La hausse des frais de scolarité, justifiée ou non? | Conférence (Collège de Rosemont, Montréal)

Dans le cadre du colloque « Bilan d’un printemps – Le printemps Érable cinq ans plus tard » organisé par les enseignants du programme Sciences humaines du Collège de Rosemont, je participerai à une conférence sur la hausse des droits de scolarité en compagnie de mon confrère Bouhadjar Hadjri enseignant en économie et responsable de la coordination du Département de sciences sociales du Collège; la discussion sera animée par Diane Yao, enseignante en économie.

Au cours de la journée, on pourra également assister à des discussions et conférences de Guy Rocher, Gabriel Nadeau-Dubois, Kateri Lemmens et Élise Turcotte, notamment.

Ça se déroule le mercredi 26 avril, à compter de 8h30. Informations et programme, ici.

Les défis du 21e siècle | Conférence (Cégep de L’Asssomption)

Très belle discussion cet après-midi avec le collègue David Descôteaux au cégep de L’Assomption à l’occasion de leur «Semaine des éveilleurs de conscience», sous le thème «Les défis du 21e siècle». Environ 175 jeunes éveillés, attentifs et brillants ont discuté avec nous des défis du Québec d’aujourd’hui et de demain, sur les questions de la santé, de l’éducation et de l’équité. (Et David et moi, on ne s’est pas trop chicanés.) Il se fait de bien belles choses dans nos collèges. Je suis toujours très impressionné de la qualité du programme de ces semaines thématiques et encore plus du niveau d’intérêt de la part des élèves et de la qualité des discussions que nous avons. Chapeau, les cégeps!

Pour vous donner une idée des activités prévues au cours de cette semaine, ce petit article.

Économie politique de l’éducation

NB: ce texte a été publié originellement le 27 février 2013 sur le site du Voir.

 

Il est extrêmement déplorable que ce Sommet sur l’Enseignement supérieur n’ait accordé à peu près aucune place au rôle de l’université dans l’économie.

Quoi ? Vous croyez le contraire, compte tenu de ces interminables discussions sur l’indexation, le gel, l’indexation gelée, le gel indexé des frais de scolarité, dignes des débats scolastiques du 13e siècle sur le sexe des anges ? Ou encore ces vifs échanges consensuels sur l’investissement individuel des étudiants qui renflouera, par leurs impôts, le trésor public dans un futur radieux au déficit zéro ?

Non. Il s’agit là de comptabilité familiale ou de fiscalité publique. Pas d’économie. Depuis le déclenchement de la grève étudiante il y a un an, on a à toutes fins pratiques oblitéré de l’espace public les questions essentielles de l’éducation supérieure : son rôle dans le développement global de notre société, sa mission de rempart de la liberté, la place centrale qu’elle occupe dans la création et la recherche, son devoir à former des citoyens à l’esprit critique et sa capacité à outiller les universitaires à faire face aux réalités futures de l’économie.

À une époque où les salles de classe font office de voie de passage direct vers les tours à bureaux ou les usines, on croirait, au contraire, que l’université prépare particulièrement bien ses finissants au monde du travail. Depuis une trentaine d’années, en effet, les programmes de formations universitaires tentent de répondre le plus précisément aux sacro-saints « besoins du marché du travail. » L’instrumentalisation de la formation universitaire à la demande des employeurs, conséquence directe de l’utilitarisme économique abâtardi par l’idéologie économiste, semble logique a priori : on poursuit des études universitaires dans l’objectif d’obtenir un diplôme qui nous permettra d’exercer une profession. Si l’on veut exercer ladite profession, on doit être embauché. Si on veut être embauché, il faut que notre formation réponde aux besoins de l’employeur.

Or, sur un plan strictement économique, cette logique ne tient plus la route. Nous vivons une époque d’accélération des transformations technologiques, économiques et sociales. [1] Dans ce contexte, préparer les futurs diplômés à répondre à des besoins spécifiques d’un soi-disant marché du travail n’a plus de sens : rapidement, leur formation ne répondra plus à ces besoins des employeurs puisqu’ils auront trop rapidement changé.

Bien qu’il soit difficile de l’évaluer avec justesse, nombre d’études ont mis en lumière un phénomène nouveau : grosso modo les dix professions, spécialités ou emplois dont la demande est en plus forte croissance présentement n’existaient tout simplement pas il y a huit à dix ans. Pensons, par exemple, aux métiers du web au tournant des années 2000 : quelques années auparavant, non seulement ces métiers n’existaient pas, mais la technologie elle-même émergeait à peine.

Conséquence : en se sur-spécialisant et en cherchant à tout prix à répondre aux besoins des employeurs, la formation universitaire rate le coche. Des programmes de formation qui prennent des années à être élaborés et offerts aux étudiants ne suivent même pas l’intérêt de ces derniers à s’y inscrire. Autrement dit, du début de la formation de l’étudiant jusqu’à sa diplômation, le monde économique ce sera à ce point transformé que sa formation deviendra obsolète en un temps record.

