Quelle suite politique au printemps québécois ?

J’ai été invité, le 22 septembre, à l’émission Le Grain de sable de la radio indépendante de Québec CKRL pour réfléchir aux suites politiques et économiques des élections québécoises. Cette entrevue portait notamment sur un article que j’ai écrit pour le magazine français les Inrocks au lendemain de l’élection du gouvernement minoritaire du Parti québécois, le 4 septembre dernier.

 

On peut écouter l’entrevue sur le site de l’émission – elle débute à 9 min. 55 sec. et on peut entendre l’économiste Dominique Plihon en deuxième partie d’émission.

Abécédaire pour le temps présent

NB: ce texte a été publié originellement le 16 septembre 2012 sur le site du Voir.

 

Le 5 septembre dernier inaugurait le début d’une période importante pour le Québec. Après le mouvement des carrés rouge du printemps, après les casseroles, après la grève étudiante, après l’amère campagne électorale, après le résultat mi-figue, mi-raisin des élections – après tout un brassage d’idées et d’émotions, débute le véritable travail vers une transformation sociale en profondeur.

J’ai été invité, à la soirée électorale du 4 septembre dernier, sur la scène du La Tulipe au Show Rouge – réunissant les principaux acteurs du mouvement printanier. J’y ai présenté, en dialogue avec Jean Barbe, un abécédaire de notre printemps. Nous visions tous les deux à souligner le chemin parcouru depuis le début de la grève étudiante en février dernier. Mais plutôt qu’un abécédaire du temps passé, je préfère y voir un abécédaire du temps présent. Ce présent que nous avons réappris à construire, jour après jour – et dont je souhaite du fond du cœur la poursuite vers un futur à la recherche du juste, du beau et du vrai.

Voici donc mon abécédaire pour le temps présent, un peu potache, plein de mauvaise foi, mais aussi plein de souvenirs et d’espoir.

 

Aussant – parce que c’est un des seuls économistes qui porte le carré rouge avec fierté; parce qu’on s’est reconnus et qu’il nous a reconnus, aussi.

Baloune – parce qu’il ne faut pas que les élections pètent notre baloune. Que demain doit continuer le combat pour plus de justice, plus de vérité et plus de beauté.

Câlisse – comme dans « on s’en câlisse de la loi spéciale ». Parce qu’on s’en câlisse encore.

Dehors – comme dans « marcher dehors ». Parce que la rue, c’est là où il y a du monde. Du monde qui va travailler, qui va retrouver son chum pis sa blonde, qui va rêver à un monde meilleur.

Élections – tout le temps, des élections: dans la rue, à ta job, à ton marché – tout le temps des élections.

Fraude – parce que la fraude est devenue aussi banale que le commerce légitime. La fraude de l’argent sale comme celui des idées pourries qu’on tente de nous enfoncer dans la gorge.

Gaspillage – comme dans « combattre le gaspillage ». Parce qu’il n’est pas honteux de « combattre le gaspillage ». Particulièrement celui de nous ressources naturelles, de notre intelligence et de notre crédulité.

Hésitants – parce que des centaines de milliers de Québécois ont cessé de l’être et ont tapoché autant les casseroles que les idées reçues.

Irréversible – parce que ce brassage d’idées et d’espoirs ne se terminera pas demain. Nous avons changé quelque chose, pour toujours.

Justice sociale – parce qu’il est maintenant permis d’affirmer haut et fort qu’on en a un besoin urgent – sans passer pour un barbu socialiste qui sent le patchouli des années ’70.

Kultur – comme dans « Kultur avec un grand K » : parce que la culture d’un peuple, c’est aussi dans les crises qu’elle se forge ; et elle se forge par l’imagination et la créativité, ce dont nous avons à revendre. Que nous avons à donner, en fait.

Lambiner – parce qu’on a démontré qu’on en avait marre de trainer nos savates à l’ombre des pouvoirs usurpés.

Manifestation – parce que manifester, c’est une marche de santé pour aérer les poumons de notre démocratie.

Nudité – comme dans maNUfestation ; parce que trop de gens sont nus, dépouillés de leur dignité. Parce qu’après ce printemps québécois, les empereurs des pouvoirs usurpés sont nus.

Ordre – parce qu’on veut de l’ordre dans notre société. Pas celui de la police, mais celui du peuple. L’ordre écologique, l’ordre créatif, l’ordre de la solidarité entre toutes les femmes et tous les hommes de ce pays.

Punk – parce que je suis un économiste punk. Parce qu’un punk se reconnaît dans le mouvement des carrés rouges : un punk ça se méfie de tous les pouvoirs institués, un punk ça se gosse une révolution avec ses chums, un punk ça se forge ses idées en disant un gros « fuck you » aux idées en canne.

Querelle – parce qu’on aime pas ça, la chicane au Québec… mais les carrés rouges, on aime la querelle, le débat, la joute, le choc des idées…

Rue – comme dans Jean Charest qui dit que ça n’est pas la rue qui va influencer les décisions du gouvernement… Euh, oui.

