L’ère exponentielle: l’explosion du prix des matières premières

Depuis la crise économique de 2008, on parle régulièrement dans les médias de la flambée des prix mondiaux des produits de base: alimentation, énergie et matières premières de toute nature.

De fait, il est clair que depuis le début de ce millénaire les prix des matières premières connaissent une dynamique tout à fait inédite depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, si ça n’est, dans certains cas, depuis la fin de la première Révolution industrielle. Des changements radicaux qui, depuis le début des années 2000, transforment profondément le système économique mondial.

Si l’évolution du prix mondial de ces marchandises peut nous paraître abstrait, éloigné de notre réalité, elle a pourtant un impact direct sur nos vies quotidiennes, puisque les denrées alimentaires, l’énergie et les autres matières premières sont intégrées directement à notre consommation courante.

L’objectif de cet article est de mettre en lumière l’évolution récente des prix des matières premières et d’esquisser sommairement les impacts qu’elle a et continuera d’avoir sur notre réalité.
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1. Évolution globale: les années 2000, ère exponentielle

J’ai déjà prétendu, dans un petit billet, que nous vivons depuis la fin des années 1990 un changement d’époque fondamental. Que nous avons connu une « crise » entre 1998 et 2008 qui a fondamentalement changé la structure de nos économies (industrialisées) et a durablement scellé des transformations structurelles qui ont tranquillement pris place depuis la fin des années 1960. Comme je l’écrivais dans ce billet, depuis cette crise, les structures, relations et fonctionnement organiques des économies occidentales se sont radicalement transformées et débutent un nouveau chapitre de l’histoire du capitalisme, qui clôt celui que nous connaissions depuis l’expansion du fordisme à la fin des années 1930.

On peut caractériser l’évolution du prix des matières premières en les rattachant à trois grandes périodes depuis les 50 dernières années:

➙ l’ère de la croissance (1960-1972);

➙ l’ère des turbulences (1973-1998);

➙ l’ère exponentielle (2000-aujourd’hui).

Graphique 1: Indices des prix mondiaux des matières premières, 1960-2010 (cliquez pour agrandir)

La Banque mondiale publie  tous les mois le prix de marché mondial des matières premières. Ces données sont disponibles depuis janvier 1960 dans ce qui est connu comme les « pink sheets. » Ce sont ces données que j’utilise dans le présent article. Le graphique 1 présente l’évolution de deux grandes familles: l’énergie (pétrole, gaz, charbon, etc.) et les autres matières premières (denrées alimentaires de base, métaux, bois, etc.). J’analyse ici ces diverses composantes.

On peut constater à la lecture de ce graphique que la première période est caractérisée par une stabilité relative des prix mondiaux. En effet, après la quinzaine d’années d’après-guerre (reconstruction et reconversion de l’économie de guerre à l’économie civile), les pays industrialisés ont connu une croissance soutenue et stable qui s’est également reflétée par un équilibre dans les prix mondiaux, notamment en raison de la croissance de la demande et de celle de la productivité, sans compter un cadre monétaire et financier international stable.

Le premier choc pétrolier et de la fin du système monétaire de Bretton Woods en 1973 inaugurent vingt-cinq ans de bouleversements profonds dans la structure de l’économie mondiale. Les marchés connaissent moins de contraintes régulatrices, des déséquilibres entre l’offre et la demande mondiales apparaissent et la dynamique des jeux de pouvoirs géopolitiques entre le Bloc de l’Est, l’Occident et le Sud créent un ensemble de bouleversements et de turbulences sur tous les marchés mondiaux. La deuxième partie de cette période est aussi caractérisée par les conséquences importantes du second choc pétrolier (1979) – qui créera des épisodes inflationnistes importants -, la bulle spéculative des nouvelles technologies (dot-com) qui éclatera en 2000 et le développement spectaculaire de la sphère financière mondiale (produits dérivés de toute nature).

Ajoutons à cela l’éclatement de l’Empire soviétique qui transformera fondamentalement l’échiquier géopolitique international, cette deuxième ère d’après-guerre redéfinissant en profondeur la structure de l’économie mondiale. Les perdants de la Deuxième guerre mondiale deviennent tranquillement les champions de l’économie industrielle (Allemagne, Japon), tandis que les grands gagnants (USA, Grande-Bretagne, France) voient poindre la fin de leur hégémonie au profit d’économies dites émergentes qui seront les vedettes de l’ère actuelle (le fameux BRIC – Brésil, Russie, Inde, Chine), qui établissent les bases de leurs forces actuelles.