Voilà donc un paradoxe de l’adéquation entre la formation et les « besoins du marché du travail. » Plus on cherche à lier la formation à ces besoins, moins le résultat sera efficace à l’avenir, puisque les transformations radicales dans nos économies rendront cette formation caduque rapidement.

Dans chacune des disciplines universitaires, il y a donc urgence de donner un coup de barre majeur, voire un virage à 180° : plutôt que de former des spécialistes très pointus à ces besoins immédiats, nous nous devons – dans une logique purement économique je le répète – les préparer à être agiles face à ces transformations majeures.

Comment y arriver ? La solution n’est pas simple, il n’y a pas de recette. Le principe qui devrait nous guider, toutefois, est celui de la culture générale. Laquelle, bien entendu, s’acquiert bien avant l’université – tant aux cycles primaire que secondaire – mais dont on oublie l’importance essentielle dans le cursus universitaire. La formation universitaire, peu importe la discipline, doit maintenant être axée sur un objectif fort : la capacité de ses finissants à s’adapter aux changements profonds auxquels ils feront face.

Ce qui nous ramène à une éducation humaniste, celle qui vise à former l’esprit et non pas à lui inculquer des techniques – qui seront, de toutes les manières, transmises dans le milieu de travail.

La véritable vision économique de l’éducation, dans un monde qui connaît des bouleversements à ce point marqués, participe étonnamment d’un projet humaniste et s’en remet à la formation de l’esprit et à la culture générale – seuls garants d’une compréhension adéquate de l’univers dans lequel nous vivons et de notre capacité à nous y adapter et à le transformer.

 

NB: jeudi le 28 février (en reprise les jours suivants) je me joins à Mathieu Bock-Côté à l’émission OpenTélé de MAtv pour une discussion autour de la question: « Université, où est le problème? »

 

[1] Cf. mon texte : « La revanche du temps réel. »

Déconstruisons Guy Breton

NB: ce texte a été publié originellement le 21 septembre 2012 sur le site du Voir.

 

Le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, a publié un « Message du recteur » aujourd’hui sur le site de l’université, intitulé « Une rentrée hors de l’ordinaire. »

Il commence par « J’ai toujours aimé la rentrée. Temps de retrouvailles, de commencement, d’appel à l’étude » et se termine par « Bonne rentrée ! » – rien de plus normal, donc, de la part d’un recteur que de souhaiter une bonne rentrée aux étudiants, professeurs et membres du personnel du campus.

Sauf que pas du tout.

Entre son début et sa fin, il n’y a rien de normal dans ce message du recteur.

Ou peut-être que oui, finalement: la nouvelle normalité du discours managérial, asservissant, arriviste et productiviste du monde universitaire contemporain.

Amusons-nous à déconstruire ce message du recteur.

1. On manifeste, donc on jase

La rentrée le 1er octobre sera « hors de l’ordinaire. » On s’en doute un peu. M. Berton souligne que:

Nous avons beaucoup parlé d’enseignement supérieur et d’université ces mois derniers au Québec. Et c’est une bonne chose. Je ne peux pas dire que j’ai toujours été heureux de la tournure des débats sur le rôle des universités dans notre société. Mais je pense que les universités et les étudiants qui les fréquentent auront dorénavant toute l’attention de la population québécoise lorsque viendra le temps d’exposer la nature de leurs besoins et de leurs attentes.

On décode: la grève, les manifestations, les carrés rouges et tout le reste ont donc été des moments où l’on a « beaucoup parlé d’enseignement supérieur et d’université. » Nous en prenons acte, monsieur le recteur, tout en marquant notre étonnement puisque vous considériez durant la grève illégitimes ces manières de faire. Au besoin, nous recommencerons donc à manifester, de quelque manière que ce soit.

2. On n’a plus les ressources qu’on avait

M. Breton souligne que les « événements des derniers mois ont exercé une pression considérable sur nos ressources. » Entendre par « ressources » : les professeurs, les chargés de cours et le personnel du registrariat. Cette détestable habitude de traiter les membres d’une organisation au même plan que les stylos ou les camions de livraison. Exit les travailleurs, les collaborateurs.

Qui plus est, lesdites ressources n’étaient pas suffisantes. Au paragraphe suivant, le recteur souligne:

Nos agents de la Sûreté ont été vivement interpellés et il s’est dit des choses à leur sujet qui ne rendent certainement pas justice au travail qu’ils ont accompli. La direction a été mobilisée pour prendre des décisions parfois difficiles, toujours de bonne foi. Et nos communicateurs ont dû multiplier les interventions sur toutes les plateformes. 

On décode: les agents de sécurité et / ou la police font partie de la force de travail normale de l’université pour régler ses problèmes internes. De surcroit, malgré le fait que cette vision de la gestion de son organisation semble totalement naturelle aux yeux du recteur, une armée de relationnistes n’a pas été en mesure de contrer « les choses » méchantes qui ont été dites à cet égard. Autrement dit : on a eu une armée et un service de propagande qui étaient débordés par une insurrection.