Sornettes – parce qu’on en a tellement entendu, des sornettes, des bêtises, des mensonges, des idioties qu’on en est rendus sourds et qu’on ne peut maintenant qu’entendre ce qui sonne juste à nos oreilles.

Télévision – comme dans : « la révolution ne sera pas télévisée ». Parce qu’on aime d’amour CUTV.

Universel – parce qu’il ne s’agit pas d’une lutte isolée d’étudiants enfants gâtés ni de gauchistes énervés et utopistes mais bien de la participation à un mouvement humain universel : celui de la recherche de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Vérité – comme dans : les « vraies affaires », le « vrai monde », les « faits vérifiés ». Ben c’est ça. C’est nous.

Wagon de queue – parce qu’on en notre char d’être dans le wagon de queue d’une démocratie libérale gangrénée par l’appât du gain, le saccage de la beauté et l’abus de pouvoir.

Xénophobe – parce que nous dénonçons la xénophobie dont font preuve trop de dirigeants au Québec ; ils ont peur de ceux qui sont de couleur différente qu’eux. La couleur rouge, particulièrement.

Yeux – parce que vous nous les avez ouverts.

Z… plutôt qu’un Z

… l’Alpha et Oméga – parce qu’un abécédaire a l’air de quelque chose de classé, d’ordonné et de figé. Mais un abécédaire c’est aussi la vie imaginée de nos colères, de nos espoirs, de nos rêves. Le mouvement des carrés rouges nous aura appris à réinventer le sens des mots et – surtout – à nous le réapproprier. Ça n’a pas de prix, et ça n’est pas fini.

Les élections québécoises expliquées aux Français

«Les Inrocks», Une du 6 septembre 2012

Au lendemain des élections générales au Québec, le 4 septembre, le magazine français Les Inrocks (le Interview français) m’a demandé une mise en perspective du résultat, compte tenu de la grève étudiante et de la crise sociale que nous avons traversée depuis le mois de février dernier.

Intitulé Québec après les élections : “Du pareil au même ?” j’ai cherché à mettre en lumière ce qui changerait et, surtout, ne changerait pas avec l’élection d’un gouvernement minoritaire du Parti québécois. J’y prétends essentiellement que les trois grands partis représentés à l’Assemblée nationale (PQ, PLQ et CAQ) se font une féroce compétition pour occuper le centre de l’échiquier politique. Cette idée est reprise dans mon blogue au Voir et dans l’édition papier de la semaine.

On peut consulter l’article des Inrocks sur leur site. Notez qu’il est bourré de fautes – je l’ai écrit rapidement dans la nuit suivant les élections.

(NB: m’a interviewé à l’été au sujet de la crise étudiante dans le cadre d’un article intitulé Printemps érable: la plus cool des révoltes)

Le client a toujours raison

NB: ce texte a été publié originellement le 5 septembre 2012 sur le site du Voir.

 

Une certaine gauche un peu fruste s’obstine à condamner en bloc notre système économique en le qualifiant de « néolibéral. » Ce type de diabolisation ne mène à rien d’autre qu’à une simplification à outrance de la réalité. Car au final, elle ne nomme rien.

Or, l’idéologie soutenant le système économique dans lequel nous vivons est constituée d’un ensemble complexe de partages de pouvoirs, de référents symboliques et, surtout, de discours. Parmi ceux-ci, celui qui éclaire le mieux le résultat des élections générales du 4 septembre au Québec est sans contredit l’obsession managériale.

Au cours des trois ou quatre dernières décennies, le discours propre au management s’est imposé peu à peu dans toutes les sphères de l’activité humaine. Il est possible, en ce début de 21e siècle, d’affirmer sans rire que les jeunes enfants doivent développer leur leadership ou d’évaluer les coûts-avantages – financiers, émotionnels, quand ce n’est pas environnementaux – d’avoir des enfants.

On ne parle pas tant d’économie dans les débats politiques: on y discute des qualités de gestionnaires des partis et élus. Les engagements électoraux ne sont pas tant des propositions de politiques économiques qu’un portefeuille de produits offerts avec les techniques marketing les plus classiques.

Il serait facile de prétendre qu’en votant à près de 60% pour la CAQ et le PLQ, près de deux tiers des électeurs ont voté pour le «néolibéralisme». Il semble plus juste d’affirmer que 90% des électeurs ont voté pour une vision managériale de la politique – en y ajoutant les votes pour le PQ. Car au-delà du fait que les trois principaux partis se distinguent en se situant légèrement à droite et à gauche de notre extrême centre historique, ils n’ont tenté rien d’autre, au cours de cette campagne comme dans leurs plateformes ou l’ensemble de leurs interventions, que de convaincre l’électorat de leur capacité à bien gérer l’appareil étatique ou l’ensemble de l’économie. À être efficace et à offrir le meilleur portefeuille de produits électoraux.

