L’humain et l’animal: éthique, esthétique et violence

"Torpeur" © Karine Turcot 2011

Dans le cadre de l’événement « Animalités » (informations sur les activités, ici) un événement croisant les arts visuels et la réflexion sociale, éthique et esthétique, un atelier est proposé au cours duquel des conférenciers issus d’horizons divers présenteront un point de vue original sur les question de la relation de l’humain à l’animalité (la sienne et celle des autres animaux) autour des notions d’éthique, d’esthétique et de violence. Par la suite, les participants seront invités à discuter des idées présentées par les conférenciers.

Élise Desaulniers : « DES LARMES DE CROCODILE: DES ÉMOTIONS ANIMALES? »

Auteure, conférencière et blogueuse, sensibilise le grand public à tout ce qui touche à l’éthique alimentaire. La santé et les conditions de vie et de mort des animaux sont au centre de sa réflexion. Elle vient de publier Je mange avec ma tête chez Stanké.

Martin Gibert : « TROIS RAISONS MORALES DE SE SOUCIER DES ANIMAUX »

Chargé de cours en éthique et en philosophie du droit à l’Université de Montréal où il termine un doctorat sur l’imagination et la perception morale. Il a notamment collaboré au livre de Élise Desaulniers et a prononcé plusieurs conférences sur le sujet.

Ianik Marcil : « MANGER DE L’ANIMAL MORT: VIOLENCE ET ESTHÉTIQUE DU SUPERMARCHÉ »

Économiste indépendant, conférencier et conslutant, s’intéresse aux concepts de violence économique et culturelle, et aux interrelations tissées entre la symbolique, le marché et la création. Il écrit régulièrement sur les enjeux politiques et économiques arts visuels.

Karine Turcot : « LA QUÊTE IDENTITAIRE ET LE FRAGMENT ANIMAL »

Artiste multidisciplinaire s’intéressant au mouvement et aux définitions des catégories de perception ; elle utilise des fragments de cadavres animaux afin de fabriquer des hybrides à la fois morbides et ludiques, dans le but de pervertir et questionner ces définitions.

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer : « ÉTHIQUE ANIMALE ET ART CONTEMPORAIN »

Philosophe et juriste, chercheur au Centre for Human Rights and Legal Pluralism de McGill, il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Éthique animale (PUF, 2008), Textes clés de la philosophie animale (Vrin, 2010) et L’éthique animale (PUF, « Que sais-je » 2011).

Galerie Nowhere, 1269 rue Amherst, Montréal (métro Berri), dimanche 16 octobre, 13h30 à 15h30.

Page Facebook de l’événement.

Manger sans conscience n’est que ruine de l’âme

Mon amie Élise a commencé à me casser les pieds il y a quelques années avec l’écologie. Je devais faire mon compost sur mon balcon, utiliser des produits nettoyants « verts » qui ne nettoient pas et acheter des légumes bio tout rabougris. Quelques années plus tard, elle passe à la vitesse supérieure et devient végétarienne, puis végétalienne et continue son entreprise de cassage de pieds avec la souffrance animale et l’industrialisation de l’agriculture.

Non contente de m’avoir comme victime, elle a sorti l’artillerie lourde il y a deux ans en commençant à alimenter un blog sur les questions relatives aux conséquences de l’alimentation, Penser avant d’ouvrir la bouche accompagné d’une page Facebook comptant près de 6000 « fans » et d’un compte Twitter comptant près de 1500 abonnés. Le point d’orgue de cette vaste entreprise de propagande sera atteint le 12 octobre prochain lors du lancement de son livre Je mange avec ma tête: les conséquences de nos choix alimentaires.

J’ironise, bien entendu. Élise est tout sauf casse-pieds. Contrairement à nombre de nutritionnistes qui nous donnent envie de manger du McDo trois fois par jour, aux anti-fumeurs, de griller deux paquets de cigarettes dans l’avant-midi ou des végétariens, de manger du sanglier à pleine bouche comme Obélix, Élise a une attitude, une pensée et une plume posées – sans sacrifier à la passion ni à l’enthousiasme ou à la saine colère.

Si je parle du parcours de Élise, c’est qu’elle a écrit son livre au « je. » Nous l’accompagnons, en quelque sorte, dans ses réflexions sur les conséquences de ses choix et de nos choix alimentaires. Car ce livre ne fait rien d’autre que poser cette question:

Trois fois par jour, écrit-elle, nous faisons des choix qui ont des effets sur l’environnement, le bien-être des animaux, la faim dans le monde et la vie de travailleurs. Manger, c’est donc poser des gestes éthique.

Élise nous propose donc de penser avant d’ouvrir la bouche, de manger avec notre tête. D’utiliser notre raison et nos connaissances pour faire des choix éclairés.