3. On a des étudiants plus payants que d’autres

Le recteur conclut son message en soulignant « la personnalité singulière de l’Université de Montréal, » unique au Canada, ce qui lui permet de souhaiter vivement « que l’UdeM conserve sa place dans l’élite des universités de renommée internationale. » Qui plus est, M. Breton « s’étonne » d’un clivage dans le conflit étudiant qui « a été vécu de manière très contrastée » à l’UdeM:

Plus de 50 % de nos étudiants n’ont à toutes fins utiles pas boycotté leurs cours. Le mouvement de contestation n’a pratiquement pas eu d’écho dans les facultés professionnelles tandis qu’il a enflammé nos secteurs des arts et des sciences humaines et sociales.

Or, précise-t-il, les soi-disant « facultés professionnelles » produisent des diplômés « créateurs de richesse » alors que les facultés « en boycott » (sic) produisent « des travailleurs sociaux qui cherchent à réduire les inégalités. » Bon prince, monsieur le Recteur souligne généreusement que « notre société profite autant des innovations technologiques que des réflexions sur les conséquences de ces innovations. »

On décode: les étudiants en génie, en sciences appliquées, et autres « facultés professionnelles » sont des créateurs de richesse. Les autres, les sciences molles et futiles, représentent donc un coût, une perte sèche pour la société. Mais bon, on est pas des barbares, on les tolères parce que le week-end on aime bien réfléchir entre copains créateurs de richesse autour d’un Bordeaux de bon millésime sur les conséquences de notre création de richesse. Mais pas de conneries, hein, on retourne au boulot le lundi matin pour créer cette belle richesse et on n’a surtout pas de temps à perdre dans les manifestations, en boycott, « à parler d’enseignement supérieur et d’université » (cf. section 1, ci-dessus).

 

Si on résume:

Des étudiants qui représentent un coût et un fardeau pour la société puisqu’ils ne produisent pas de richesse ont mobilisé les forces de l’ordre et de la propagande pour parler au cours des derniers mois d’enseignement supérieur et d’université et il est temps que ça cesse parce qu’il ne faudrait pas que l’UdeM perde sa place aux prestigieux classements des meilleures universités dans le monde – à l’instar des multinationales obsédées par le retour sur investissement pour leurs actionnaires qui se préoccupent de leur présence aux palmarès du Fortune 500.

 

Merci monsieur le recteur.

Bonne rentrée ! – comme vous le terminez si bien ce message rassembleur et enthousiasmant pour votre communauté universitaire.

Nos amis les flics dans les CPE

NB: ce texte a été publié originellement le 19 avril 2012 sur le site du Voir.

 

Dans la cité idéale décrite dans la République de Platon, les gardiens, c’est-à-dire les policiers, occupent le sommet de l’organisation politique et sociale. Ils forment l’élite intellectuelle de l’État et agissent, par leur éducation philosophique, de manière totalement désintéressée en vue du Bien et de la Justice.

Nos « gardiens » par les temps qui courent semblent de plus en plus s’éloigner de cet idéal platonicien.

Hier soir, un parent a publié un témoignage sur Facebook où il s’inquiétait de la visite de policiers du SPVM à son CPE, dans Villeray à Montréal. Ce genre d’activité est régulière dans les écoles et CPE: les policiers y apprennent aux enfants diverses consignes de sécurité.

Là où il y a un hic, c’est que lors de cette activité, les policiers ont mis des menottes aux enfants (de quatre ans) pour « jouer. » À l’origine, ce parent avait compris que les policiers donnaient comme exemple les arrestations des étudiants. Cette histoire, qui circule sur les médias sociaux (et j’ai contribué à la diffuser), est moins directe, après vérification auprès du principal intéressé: les policiers ont voulu également montrer aux enfants comment fonctionnait leur système de télécommunication. Au moment de le faire, l’un de leurs collègues leur demandait, semble-t-il, de « s’occuper » d’un étudiant qui manifestait. Reste qu’il y a eu amalgame, dans l’esprit des éducatrices – et donc manifestement dans celui des enfants – entre les deux éléments de la démonstration.

Je m’interroge sur la valeur pédagogique de ces démonstrations auprès d’enfants de quatre ans. Bien sûr, tous les enfant jouent aux cowboys et à la police. Bien sûr, ce peut être « amusant » de jouer avec des menottes.

Bien sûr ?

Pas sûr.

En « jouant à mettre des menottes » ces policiers envoient un message clair: leur boulot, c’est la répression. Et par un malheureux hasard, ils font la démonstration que leur boulot, c’est de « s’occuper » des étudiants qui manifestent.

On est loin d’apprendre à des gamins à ne pas suivre des étrangers ou à traverser la rue de manière sécuritaire.

Il s’agit sans doute d’une initiative isolée de la part de ces policiers au jugement peu aiguisé. La prise en souricière et l’arrestation hier à Gatineau de 160 professeurs et étudiants de l’UQO manifestant contre la hausse des droits de scolarité est sans doute une initiative isolée de la part des policiers. L’arrestation brutale de journalistes de La Presse et du Droit qui faisaient leur boulot à Montréal et à Gatineau est sans doute une initiative isolée de la part des policiers. Les étudiants qui sont matraqués et poivrés par la police sont sans doute le cas d’initiatives isolées de la part des policiers. La…

Ça commence à faire pas mal d’initiatives isolées de la part des policiers depuis quelques semaines.