Au final, puisqu’on se situe sur le terrain du management, on cherche à séduire un maximum de clients en offrant la plus large gamme de produits possible. En management, on appelle ça de la segmentation de marché: quelques millions ici pour les familles de la classe moyenne, quelques millions par là pour les entrepreneurs, et ainsi de suite.

L’aboutissement de cette obsession managériale se constate dans un clientélisme politique généralisé.

Même les partis nettement marqués à gauche comme Québec solidaire ne sont pas épargnés par ce zeitgeist. QS propose un bouquet varié de produits politiques qui, comme c’est le cas pour le PQ, la CAQ ou le PLQ, se ramènent à dépenser plus ou moins dans tel secteur ou à imposer plus ou moins tel type de richesse économique.

Arrivé le scrutin, l’électeur se retrouve comme face à un ensemble de catalogues de Noël: fera-t-il ses emplettes chez Sears, Eaton ou La Baie? – pour reprendre des exemples d’un temps presque révolu.

On est loin d’une vision cohérente des politiques économiques. On reconnaît le logo de La Baie à chaque page du catalogue, mais à l’intérieur les produits sont similaires. S’ils se distinguent, ça n’est que très marginalement.

Au risque d’être caricatural, si QS n’a pas réalisé un meilleur score au scrutin, c’est que l’évaluation des électeurs à l’égard de son programme électoral passe par la même grille d’analyse: on y voit plus de dépenses publiques, une allocation des ressources publiques différente et davantage de taxes et d’impôts. Pas une vision du monde, pas un projet de société.

Un des rares partis à faire exception à cette règle est peut-être Option nationale, qui propose un programme politique basé sur de grandes orientations stratégiques en matière de développement politique davantage que sur un catalogue de produits cherchant à satisfaire le client.

Outre les questions de notoriété et de visibilité médiatique, malgré la présence de Françoise David au débat des chefs et des campagnes tous azimuts de la part de QS et de ON, les lendemains de veille des deux partis de gauche du Québec seront difficiles. Ils n’ont récolté à eux deux que 346 000 voix – ON n’ayant reçu que 28 000 bulletins de plus en sa faveur que ceux qui ont été rejetés. Dans cette recherche du gestionnaire le plus efficace et qui en donne plus pour son argent au client, QS fait peur parce qu’il veut dépenser et taxer davantage et on perçoit ON comme un bon vendeur sympathique mais qui ne nous parle pas de ses produits ni de leur prix.

Dans l’ensemble, nous sommes coincés, au Québec comme ailleurs, dans cette logique de gestion et de marketing. Ça n’est donc pas tant au « néolibéralisme » triomphant que près de quatre millions d’électeurs ont accordé leur vote. Pas étonnant que le vote se soit réparti de manière aussi égale entre les trois finalistes: entre les catalogues Sears, Eaton et La Baie de mon enfance, il y avait peu de différence. Et les trois magasins se partageaient le marché à peu près équitablement. Ainsi en est-il du PQ, du PLQ et de la CAQ.

Électoralement déboussolé

NB: ce texte a été publié originellement le 25 août 2012 sur le site du Voir.

 

La boussole électorale est un gadget sympathique. On le présente comme un « outil éducatif » qui permet d’en apprendre davantage sur les plateformes des partis politiques.

Cependant, il me laisse à cet égard dans un état d’esprit plutôt dubitatif. Toute initiative visant à aider les électeurs que nous sommes me semble a priori louable. En revanche, ce questionnaire succinct participe également de ce qui nourrit la dérive de notre vie démocratique et le cynisme qui est sous-jacent: la sur-simplification des problèmes et des solutions, l’engagement politique à la carte, l’absence de délibération, personnelle et publique.

On l’a assez répété, moi le premier: une élection générale n’épuise pas la totalité de la vie politique d’un peuple. Mais elle en constitue tout de même un moment décisif qui ne devrait pas se régler en répondant à quelques questions primaires.

Heureusement, médias et organisations diverses ont proposé au cours de cette campagne électorale de nombreux outils comparatifs des programmes des partis politiques en plus, surtout, de sources de réflexions pour permettre aux électeurs de mener une « délibération » personnelle un peu plus approfondie. Sans être exhaustif, j’ai fait l’exercice de relever ceux qui me semblent les plus complets ou originaux et qui me plaisent bien:

  • Le Devoir a développé un « comparateur de programmes » qui recense par grandes problématiques et les divers engagements des cinq principaux partis; important bémol: il ne permet que de comparer que trois partis à la fois, ce qui est incompréhensible.
  • Dans le même ordre d’idées, la CADEUL (Confédération des associations étudiantes de l’Université Laval) et la CSQ (Centrale des syndicats du Québec) ont produit des tableaux comparatifs fort bien faits, bien qu’ils soient (légèrement) teintés par la position idéologique qu’ils représentent.
  • Notons qu’il soit déplorable que la CSQ ne s’intéresse ni à ON ni au PVQ et que la CADEUL omet quant à elle le PVQ, ce qui est plutôt étonnant de la part d’organismes se proclamant comme « progressistes. » On pourra compenser en consultant ce tableau produit par Greenpeace Canada sur les enjeux écologiques des principaux partis, y compris le Parti conservateur du Québec (allez-y voir, c’est très instructif à cet égard).
  • La section « blogues » du Journal de Montréal propose une section spéciale qui offre, à l’étonnement de plusieurs, un foisonnement d’opinions couvrant l’ensemble des points de vues les plus diversifiés qu’on ait vu dans un seul média depuis des lustres. Malheureusement, il est un peu difficile de s’y retrouver tant la quantité de textes publiés y est grande.
  • J’aime également la section « Épreuve des faits » de la section spéciale du site de Radio-Canada qui passe au crible de la vérité ou de la faisabilité les affirmations ou le réalisme des engagements électoraux. On doit toutefois déplorer la mince place accordée aux partis tiers (QS, ON et le PVQ).
  • Un autre coup de mes coups de cœur va à la « Maison des candidats » du magazine L’Actualité, qui, sous forme de blogue, donne la parole à différents candidats des cinq principaux partis (excluant, là également, le PVQ). Les analyses de Alec Castonguay, de Chantal Hébert et de Josée Legault sur ce même site me paraissent également parmi les plus approfondies et éclairantes de la présente campagne.
  • L’animateur de RDI-Économie Gérald Fillion, a compilé dans son blogue les nombreux (c’est le moins qu’on puisse dire) engagements des différents partis en matière économique. Le caractère « liste d’épicerie » de ces différents billets est probablement en soi une belle illustration du type de campagne électorale que nous connaissons depuis trop longtemps…
  • Pour ceux qui désireraient s’informer à la source, voici la liste des plateformes et programmes des principaux partis:Coalition Avenir Québec
    Option Nationale
    Parti Libéral du Québec
    Parti Québécois
    Parti Vert du Québec
    Québec Solidaire

    … auxquels j’ajoute la Coalition pour la constituante.

  • Notons que le Directeur général des élections fournit toutes les informations pratiques et pertinentes sur les élections, sur le site Mon Vote.
  • Finalement, un citoyen a mis en ligne un outil pour diffuser les attentes des électeurs.

Encore une fois, cette liste de sources est loin d’être exhaustive. Si vous en aviez d’autres à suggérer, n’hésitez pas à le faire dans les commentaires ci-dessous. Mon seul souhait est que nous puissions tous être un peu moins électoralement déboussolés…

(Mis à jour le 26 août à 19h50.)

Le chemin est meilleur que l’auberge

NB: ce texte a été publié originellement le 19 août 2012 sur le site du Voir.

 

Nous avons passé l’étape de la mi-campagne électorale. La « vraie » campagne commencera demain, probablement, après le débat des chefs télévisé « officiel. »

Malgré cela, plusieurs se désolent déjà de la piètre qualité des échanges – qui ne serait même plus au ras des pâquerettes, mais à un niveau infra-lithosphérique. Pareillement, plusieurs d’entre nous qui croyons que la crise sociale allumée par la grève étudiante à la fin de l’hiver est potentiellement porteuse de changements constructifs et profonds pour notre vie en commun perdent espoir qu’il puisse résulter autre chose d’un scrutin aussi banal que les autres, au terme duquel nous n’en conserverons qu’un vague sentiment de lendemain de veille ou de celui d’une vie qui continue sans que rien n’ait, au fond, bien changé.

Un peu partout on discute de l’intérêt de voter « stratégique, » de voter avec ses convictions, d’annuler son vote – sinon de s’abstenir. Les arguments de part et d’autre sont étoffés. La discussion, sérieuse.

Contexte oblige, l’actualité des conversations se concentre ces jours-ci presque essentiellement sur l’issue du scrutin du 4 septembre. À cet égard, les discussions sur le vote « stratégique, » de « conviction, » blanc ou inexistant semblent bien légitimes.

Pourtant, on soulignait encore récemment à grands traits que la vie démocratique ne se réduisait pas à une élection, que manifester dans la rue, prendre la parole dans une assemblée citoyenne, faire mille et un choix à titre de consommateur, de travailleur, de citoyen, constituent des gestes qui participent, eux aussi, de la vie démocratique, bien davantage, en réalité, que l’exercice ponctuel du droit de vote.

La vie politique ne se dissout pas dans une transaction qui se conclurait dans l’isoloir, un après-midi tous les quatre ans. La démocratie n’est pas l’échange de quelques heures de notre temps à écouter le débat des chefs en contrepartie de notre appui offert à un candidat ou à un parti, à l’instar de l’échange de quelques pièces de nickel contre une livre de carottes à l’étal du marché.