C’est la plus grande qualité de son livre, à mon avis: l’auteure en appelle à notre jugement individuel. Son livre nous offre tout sauf des « recettes, » des préceptes dogmatiques à suivre en dehors desquels il n’y aurait point de salut. Élise n’aurait pas été mon amie que j’aurais adoré ce livre pour cela. Il nous offre deux ensemble d’outils: d’une part nombre de concepts et de théories pour nous aider à réfléchir – de manière immensément accessible. D’autre part, des données, chiffrées et documentées, sur les conséquences de nos choix alimentaires, que ce soit sur l’environnement, les travailleurs, le bien-être animal ou notre santé.

L’ambition de ce livre n’est pas de convertir le carnivore (modéré) que je suis, mais plutôt de lui offrir les éléments essentiels à sa réflexion. La suite appartient au lecteur, pas à l’auteure. Car le livre a une rare qualité en ce genre de matière: le pragmatisme. Élise est pragmatique et s’oppose à tout dogmatisme. Élise est végétalienne (elle ne consomme aucun produit d’origine animale, y compris les œufs ou les produits laitiers, par exemple), mais ne me pète pas une crise à chaque fois que je fais un BBQ d’animal mort.

Cette expression, « manger de l’animal mort, » je l’utilise depuis des années. Au-delà de l’effet comique qu’elle provoque, je la trouve importante car elle identifie une réalité qui est souvent occultée par la présentation des produits alimentaires industrialisés que nous retrouvons dans les supermarchés.* C’est exactement ce que nous propose le livre d’Élise: nous présenter la réalité telle qu’elle l’est, sans faire appel à des incantations dogmatiques. À nous, encore une fois, de faire nos choix par la suite.

Modifierons-nous nos comportements lorsque nous y apprendrons que les poules sont élevées dans un système industriel que la fabrication automobile n’a rien à envier d’efficacité? Et que pour y arriver, ces oiseaux sont à ce point déformés qu’ils ne peuvent plus se tenir sur leurs pattes tant leur poids est trop grand? Que les poissons souffrent? Que les ananas que nous avons dégusté avec nos sangrias cet été sont aspergés de pesticides à ce point nocifs que les cueilleurs en perdent leurs ongles? Que pour chaque kg de crevettes pêchées on pêche également 5 kg d’animaux marins qui meurent généralement sur les ponts?

Je mange avec ma tête nous offre donc les outils pour nous permettre de réfléchir à notre consommation alimentaire. En dix chapitres, traitant autant de la souffrance animale, du réchauffement climatique causé par les grandes cultures que du gaspillage éhonté des denrées ou du bio/équitable/local, le livre d’Élise nous rend plus intelligents. Et nous invite à être des citoyens davantage conscients des conséquences de leurs choix.

 * J’ai écrit un petit texte à ce sujet à propos d’une œuvre de mon amoureuse, Karine Turcot, qui, incidemment, fera un vernissage en même temps que le lancement du livre d’Élise, dans le cadre d’une semaine consacrée à notre rapport aux animaux, que nous organisons tous les trois. Les détails seront annoncés bientôt.

Fiche du livre aux éditions Stanké; le livre sera en librairie le 12 octobre.

Élise Desaulniers, Je mange avec ma tête: les conséquences de nos choix alimentaires, Montréal: Éditions Stanké, 264 pp., 29,95$ ISBN 9782760410978

Cynisme, mensonges et publicité

Les publicitaires nous prennent vraiment pour des valises, parfois. Je n’avais pas vu passer cette histoire, somme toute banale: c’est mon amie Élise Desaulniers, qui alimente un blog fort intéressant sur l’éthique de l’alimentation, Penser avant d’ouvrir la bouche, qui me l’a fait découvrir ce matin. Coca-Cola a récemment été condamnée pour publicité frauduleuse au sujet de son « Eau vitaminée » (Vitaminwater) qui n’apporte strictement rien de bon à la santé (et semble-t-il, selon ce billet du Huffington Post, serait même nocive).

Non seulement la publicité est mensonge, mais, pire, Coca-Cola a prétendu dans sa défense que les consommateurs n’étaient pas assez dupes pour croire que cette eau pouvait être un breuvage santé; ainsi, écrit le juge:

At oral arguments, defendants (Coca-Cola) suggested that no consumer could reasonably be misled into thinking vitamin water was a healthy beverage. » Noting that the soft drink giant wasn’t claiming the lawsuit was wrong on factual grounds, the judge wrote that, « Accordingly, I must accept the factual allegations in the complaint as true.

Ajoutez à cela cette magnifique pub qu’a déniché un blogueur, Yoni Freedhoff, médecin à Ottawa, et vous en êtes quittes pour une belle indigestion d’indignation.