L’initiative isolée de la part des policiers, j’appelle ça de l’arbitraire.

Il ne faut pas crier à l’État policier – ces mots ont un sens et une charge politique énormes.

En revanche, la multiplication de ces répliques policières musclées dans le cadre de manifestations pacifiques dépasse les bornes sur de grandes largeurs.

L’arbitraire s’installe dans une société lorsque le pouvoir politique, appuyé par son appareil coercitif, s’isole dans l’arrogance, la suffisance, le paternalisme, le silence et l’ignorance des revendications de ses commettants.

J’en appelle au ministre de la Sécurité publique afin qu’il justifie l’ensemble du travail de ses forces de l’ordre.

Et messieurs dames policiers, rappelez-vous que vous êtes au service du bien commun. Le plus précieux d’entre eux est la liberté démocratique que nos aïeux ont acquise par le sang. Vos actions des derniers jours salissent outrageusement cet héritage. Sachez que les gardiens de la cité idéale de Platon n’avaient droit à aucune erreur ni impunité. Qu’il en soit ainsi. On ne joue pas avec la liberté pas plus qu’on ne joue avec des menottes.

Étudiants: la bourse et la vie

NB: ce texte a été publié originellement le 28 février 2012 sur le site du Voir.

 

L’une des rares personnes que j’ai littéralement désiré torturer dans ma vie était un commissaire scolaire. Il osait prétendre que les cours d’histoire ou de géographie n’étaient pas utiles, parce que l’école, ça devait « servir apprendre à lire et à compter. »

La pensée mal dégrossie de ce personnage stigmatise pourtant une vision maintenant largement partagée de l’éducation. L’enseignement, du primaire à l’université, doit être utile. On doit préparer notre belle jeunesse à « faire face aux nouveaux défis du marché du travail. »

Une des conséquences de cet utilitarisme simpliste – généralisé dans le débat politique contemporain – est de valoriser l’éducation d’abord par ses impacts économiques. Les étudiants présentement en grève sont coincés dans cette logique comptable du calcul avantage-coût: à leurs détracteurs qui estiment qu’un diplôme universitaire est un « bon investissement » (puisqu’il rapportera davantage dans le futur par un salaire plus élevé), ils répondent par une série d’analyses financières et économiques (cf. ce billet de Simon Crépault, étudiant en droit, qui circule abondamment depuis le début de la grève).

Et ça se termine sur des arguments débiles où l’on considère qu’il suffit que les étudiants « coupent une ou deux bières » par semaine pour absorber la hausse imposée.

Dans la même logique, le ministre des Finances du Québec appuyait dans son dernier budget la hausse des droits de scolarité dans un document de 58 pages sur une seule et unique étude, celle des patrons d’université (la CREPUQ).

Ceux-ci considèrent démontrer le sous-financement des universités québécoises par un seul argument: le financement des universités n’est pas à parité avec celui des autres provinces. C’est tout de même hallucinant! Les autres reçoivent plus d’argent, donc nous devons en recevoir aussi davantage. Jamais dans ce débat n’est questionné l’utilisation de ces fonds, jamais n’est questionné le rôle et le fonctionnement de nos institutions universitaires.

Aucune réflexion sur l’efficacité de la gestion des universités québécoises. Aucune réflexion sur le rôle de l’université québécoise au 21e siècle. Aucune vision intégrée de l’apport l’enseignement post-secondaire et de la recherche dans l’ensemble du cursus éducatif. Rien de tout cela: uniquement une vision comptable d’un simplisme à faire pleurer.

En discussion avec ma consœur économiste Diane Bellemare, du CIRANO, vendredi dernier à RDI, je prétendais qu’ainsi on posait le mauvais problème. Les étudiants en grève, c’est dans l’ordre des choses, s’opposent à la hausse des frais de scolarité sans vraiment remettre en question quoi que ce soit d’autre, en répétant comme un mantra que l’éducation est rentable pour l’ensemble de la société. Ce à quoi répètent comme des ânes leurs opposants qu’ils « doivent faire leur part. »

Nous avons là une vision bien compartimentée de la vie: on naît, on apprend à faire pipi dans le pot, on apprend à lire et à compter, on apprend un métier, on travaille et on prend notre retraite. Au final, tout ça doit s’équilibrer financièrement: notre existence constitue un coût économique au début et à la fin de notre vie; entre les deux, il nous faut une activité rentable pour payer les deux autres extrémités. Réjouissant.

L’éducation n’est pas seulement un vecteur permettant l’élaboration d’un tissu social plus fort et plus riche, comme le soulignait ici Simon Jodoin il y a quelques jours. L’éducation fait partie du tissu social. Et économique. Comme l’écrit Simon dans le même texte, l’éducation est un trésor public « qui nous appartient tous mais que chacun ne possède complètement. »

Une discussion honnête et authentique sur le rôle économique de l’éducation devrait participer de cette vision plutôt que de s’embourber dans les calculs comptables dignes de la gestion d’un petit épicier, sauf tout le respect que je dois à ces dernirers.

