateur. Le second, a des visées utilitaires et appliquées – pragmatiques.

Poursuivez votre lecture de cet article que j’ai publié dans le webzine des arts visuels, Rats de Ville.

Quel emblème pour l’histoire économique et sociale de Montréal?

J’ai besoin de votre aide et de vos suggestions. Je prépare un projet sur l’histoire sociale et économique de Montréal. La forme n’est pas encore fixée. Livre, web, documentaire, un mélange de tout ça ? À voir. Il s’agira à coup sûr d’un travail de vulgarisation qui mette de l’avant les particularités de Montréal dans l’histoire.

J’ai donc besoin de vos suggestions pour trouver une image emblématique de l’histoire sociale et économique de Montréal, que ce soit:

– une image, une métaphore

– un épisode historique

– un personnage

– un lieu

– un édifice

– une entreprise

– une œuvre, une technologie…

Merci de me soumettre vos suggestion en commentaire sous ce billet, sur mon fil Twitter ou sur ma page Facebook.

 

Sous le tapis – nouvelle chronique

Petite auto-promotion. Je tiens maintenant une chronique sur les dessous des arts visuels, « Sous le tapis, » sur Rats de ville « le webzine de la diversité en arts visuels. » Un rendez-vous bi-hebdomadaire (première chronique, vendredi le 21 janvier) où je chercherai à mettre en lumière ce qui se cache sous le tapis du milieu des arts visuels: économie, politique, pouvoir et violence symbolique. Débusquer, scruter et analyser les relations d’influence et de pouvoir tissées entre les divers acteurs du monde des arts visuels. Amener les artistes et intervenants autant que le public intéressé par les arts visuels à questionner les interrelations politiques, économiques et sociales du milieu.

Les arts visuels, ça sert à quoi ?

À rien.

Vraiment. Les arts visuels sont inutiles. Pourquoi poser cette question ? Parce que les arts ont été entretenus historiquement par le Prince. C’est l’État qui permet généralement aux créateurs d’exister. Il y a peu, c’étaient les Princes italiens, français, flamands, chinois, anglais et autres, qui permettaient aux artistes de créer des œuvres, souvent pour glorifier leur pouvoir politique. Maintenant, ce sont les programmes de subventions, d’intégration de l’art aux édifices publics et les crédits d’impôts à l’acquisition d’œuvres.

Donc, si le Prince décide de subventionner l’art c’est qu’il doit être utile, il doit apporter quelque chose à la société, être utile. Pis: avoir une valeur économique.

Poursuivez votre lecture de cet article que j’ai publié sur le webzine des arts visuels, Rats de Ville.