Il importe, à mon sens, de répéter que le chemin est meilleur que l’auberge. D’affirmer que ce qui se discute, du pire au meilleur, dans l’autobus, autour de la machine à café ou sur les médias sociaux avant, pendant ou après la campagne électorale participe bien davantage de la vie démocratique que ne l’est l’exercice du droit de vote.

Au lever, mercredi le 5 septembre prochain, un grand nombre d’électeurs québécois seront déçus du résultat. Par définition. Accepter avec respect le verdict des urnes, quel qu’il soit, est une chose. Se résigner à se taire, comme si la messe était dite et que le dialogue politique était clos, en est une autre – inacceptable, celle-là.

Celui qui choisit de se replier dans le silence s’exclut lui-même de la vie démocratique et s’asservit ainsi à l’aphasie étouffante des proverbiales majorités silencieuses.

À mes amis qui d’emblée baissent les bras devant l’issue du scrutin, une quinzaine de jours à l’avance, anticipant le statu quo, je les appelle à ne pas se taire le 5 septembre. À poursuivre les nouveaux modes de dialogues communs que nous avons découverts collectivement au cours des derniers mois. Il faudra les réinventer, les approfondir, les transformer – bien entendu. Cela n’est pas une question de devoir civique : c’est plutôt une chance historique à saisir. Une rare opportunité que nous avons de pouvoir bricoler de nouvelles manières d’être ensemble.

Ce qui ne signifie pas, loin s’en faut, qu’une élection générale n’ait aucune importance ni signification. Elle demeure un rite démocratique essentiel : le rituel de la liberté. Un événement qui nous rappelle, à chaque fois, la liberté politique que nous avons – qui dépasse largement la possibilité, importante, d’élire nos représentants.

Un rituel, l’exercice d’un pouvoir réel et symbolique, qui ponctue le paysage du chemin commun que nous suivons dans notre vie politique.

Dans l’histoire de notre communauté, de notre nation et de notre humanité, que nous fabriquons tous les jours, ce chemin sera toujours meilleur que l’auberge – puisque cette dernière n’existe pas. Il n’y aura ni Grand Soir ni déjeuner au petit matin, à cette auberge. Se désespérer à l’avance de l’issue du scrutin du 4 septembre prochain est aussi vain qu’espérer qu’il transforme comme par magie le monde dans lequel nous vivons. Les 40e élections générales seront un événement démocratique qui s’insère dans un bien plus vaste ensemble de délibérations et de dialogues communs. Qui se poursuivront au matin du 5 septembre, lendemain de veille ou non.

Une observation banale qui, pourtant, me semble essentiel de répéter tant le niveau de découragement anticipé est grand, malgré l’espoir qui a précédé ces belles journées d’été.

 

Ce qui dépend de nous

NB: ce texte a été publié originellement le 5 août 2012 sur le site du Voir.

 

Les économies occidentales font face à des turbulences potentiellement historiques. Tout indique que plusieurs pays européens sont déjà entrés en récession et la situation aux États-Unis n’est pas reluisante. Ajoutons à cela une baisse marquée de la croissance des nouveaux géants comme la Chine, le portrait n’est pas rose.

Je prétendais ici même il y a quelques semaines que les économies mondiales connaissent une crise économique systémique et profonde. Je proposais dans ce même texte des orientations générales pour l’avenir des politiques publiques.

Maintenant que nous sommes en campagne électorale, la question est : qu’est-ce qu’on peut faire, concrètement ? À quels problèmes devons-nous nous attaquer en priorité ?

À mon sens, les cinq principaux défis économiques du Québec à moyen et long terme sont les suivants :

1.- Fractures sociales et économiques. Environ la moitié de la population adulte québécoise est analphabète fonctionnelle (éprouve des difficultés de lecture). Nos taux de diplômation sont désastreusement bas. Les inégalités économiques se creusent ici aussi. Les effets purement économiques de cette situation sont désastreux : l’exclusion d’une large partie de la population de la vie économique privera le Québec d’un potentiel de production économique digne de ce nom.

2.- Tissu industriel éclaté et exploitation non valorisée des ressources naturelles. Ces deux problèmes importants sont inter-reliés. Le Québec économique des 40 dernières années s’est développé en partie grâce à l’hydro-électricité qui a fait naître autour d’elle de nombreuses industries (génie, alumineries, nombreux secteurs technologiques). Nos politiques publiques ont oublié cette leçon, semble-t-il. Le soi-disant Plan Nord ne prévoit à peu près aucune mesure pour valoriser les ressources minières (et on ne parle pas des retombées directes dans les communautés ni des impacts environnementaux). On s’entre-déchire sur les redevances minières alors que le vrai problème c’est l’intégration à l’ensemble de la filière métallique. Extraire du minerais, même avec les plus grandes redevances au monde, sans valoriser et créer tout un écosystème économique autour relève d’une vision suicidaire du développement économique

3.- Innovation et créativité sous-développées. On se targue de l’importance de la créativité québécoise alors que nos investissements en recherche-développement sont à des niveaux désastreux. Notre capacité à innover, à créer des entreprises créatrices et à valoriser les arts et les sciences nécessite encore, et plus que jamais, un sérieux coup de barre.