John Dewey, le célèbre philosophe de l’éducation, écrivait en 1938 que l’éducation « est un processus de la vie, et non une préparation à la vie. » [1] Cela est encore plus vrai économiquement: l’éducation s’intègre complètement dans la vie économique et n’a pas la fonction de préparer de futurs bons petits travailleurs. En matière d’éducation, ça n’est pas « la bourse ou la vie » – c’est la bourse et la vie.

Dans le contexte où les travailleurs auront dans leur vie professionnelle de 3 à 4 carrières et plus d’une douzaine d’emplois différents en moyenne dans leur vie active, il y a urgence à (ré)affirmer haut et fort le rôle fondamental du système d’éducation en tant qu’institution constitutive de notre société et de notre économie. Et de rejeter, ce faisant, les visions bêtement utilitaristes et économistes de son apport.

S’il on suit cette route, le ministre des Finances ne s’attardera pas à proposer uniquement une hausse des droits de scolarité en s’appuyant sur l’idée que les universités québécoises reçoivent moins d’argent que leurs semblables dans le reste du Canada (ou ailleurs). Il élaborera avec ses collègues de l’éducation, du développement économique, de l’innovation et de la culture une véritable vision politique et économique du rôle de nos universités, Cégeps et écoles.

Lequel rôle devrait, à mon sens, en ce début de 21e siècle être repensé de fond en comble et de manière constructive. Oui il y a lieu de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. Pas uniquement parce qu’un nombre impressionnant de pays de l’OCDE n’exigent à peu près aucun droit de scolarité: mais parce que d’autres provinces et d’autres pays ont remis en cause radicalement les structures de fonctionnement, de financement, de reddition de compte et de performance des institutions d’enseignement et de recherche. [2]

  • Pourquoi ne pas remettre en question complètement le fait que la gestion de ces organisations soit confiée à des professeurs-chercheurs? On a vu chez nous le désastre de l’Îlot Voyageur. Comment se fait-il que l’administration des institutions universitaire bénéficie jusqu’à un certain point d’une indépendance telle qu’elle a si peu de comptes à rendre?
  • Est-il possible de questionner en profondeur non seulement la gestion administrative de nos établissements d’enseignement mais aussi leurs pratiques concurrentielles qui non seulement lèsent les étudiants (par la non reconnaissance des acquis entre universités québécoises – ce qui est un comble) mais semblent, a priori du moins, totalement inefficaces?
  • Comment se fait-il, après des décennies de débats sur la question, qu’on ne valorise pas davantage l’enseignement universitaire, parent pauvre au regard de la recherche? Le fameux rapport Drummond déposé en Ontario il y a dix jours propose à cet égard un coup de barre vigoureux en faveur de la valorisation de l’enseignement.
  • Corollairement, au lieu d’ériger une muraille de Chine entre le Cégep et l’université, n’y a-t-il pas lieu de questionner notre vision de la formation technique – tant au niveau des métiers spécialisés que des professions appliquées (médecine, génie, etc.)?
  • Malgré les changements apportés il y a quelques années, comment se fait-il que les établissements d’enseignement soient financés encore à ce point en fonction du nombre d’étudiants inscrits? Les droits de scolarité au Danemark, en Norvège, en Suède et en Allemagne, par exemple, sont très bas voire nuls et le soutien financier aux étudiants parfois très généreux. En revanche, les étudiants sont davantage accompagnés et font face à des exigences de réussite académique très élevées.
  • Au lieu de diaboliser le rôle du financement privé, pourquoi ne pas le repenser d’une manière totalement nouvelle, comme l’ont fait de nombreux pays de l’Europe du Nord et assumer pleinement la capacité de la recherche universitaire à être un maillon important de l’innovation appliquée et de la commercialisation technologique tout en maintenant l’indépendance de la recherche fondamentale et de l’enseignement?

Cela fait des décennies que le système d’éducation, du primaire à l’université, souffre de bricolage. On bricole des solutions à court terme pour répondre à des problèmes dont l’existence n’est même pas démontrée alors que notre jeune société fait face à des transformations aussi radicales qu’inédites.

Je suis convaincu que le jour où le débat sur le financement des universités sera intégré à une réflexion politique, sociale et économique du rôle de l’éducation, on cessera de s’embourber dans ces éternelles discussions sur son financement. Se priver de deux bières par semaine n’est pas un « investissement rentable dans le futur. » Pester contre le salaire d’un recteur ne contribue en rien à construire l’avenir. Ce sont des réflexes d’épiciers qui ne voient dans l’éducation que le formatage utilitaristes de futurs petits travailleurs.

 

[1] John Dewey (1938), Expérience et éducation, Paris: Bourrelier, 1947, p. 79; italiques dans le texte.

[2] Cf. à cet égard l’étude de l’OCDE: L’enseignement supérieur à l’horizon 2030.