Ces dynamiques inter-reliées ont constitué le terreau sur lequel la dernière décennie s’est bâtie. Entre la crise des dot-com de 1998-2000 à la crise économique et financière de 2008-2009 se sont consolidées l’ensemble des bouleversements structuraux initiés au cours des décennies précédentes. Trois phénomènes principaux caractérisent cette période (voir mon billet cité plus haut):

1.- Le « retour » des matières premières (alimentation, énergie, métaux) – dont la demande est gonflée par les économies dites émergentes du BRIC.

2.- La multiplication et la généralisation des technologies transversales, s’appliquant à de nombreuses industries et secteurs d’activités – laissant toute la place au « manufacturier de pointe. »

3.- La complexification des modèles économiques et d’affaires – multipliant les défis à la fois pour les entreprises, les travailleurs, les consommateurs et l’État (cf. mon analyse, Le modèle LCS).

Nous vivons donc présentement une ère de changements radicaux qui influenceront les années voire les décennies à venir et auront des impacts globaux importants.

2. Impacts globaux: pressions inédites

La hausse spectaculaire du prix des matières premières depuis dix ans n’est évidemment pas sans conséquences. En effet, l’ensemble du prix des matières premières ont des effets directs sur nos vies, comme travailleurs et comme consommateurs:

➙ La hausse des prix des denrées alimentaires est directement reflétée à l’épicerie, bien sûr, mais implique également d’autres bouleversements dans l’utilisation de certaines cultures (pour les biocarburants, par ex.).

➙ la hausse vertigineuse du prix des métaux et minéraux est intégrée en bout de piste dans le prix des presque tous biens de consommations – cette hausse, en grande partie due à une croissance exceptionnelle de la demande des pays du BRIC a un impact direct sur les coûts de fabrication des entreprises manufacturières partout dans le monde.

➙ Finalement, la croissance soutenue du prix de l’énergie, particulièrement du pétrole, a un impact sur l’ensemble des coûts de production, le pétrole étant un super-intrant, puisqu’il constitue un coût pour tous les biens et services produits dans le monde, ne serait-ce que via les coûts du transport.

Le tableau 1 compare les taux de croissance annuels moyens du prix des matières premières (énergie et autres) pour l’ensemble des 50 dernières années à l’inflation telle que ressentie par les consommateurs au Canada (mesuré par l’IPC, l’indice des prix à la consommation).

Tableau 1: Taux de croissance annuels moyens
Période Énergie Non-Énergie IPC (Can.)
1960-2010 8,1% 3,7% 4,2%
1960-1972 2,9% 1,4% 2,9%
1973-2000 8,4% 0,6% 5,5%
2000-2010 10,5% 10,4% 2,0%

Source: Banque Mondiale et Statistique Canada, compilations de l’auteur.

Ce tableau révèle des conséquences importantes de la dynamique du prix des matières premières, inter-reliées:

a) La pression sur les coûts de production est énorme. Les prix de l’Énergie ont connu depuis le début des années 1970 une inflation extrêmement forte. Bien plus, alors qu’on est encore sous l’impression que les chocs pétroliers de 1973 et de 1979 ont été dans l’histoire récente des événements inédits, la hausse des prix de l’énergie de la dernière décennie dépasse largement ce que ces chocs ont eu comme impacts. De plus, pour la première fois depuis 50 ans, la hausse des prix des matières premières hors énergie est semblable à celle de l’énergie. Ce qui signifie que l’ensemble des coûts de production sera bientôt reflété dans tous les secteurs de production de biens, partout dans le monde.

b) Cependant, le même tableau indique que l’inflation à la consommation ne suit pas, loin s’en faut, celle des matières premières. Comment cela est-il possible? Autrement dit, comment se fait-il que le prix des biens que nous achetons dans le commerce ne suive pas celui des intrants servant à les fabriquer? Il est fort probable, d’une part, que cette hausse du prix des matières premières ne soit pas encore reflété dans celui des biens que nous consommons. Il y a un certain délai d’ajustement dans l’appareil de production, pour diverses raisons d’inerties de marché, qui fait en sorte que nous ne constations pas encore cette hausse. Cela pourrait fort bien changer à court terme. D’ailleurs, on le constate déjà pour certains produits qui sont peu transformés comme le prix des denrées alimentaires ou celui de l’essence. Le prix des autres biens pourrait suivre à court ou moyen terme.