4.- Finances privées et publiques plombées. L’endettement privé et public est catastrophique ici comme ailleurs. Les caisses de retraites menacent d’imploser. L’évasion fiscale de toute nature représente l’équivalent du déficit annuel du gouvernement du Québec. Un redressement majeur est nécessaire et inévitable.

5.- Les modèles alternatifs de développement économique, qui constituent, à mon sens, l’avenir de nos  sociétés, demeurent les enfants pauvres du Québec, alors que de nombreux pays (notamment en Europe du Nord et en Allemagne mais aussi en Amérique latine) les développent à grande vitesse. J’entends ici autant les coopératives, les industries vertes que l’innovation sociale au sein des communautés.

Au cours de la campagne électorale, je me pencherai sur ces cinq enjeux majeurs et j’examinerai les programmes électoraux des partis en fonction d’eux.

En matière de politiques économiques, nous devons nous concentrer sur ce qui dépend de nous, pour détourner l’expression d’Épictète. Croire qu’il est possible de contrer des puissantes tendances hors de notre contrôle est vain et constitue un gaspillage d’énergies précieuses. Mais je considère que sur ces cinq enjeux, l’État québécois peut à la fois agir et favoriser l’action dans les communautés. Cela nécessitera, en revanche, beaucoup d’imagination et une grosse dose de courage politique.

Une élection générale vise à choisir celles et ceux que les citoyens considèrent les mieux placés pour diriger le gouvernement, c’est-à-dire, au fond, choisir les meilleurs moyens pour régler nos problèmes communs. Mais aussi celles et ceux qui proposent une vision globale de notre société et de ses problèmes. Choisir, en quelque sorte, à la fois ceux qui émettent le meilleur diagnostic et, conséquemment, proposent les meilleurs remèdes.

Un gouvernement n’est pas qu’un simple « gestionnaire » de la chose publique : il doit être représentatif, justement, des préoccupations de ses commettants et donc d’abord offrir une vision des défis auxquels nous sommes confrontés.

Je serai donc aussi attentif à l’évaluation que font les différents partis de nos problèmes actuels qu’à la vision d’avenir qu’ils proposeront.

Trésor public

NB: ce texte a été publié originellement le 1er août 2012 sur le site du Voir.

 

Discours devant les amis de NOUS ? pour une soirée préélectorale
le 31 juillet 2012 au Bar A à Montréal.

 

Tu te lèves le matin pour aller travailler. En voiture, tu passes pas loin de la chapelle de Sainte-Rose-de-Lima à Sainte-Rose-du-Nord, bâti du bois de ton coin de pays, riche de cet autel fabriqué d’un seul tenant d’une tranche d’arbre centenaire. Glorieuse chapelle qui domine le fjord avec humilité.

Tu te lèves le matin pour aller au bureau de chômage. En autobus, tu passes devant le Cégep de Sherbrooke et tu te rappelles qu’il n’y a pas si longtemps encore tu écoutais le professeur Simard te raconter la poésie des Antilles et du Québec.

Tu te lèves le matin, tu prends le métro pour aller faire tes heures de serveuse dans un hôtel du Vieux-Montréal, avant la reprise de ta session de cours à l’Université. Tu es maussade ce matin, mais en débarquant à la station Champ-de-Mars, la lumière qui traverse les vitraux de Marcelle Ferron t’apaise un peu.

Tu es travailleuse, tu es chômeur, tu es étudiante et tu te lèves en ce matin du 1er août 2012 en pensant à toutes ces choses précieuses et belles qui t’entourent. Ton premier ministre annoncera aujourd’hui, quand toi tu seras occupé à faire ta vie, que des élections auront lieu dans 34 jours.

Le Grand Cirque Sérieux va commencer. Entre promesses et menaces se faufileront de lancinantes idées creuses. Celles de la responsabilité, de la gouvernance, de la bonne gestion des affaires publiques, du déficit, de la crise économique, de la productivité, de l’innovation – de l’avenir des générations futures, pirouette rhétorique faisant office de grandeur intellectuelle.

On va t’en parler sans jamais le nommer. On va afficher son air sérieux, son sens des responsabilités et son impeccable cravate pour te convaincre que ce parti, ce chef, cette équipe sont les meilleurs pour gouverner le Québec. On ne te dira jamais le rôle véritable que devraient avoir ces politiciens une fois élus, une fois qu’il sera décidé qu’ils te représenteront à l’Assemblée nationale : celui de prendre soin du Trésor public.

Le Trésor public.

C’est un vieux mot très précieux. Il existe, de diverses manières, dans toutes les sociétés, de tout temps. Les monarchies se l’appropriaient comme leur bien propre – puisqu’il l’était.