Financement de l’éducation, âge de la retraite – le monde change (vidéo | RDI)

Hier j’étais invité au « Club écono » de l’émission RDI Économie avec Gérald Fillion en compagnie de ma consœur économiste Diane Bellemare pour discuter du financement des universités au Québec, de l’âge de la retraite et du rapport Drummond déposé en Ontario la semaine dernière. Bien entendu, il est impossible de discuter de problématiques aussi vastes en quelques minutes. J’y reviendrai sur mon blogue au Voir. Pour l’instant, quelques références pour approfondir ces questions:

Droits de scolarité. Simon Crépeault, étudiant en droit à l’UQÀM offre à la fin d’un billet qui a beaucoup circulé ces temps-ci une série copieuse de références utiles (y compris les documents budgétaires du Québec). J’y ajouterais le tome 2 de l’étude de l’OCDE « L’enseignement supérieur à l’horizon 2030 » qui compare les différentes avenues de financement actuelles et avenir parmi les pays membres (partic. chap. 9 et 10).

Mise à jour: suite à cette interview, j’ai publié sur mon blog au Voir un billet consacré à la question des droits de scolarité: Étudiants: la bourse et la vie.

Âge de la retraite. La problématique de l’âge est multiforme (socio-démographique, financière, etc.). C’est une question très discutée dans la politique française depuis plusieurs années et un site propose une revue de presse de la question dans laquelle on retrouve plusieurs articles récents traitant de la situation canadienne; le point de vue comparatif peut inspirer la réflexion.

Rapport Drummond. Le rapport Drummond est une brique de plus de 500 pages. Il est très intéressant de parcourir les 362 recommandations colligées à l’annexe 1 parmi lesquelles, ma foi, se trouvent plusieurs idées fort pertinentes. Le Canadian centre for policy alternatives, « think tank » de gauche, propose ici des analyses très critiques de ces mesures.

« Les meilleurs partent toujours les premiers » – Gilles Dostaler (1946-2011) – citoyen, érudit et humaniste

Dans la jeune vingtaine, la dernière qualité que l’on possède est bien l’esprit de finesse. L’homme qui m’a inculqué le sens de la nuance qu’apporte l’esprit de finesse est décédé le 26 février: Gilles Dostaler (1946-2011), professeur retraité de l’UQÀM, éminent spécialiste de l’histoire de la pensée économique. Gilles a été mon directeur de maîtrise au début des années 1990 et j’ai eu l’honneur de son amitié – son décès laissera un vide immense dans la vie d’un grand nombre d’entre nous. Parmi les innombrables enseignements, tant intellectuels qu’humains, qu’il m’aura légué, demeure la recherche de cet esprit de finesse, ce souci de la nuance dans la rigueur, et vice-versa.

J’ai commencé à travailler comme assistant de recherche pour Gilles au milieu de mon bacc parce qu’il avait remarqué mon obsession pour la précision dans les notes bibliographiques. C’est ainsi que j’ai été amené à travailler de longs mois sur le magistral ouvrage qu’il a coécrit avec Michel Beaud, La pensée économique depuis Keynes: historique et dictionnaire des principaux auteurs (Seuil, 1993). D’innombrables soirées et week-ends, je me suis arraché les yeux à scruter des micro-films ou des mauvaises photocopies question de réviser les milliers de notes de bas de page, de références bibliographiques et de citations que compte cette brique de près de 600 pages. Un des grands plaisirs de Gilles au cours de ce travail était lorsque je lui apportais la preuve qu’un de ses éminents collègues avait fait une erreur en citant un texte lui-même cité mille fois dans les ouvrages classiques. Erreur qui pouvait n’être que de faire terminer la pagination d’un article à 93 plutôt qu’à 94.

Cette anecdote en dit long sur l’une de ses plus grandes qualités: la rigueur, le souci de précision et surtout l’authenticité. Dans une discipline, les sciences économiques, où le recours (intensif) aux mathématiques donne une aura de précision et de rigueur scientifique, Gilles préférait leur substituer l’exigeante rigueur du raisonnement philosophique et historique. Pourtant, il avait d’abord opté, au début de ses études universitaires, pour la physique et les mathématiques – il a d’ailleurs enseigné les maths à Brébeuf et collaboré au programme de recherche des canons de Gerald Bull. Mais il a été rapidement déçu par ces disciplines (qu’il respectait grandement au demeurant) parce qu’elles étaient coupées de la réalité politique (Robert Dutrisac, « Gilles Dostaler: un anti-impérialiste de la pensé économique, » Le Devoir, 25 avril 1994, p. B1).  À la fin des années 1960, il oriente donc ses études en sciences sociales et termine en 1972 une maîtrise en sciences économiques à McGill sous la direction de Tom Asimakopulos (1930-1990), un keynésien de haut calibre pour lequel Gilles a gardé un immense respect toute sa vie. Asimakopulos a eu des influences majeures sur Gilles Dostaler: d’une part l’importance qu’il accordait aux choix moraux et politiques, qui devaient en toutes choses précéder l’analyse et la théorie et, d’autre part de manière corollaire, l’importance qu’il accordait aux postulats, aux a priori éthiques et politiques des théories économiques.