c) D’autre part, le prix des matières premières n’est qu’une des grandes familles de coûts pour une entreprises. Les deux autres sont le capital et le travail. Dans le premier cas, les taux d’intérêt historiquement bas font en sorte qu’ils permettent plutôt de compenser en partie la hausse du prix des matières premières. Reste donc les coûts de la main d’œuvre. De fait, depuis vingt ans, les salaires réels des travailleurs des pays industrialisés stagnent. Ce sont donc eux qui compensent pour la hausse du prix des intrants physiques, du moins en partie. Une autre manière de réduire le coût relatif de la main-d’œuvre est d’augmenter sa productivité, c’est-à-dire la quantité de biens produits pour la même quantité de travail. De fait, les avancées technologiques (mais aussi les innovations de processus et de procédés de production) des 30 dernières années ont permis aux entreprises de réduire considérablement leurs coûts relatifs de production.

Il n’y a pas de secret dans le fonctionnement de l’économie industrielle capitaliste: les entreprises ne sont que des organismes qui produisent des biens et services. Une hausse des coûts de production est encaissée soit par les consommateurs (par la hausse des prix à la consommation), soit par les travailleurs (salaires réels, productivité), qui sont, bien entendu, une seule et même personne.

3. Des pressions fondamentales

Graphique 2: Indices des prix mondiaux de familles de matières premières, 1960-2010 (cliquez pour agrandir)

Sans entrer ici (j’y reviendrai) dans la dynamique de chacun des prix des matières premières, un examen un peu plus détaillé permet de montrer que les trois « ères » dont il a été question se reflètent dans les diverses composantes des indices de prix. Le graphique 2 montre que les grandes familles de matières premières suivent la même logique que l’ensemble.

Si on se concentre sur la dernière décennie, on constate (graphique 3) que l’explosion des prix de chacune des famille suit en grande partie la même dynamique. On remarque, d’une part, que toutes les familles ont connu un repli de leurs prix au cours de la dernière crise économique. D’autre part, certaines matières premières ont connu un repli plus marqué, notamment l’énergie et les métaux et minéraux.

Un cas particulier concerne les fertilisants, qui ont connu un épisode spéculatif très prononcé en 2006-2008, qui s’explique essentiellement par un déséquilibre entre l’offre et la demande, cette dernière étant soudainement propulsée par les marchés asiatiques qui faisaient face à des besoins immenses et par celle de pays producteurs de biocarburants (particulièrement aux États-Unis, au Brésil et en Europe).

Graphique 3: Indices des prix mondiaux de familles de matières premières, 2000-2010

Je reviendrai éventuellement sur une analyse plus détaillée de la dynamique de chacune de ces familles – qui, même si elles partagent certains points communs, possèdent, néanmoins, des caractéristiques qui leur sont propres.

En résumé, on doit retenir les éléments suivants:

➙ la décennie 2000-2010, « l’ère exponentielle » est celle de l’explosion du prix de l’ensemble des prix des matières premières, un phénomène inédit en 50 ans;

➙ les caractéristiques de cette « ère exponentielle » sont la conséquence de transformations profondes de la structure des économies industrialisées, de l’équilibre géopolitique mondial et de la dynamique des coûts de production;

➙ ces phénomènes affectent directement nos vies, comme consommateurs et comme travailleur;

une grande inconnue demeure: quels seront les impacts à moyen terme de ces phénomènes sur notre vie sociale, économique et politique. À court terme, à tout le moins, une chose semble assurée: les causes profondes de cette flambée des prix ne semblent pas près de se résorber.

Il est donc essentiel de se rendre compte que nous vivons présentement à peu près partout sur la planète une ère de changements radicaux et de bouleversements fondamentaux qui remettent en question notre vision du monde et l’analyse que nous en faisons.