Nos ancêtres révolutionnaires, en Angleterre, en France, aux États-Unis d’Amérique ou ailleurs ont sacrifié leurs vies, leur sang et souvent leurs privilèges afin que ce Trésor soit véritablement public ; c’est-à-dire l’affaire de tous et non celle de quelques privilégiés.

Tu es travailleur, chômeuse, étudiant et tu es la génération future à laquelle pensaient tes ancêtres révolutionnaires qui ont désiré pour toi la démocratie véritable. La démocratie qui repose sur un principe fondamental : la souveraineté complète et inviolable du peuple sur la gestion des affaires publiques. Tu es l’héritier, tu es l’héritière de ce devoir moral supérieur : prendre soin du Trésor public.

Et tu reviendras à la maison après ta journée. Tu ouvriras la télé et tu entendras pendant un long mois ces dames et ces messieurs à l’air sérieux qui essaieront de te convaincre qu’ils sont les meilleurs pour s’occuper du Trésor public.

Mais ils ne te parleront pas du Trésor public. Ils te diront qu’ils sont les mieux qualifiés pour gérer l’appareil d’État, qui doit être aussi efficace qu’une entreprise commerciale. Ou qu’ils ont le plus de sagesse pour assurer l’ordre social, comme un bon père de famille. Ou encore qu’ils ont des bibliothèques complètes d’analyses et de théories écrites par des armées de spécialistes pour mettre en place les programmes sociaux et économiques les plus modernes.

Et toi tu te diras : « Eille, chose ! T’es pas le boss de ma shop, ni mon père, ni mon gérant de banque! »

Et tu te rendras compte, encore une fois, que ceux et celles qui désirent avoir la job ne te parlent pas vraiment de ce qui compte pour toi : prendre soin du Trésor public.

Notre société, notre Québec, a un urgent besoin de poésie et d’humilité dans la gestion des affaires publiques.

Je suis un spécialiste du développement économique et je prétends que le principe fondamental qui doit guider nos décisions économiques est la préservation de la beauté, de la connaissance et de la justice.

C’est cela, prendre soin de notre Trésor public.

Avec sensibilité poétique et avec humilité.

Deux cris déchirants de poètes traversent l’histoire du Québec depuis quarante ans. Celui de Claude Péloquin qui nous crache au visage, au Grand Théâtre de Québec : « Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves ! » Et celui de Huguette Gaulin qui, avant de s’immoler et de mourir à l’âge de 28 ans sur la place Jacques-Cartier à Montréal, avait hurlé: « Vous avez détruit la beauté du monde! »

Deux cris de poètes que nous avons étouffés sous un paternalisme, une pensée managériale et un arrivisme aussi petits qu’intéressés.

Tu regarderas la télé et tu souhaiteras que ces hommes et ces femmes qui désirent être élus entendent l’écho de ces hurlements. Qu’ils se présentent avec modestie comme des gardiens farouches de notre Trésor public. Qu’ils soient convaincus que l’organisation démocratique de la société est d’abord de préserver avec la dernière énergie la beauté, la connaissance et la justice.

Pas de t’endetter, ni de détruire, ni de prétendre détenir la vérité. Pas de décider à ta place, mais décider pour toi. Pas de gérer, mais de gouverner.

Si ils et elles pouvaient te démontrer que c’est là ce qui anime chacune de leurs décisions, tu te lèverais tout de même tous les matins et ta vie ne serait pas plus facile, comme par magie. Mais tu serais confiant qu’on prend soin de ton héritage, de ton trésor – de notre Trésor public.

D’ici là, je serai avec toi, vigilant et exigeant. La démocratie n’est pas une idéologie ni un slogan publicitaire. C’est toi et moi qui avons le pouvoir de nous assurer qu’on prend soin de notre Trésor public.

Je suis outré

Depuis lundi soir, alors que les résultats électoraux confirmaient le raz de marée néo-démocrate au Québec, on lit sur Facebook, Twitter et autres médias sociaux, des propos désobligeants et outrageants sur les élus du NPD. La « surprise » d’aucuns de voir l’élection de 58 députés NPD au Québec est telle que, dans leur réveil brutal, ils ont trempé leur plume dans l’encre acide du mépris. Passe encore qu’une tête brûlée inconnue dise des horreurs sur un candidat ou une candidate. Mais quand il s’agit de journalistes chevronnés, travaillant pour de grands médias nationaux, ou encore des militants en vue de partis « perdants, » les bornes sont dépassées sur de grandes largeurs.

Je concède aisément:

a) qu’il y ait eu des candidatures douteuses et des « poteaux » comme il y en a dans tous les partis et à toutes les élections, a fortiori lors de vagues comme celle-ci; et de même, que certains propos déplacés voire inacceptables soient prononcés aux lendemain des élections – aucun parti n’est vierge de telles dérives;

b) que certains partisans et militants des trois autres partis qui ont connu une dégelée aux élections soient déçus, frustrés voire en colère, et qu’ils l’expriment;

c) qu’une vague comme celle-ci fasse en sorte qu’il y ait un nombre important d’élus sans expérience politique.