Cette rigueur et ce souci à débusquer les postulats derrière la théorie, il les a particulièrement mis de l’avant dans ses études de doctorat, qui ont débouché sur la parution de deux ouvrages en 1978: Valeur et prix, histoire d’un débat (François Maspero, P.U. de Grenoble et P.U. du Québec) et Marx, la valeur, et l’économie politique (Anthropos). Ces deux ouvrages cherchaient à mettre en lumière et à préciser des concepts fondamentaux de la pensée économique dite « classique » (Smith, Ricardo, Marx) et de montrer combien la définition conceptuelle peut influencer grandement, en aval, le raisonnement analytique mais aussi les prises de positions en matière de politiques publiques. Ces travaux de recherches ont influencé la suite du parcours universitaire de Gilles, qui, sans délaisser – loin s’en faut ! – l’analyse des politiques économiques et des solutions concrètes à être apportées aux problèmes économiques contemporains,* s’est spécialisé dans l’étude de la pensée économique. Ce qui l’a amené à devenir un des grands spécialistes mondiaux de l’œuvre de John Maynard Keynes. Il a publié en 2005 (version augmentée en 2009) ce qui est à mon avis son magnum opus: Keynes et ses combats (Albin Michel). Le titre de cet ouvrage de plus de 600 pages en dit long à la fois sur la vision que Gilles avait de Keynes mais aussi du rôle qu’il croyait être celui des intellectuels dans la Cité: combattre l’inégalité, l’injustice, mais aussi promouvoir la connaissance, les arts et une vie citoyenne active.

De fait, Gilles était tout sauf un intellectuel passif confortablement installé dans sa tour d’ivoire, bien au contraire: à la fin des années 1960, il a été un des membre actif du Comité indépendance et socialisme, réunissant quelques membres du défunt R.I.N., a été un des membres de la rédaction de la revue Parti pris et a milité au sein de la C.S.N. Même si à partir des années 1980 son implication politique était moins visible, il n’hésitait jamais à prendre la plume pour défendre ses idéaux éthiques et politiques. J’ai retrouvé dans mes archives un texte qu’il avait préparé à la veille du référendum de 1995 (je crois qu’il n’a jamais été publié) qui commence ainsi: « Je n’aime pas le mot ‘économiste.’ Il a été créé en 1767 par un groupe de penseurs sociaux en France, connus sous l’appellation tout aussi inélégante de ‘physiocrates.' » Et de poursuivre en parlant « d’un prix abusivement qualifié de ‘Nobel’ (c’est en réalité un prix ‘en mémoire de Nobel’), donne à l’économique une auréole de rigueur scientifique qu’elle n’a pas et qu’elle ne peut avoir. » Ces citations sont à ce point représentative de la pensée de Gilles qu’elles m’en donnent des frissons de nostalgie. D’abord la qualité et la limpidité de son écriture: Gilles pouvait réécrire la même phrase dix fois s’il n’était pas satisfait de sa clarté. Ensuite, cette habitude de remonter 300 ans en arrière dans l’histoire (de la pensée ou des faits économiques) pour remettre en contexte un enjeu immédiat, contemporain et pragmatique. Finalement, son obsession de corriger les erreurs communes (le « Prix Nobel » était une de ses bêtes noires).

Ces traits caractéristiques de sa personnalité se rapprochent de ceux d’un autre géant de l’économie du 20e siècle: Friedrich Hayek, le deuxième grand avec Keynes. On pourrait difficilement trouver plus opposé à la pensée politique de Gilles. Penseur, théoricien et avocat de l’ultra-libéralisme, il avait cependant un souci aigu pour la rigueur intellectuelle, la recherche des sources historiques (s’il avançait une idée ou un concept, il ne s’aventurait pas à les proposer sans au préalable s’être assuré que quiconque ne l’ait fait avant lui, fut-ce un obscur auteur du 18e siècle). Qui plus est, Hayek, comme Keynes et Gilles, détestait que les économistes se prennent trop au sérieux et avait l’habitude de dire que l’économie était beaucoup trop importante pour la laisser aux mains des seuls économistes (Gilles m’en voudrait que je ne retrouve pas la citation, mais il aurait été, également, magnanime en disant que « ça n’est pas quand le feu est pris qu’il faut sauver les poignées de porte, » expression maintes fois entendue). Incidemment, Gilles avait un respect immense pour la rigueur intellectuelle et la profondeur de la pensée de Hayek – alors qu’il considérait Keynes un peu brouillon.

D’ailleurs c’est une des premières choses qu’il m’ait apprises: étudiant au bacc, politiquement à gauche comme ce professeur que j’admirais déjà, Gilles m’a fait l’éloge, lors de notre première rencontre, de Hayek, pape du néolibéralisme. Surprise et stupéfaction! Mais aussi, admiration et humilité. Cette première rencontre a été marquante parce que j’ai compris (sans avoir le recul pour le nommer) que Gilles était un très grand professeur et pédagogue. Autant son implication dans la Cité fut motivée par de nobles sentiments de justice, autant son rôle de professeur, qu’il a tenu jusqu’au dernier moment, m’apprend-on sans surprise, était celle du devoir, de l’engagement et participait de la vocation. Comme professeur, Gilles imposait un très grand respect, l’un des plus profond et sincère qu’il m’ait été donné de voir. À un point tel que nombreux furent ses jeunes collègues enseignants – néolibéraux, matheux et économétriciens – qui suivirent avec humilité ses cours d’histoire de la pensée économique aux côtés de leurs propres étudiants.