Mais je trouve tout à fait outrageant qu’on s’acharne contre cette pauvre jeune femme élue dans Berthier (22 403 ont voté pour elle) ou l’unilinguisme de l’autre, la méconnaissance du comté d’un troisième ou la participation à une émission de téléréalité, plutôt que de parler du talent de la vaste majorité des autres élus. Encore plus lorsque cela est le fait de personnalités publiques en vue.

Mais surtout, surtout, je trouve déplorable et dérangeant qu’on s’acharne à faire le portrait du peu d’expérience politique de nombreux élus, peu importe leur âge. Voyons donc! Doit-on avoir de l’expérience parlementaire pour être élu? C’est un non sens. Comme je l’écrivais hier, nous élisons des représentants, et surtout une équipe de représentants, qui portent des valeurs et une vision qui nous plaisent. Heureusement, à la fois François Cardinal et Lysiane Gagnon ont signé deux papiers ce matin dans La Presse qui remettent les pendules à l’heure et font la démonstration qu’il y a de nombreux élus de très grande qualité au sein de cette équipe.

De plus, elle est où, la surprise, qui nourrit ainsi ces dérives? On s’attendait à quoi les trois dernières semaines de campagne alors que tous les sondages montraient la hausse soutenue et accélérée des intentions de vote au NPD? Plusieurs projections de sièges le démontraient également, comme je l’ai rapporté.

Au-delà des sondages, n’a-t-on pas constaté que les taux de votes québécois au NPD aux cinq dernières élections générales sont en hausse et en accélération constante ? Aux élections de 1997 et 2000, le NPD récoltait à peine 2% des votes au Québec. En 2008, déjà 12,2%. Pendant ce temps, les votes pour le Bloc étaient en chute libre, comme le montre le graphique suivant.

Bien sûr, le nombre de sièges obtenus par le NPD est impressionnant. Mais de là à prétendre qu’il s’agit d’un coup de tête des Québécois qui ont fait élire une bande d’incompétents, un soir d’ivresse, il y a une marge. Je suis outré par ces comportements qui sont indignes d’une grande démocratie comme la nôtre. Ils puent la mesquinerie et l’esprit de vengeance les plus bas, dignes d’un comportement dictatorial que souvent leurs mêmes auteurs attribuent à Stephen Harper.

Un vote de protestation, vraiment?

Plusieurs analystes voient dans l’historique « vague orangée » de l’élection d’hier, au Québec, un vote de protestation. Jean-François Lisée, parle, ce matin, d’un besoin d’air, de sortir du statu quo. Il y a une part de vérité là-dedans, mais cette « analyse » est trop courte. Protestation, peut-être, mais le rejet du Bloc Québécois autant que du Parti Libéral au profit du NPD représente certes un rejet spectaculaire des soi-disant « vieux partis, » mais à mon sens surtout parce que les électeurs n’ont pas entendu dans les discours de ces deux partis un écho à leurs préoccupations profondes, contrairement au NPD.

Caricature d’Aislin dans la Gazette (Montréal), ce matin.

Au début de la campagne électorale, Angus Reid a publié un sondage dessinant un portrait des préoccupations des électeurs. Le tableau suivant présente les principales préoccupation de l’ensemble des Canadiens et des Québécois.

Préoccupation Canada Québec
Pauvreté 17% 26%
Déficit 21% 23%
Impôts 17% 20%
Chômage 16% 16%

Je ne prétendrai pas que les Québécois ont choisi sciemment un parti de gauche. A fortiori compte tenu du fait que plusieurs circonscriptions sont passées du parti Conservateur au NPD. Cependant, je suis persuadé que ces préoccupations importantes pour la précarité, tant personnelle que collective, mises en lumière dans ce sondage, sont un facteur explicatif fondamental du vote pour le NPD.

Le vote a toujours été et sera toujours émotif. On élit un candidat, un parti, un chef, parce qu’on fait confiance en leurs discours, parce qu’on s’identifie à l’image qu’ils projettent autant qu’à leurs idées. Est-ce mal? Que nenni! Il s’agit là du principe fondamental de la démocratie représentative, qui subit depuis des décennies un désengagement dangereux.

Car la démocratie représentative repose sur un principe simple: élire des gens qui nous représentent pour prendre des décisions à notre place. Élire un représentant n’est pas voter pour une liste d’épicerie, c’est voter pour des hommes et des femmes qui partagent notre vision de l’avenir, à tout le moins des quatre ou cinq années de leur mandat.

Est-ce que 1,6 million de Québécois (sur 3,8) ont voté uniquement par frustration, comme le notent de nombreux « analystes » aujourd’hui? Allons, bravo pour le paternalisme! Ces électeurs n’ont pas trouvé écho à leurs préoccupations dans les discours du parti Libéral ni du Bloc, ni du PCC. Point. Et ont demandé au NPD de représenter ces préoccupations à Ottawa. Point.