Comme professeur, il me semble qu’il était un passionné plein de retenue et de rigueur intellectuelle, comme l’avait été son engagement politique. Gilles était avant toute chose un homme vrai, complet, érudit, inscrit dans le vivant – un humaniste au sens le plus noble du terme. Il était amateur de bonne chair et de bon vins, un chasseur de gros gibier passionné et profondément respectueux de l’animal (l’entendre relater une partie de chasse au chevreuil nous tenait bien plus en halène que la description d’un match de hockey ou d’une campagne électorale) mais aussi de pêche aux gros poissons (au thon, dans les Caraïbes, notamment) un amateur et fin connaisseur de cinéma et de littérature (il pouvait synthétiser la grandeur de Hemingway en cinq minutes en expliquant le rapport du romancier à la pêche au thon, justement), de Brassens (nombreuses furent nos discussion sur la supériorité de Ferré, que je défendais contre Brassens), que d’opéra. Ah! l’opéra a occupé une grande partie de sa sensibilité. Impossible de lui parler au moment de la diffusion de « L’opéra du samedi » à Radio-Canada, qu’il écoutait religieusement, avec son exemplaire annoté de Tout l’opéra de Kobbé devant lui. J’ai été profondément attristé cette semaine d’apprendre que « Devenu très malade, il avait cependant délaissé l’opéra, car ‘à la fin tout le monde meurt, et c’est triste’. » (François Desjardins, « Décès de Gilles Dostaler – La pensée économique perd un géant, » Le Devoir, 1er mars 2011). C’est peut dire que cela signifie qu’il avait abandonné une partie de l’énergie vivante qu’il avait en lui…

« Les meilleurs partent toujours les premiers » avait l’habitude de dire Gilles, lorsque l’un d’entre nous quittait la table du bistrot trop tôt à son goût, plutôt que de siffler un dernier verre. Tu n’auras jamais eu raison à ce point, cher Gilles. Adieu! Ta famille, tes amis, tes confrères, tes étudiants te manques – tu manques déjà à des centaines de personnes. Mais nous conserverons en nous le supplément d’âme et d’humanité que tu nous as légué, cet esprit de finesse et cette passion pour les hommes et leurs idées…

* Il a dirigé, par ex., avec son collègue et ami Gilles Bourque, Socioalisme et indépendance (Boréal, 1980), puis La crise économique et sa gestion (Boréal, 1982) ou, avec Michel Beaud, Investissement, emploi et échanges internationaux (ACFS, 1988), entre autres ouvrages.

Et on se demande pourquoi on a des problèmes en éducation…

Une amie m’a refilé cette perle de jargon bureaucratique, tiré d’un document du ministère de l’Éducation du Québec, citée dans un article du Soleil de Québec:

Le Comité-conseil apprécie le rehaussement du contenu de formation des programmes d’études et croit que la progression des apprentissages peut suivre l’évolution des concepts, tout en évitant le retour à un contenu descriptif très détaillé. À son avis, il s’agit de trouver un juste équilibre favorisant une progression concentrique ou spiralée des apprentissages, dans un contexte de développement des compétences.

Après ça on se demande pourquoi notre belle jeunesse est mal formée et pourquoi les enseignants pètent les plombs…

Épidémie de décrocheurs aux États-Unis

Le décrochage scolaire est une plaie de nos sociétés occidentales. On sait que le Québec est la province championne du décrochage, comme le révélait il n’y a pas très longtemps une étude de Statistique Canada. Et le problème est de plus en plus grave; en 2008, c’était 29% des jeunes du secondaire qui ont quitté l’école; près d’un élève sur trois! Chez les garçons, 35%, soit plus de 1 sur 3… À un point tel que le gouvernement du Québec a du se doter d’une Stratégie d’action jeunesse 2009-2014 pour combattre le décrochage.

Ses effets néfastes sont évidents: possibilités professionnelles limitées, précarité, exclusion, la liste est aussi longue que douloureuse pour les décrocheurs. C’est la même chose pour l’ensemble de la société.

Les causes du décrochage sont multiples et structurelles. On ne décroche pas par hasard. L’étude de Statistique Canada démontre que la pauvreté est un des facteurs explicatifs les plus importants, sinon le premier: à Westmount, le taux de décrochage n’est que de 6% alors qu’il dépasse les 40% dans les quartiers les plus pauvres de Montréal.

Une étude récente aux États-Unis démontrent que le facteur ethnique est aussi très important pour expliquer le décrochage. Bien entendu, pauvreté et ethnicité sont fortement reliés. Cela étant dit, cette étude nous apprend que dans certains états, le taux décrochage dépasse les 50%, voire 60% chez les noirs, les hispaniques et les autochtones. C’est non seulement l’avenir de communautés entières qui est hypothéquées, mais des millions d’hommes et de femmes qui se retrouvent dans un cul-de-sac pour le reste de leur vie.