 

Annexe: tableau synthèse

Le tableau 2 recense quelques taux de croissance annuels moyens des indicateurs mondiaux de prix de familles de matières premières:

Tableau 2: Taux de croissance annuels moyens, certaines familles
Période Énergie Fertilisants Aliments Métaux et minéraux Matériaux de base Bois
1960-2010 8,1% 4,2% 3,2% 4,7% 3,1% 3,7%
1960-1972 2,9% -0,7% 2,5% 2,4% -2,7% 1,3%
1973-2000 8,4% 2,3% -0,4% 1,6% 1,9% 3,7%
2000-2010 10,5% 10,8% 8,4% 13,3% 9,0% 3,7%

 

L’indépendance énergétique par les éoliennes en Italie

Le New York Times nous apprend que plus de 800 communautés en Italie produisent présentement d’avantage d’électricité qu’elles n’en consomme grâce à des installations de production d’énergie renouvelable comme des éoliennes. Intéressantes initiatives de « micropolitique économique ».

Ce qui est complexe n’est pas nécessairement compliqué (et inversement)

Sur le site de La Presse, mardi dernier, Mireille Fournier, une jeune militante de 17 ans réagissait à une chronique de Alain Dubuc à propos de « l’effroyable complexité des choses » (son titre) lorsqu’il est question des débats autour des débats concernant l’énergie. Mireille Fournier était également présente à l’émission de Christiane Charette à la radio de Radio-Canada ce matin, où elle a été matraquée par Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse.

En deux mots: Mireille Fournier fait partie d’un petit groupe de militants qui ont manifesté à l’ouverture du Congrès mondial de l’énergie, à Montréal. Afin de protester contre l’exploitation du gaz de schiste au Québec, ces militants, habillés de maillots, s’étaient enduits de mélasse rappelant les oiseaux englués de pétrole (photo ci-dessus).

Alain Dubuc, ancien militant trotskyste, peste contre « le fléau du simplisme. Le simplisme militant. » Car les enjeux de l’énergie « sont d’une effroyable complexité ». L’essentiel de l’argument étant: « À ces problèmes compliqués, il faudra des solutions compliquées. »

Dans sa réplique, Mireille Fournier affirme que Dubuc fait preuve d’un simplisme désarmant en essayant de résumer en une chronique la complexité de la question, que c’est ce « simplisme des médias » qui a fait que les « journalistes scrupuleux, ont préféré interviewer des filles comme [elle], à moitié nues et couvertes de cette amusante substance qu’est la mélasse. Il est là, le simplisme des médias. » Et de revendiquer, du coup, cette tactique militante justement pour attirer l’attention.

Je trouve personnellement très amusant cet échange, car tous les deux ont tort et raison à la fois. La question énergétique est effectivement complexe et il est normal que les médias cherchent à attirer l’œil et l’esprit par des images et des titres frappants. Il en est ainsi depuis le début des temps politiques et médiatiques. Et c’est tout sauf l’apanage de la presse populaire. Ça n’est que stratégie rhétorique.

Cette histoire révèle un phénomène très répandu: le recours à l’argumentaire de la complexité pour abêtir et asservir les masses. Et il en est ainsi depuis le début des temps politiques et médiatiques.

Je me méfie automatiquement dès que j’entends un expert, un professeur, un politique commencer son intervention, en réponse à la question d’un journaliste, par exemple, par: « Vous savez, ceci est une question très complexe. » Mes confrères économistes sont les champions toutes catégories de cette stratégie rhétorique (et j’avoue d’emblée l’avoir utilisée plus souvent qu’à mon tour, ne serait-ce que par mimétisme). Cette stratégie est imbattable.

a) C’est vrai. Effectivement, la plupart des questions et des débats qui nous concernent sont complexes, de la vie de couple ou de famille à l’énergie nucléaire, en passant par la gestion des ordures ou l’éradication de la pauvreté infantile.

b) Personne ne s’y connait en toute chose. L’expert se positionne donc ici comme en détenteur de savoir. Son message implicite est: moi je m’y connais et vous comprendrez, à m’écouter, que tout ça vous dépasse largement, malheureusement.

c) C’est la meilleure porte ouverte vers des dérives totalitaires. Nous, pauvres ignorants, devons laisser le pouvoir des décisions aux élites informées, éduquées et savantes. Et c’est précisément pour cette raison que je me méfie de tous ceux qui ont recours à l’argument de la complexité: vu de cet angle, cet argument met en danger nos idéaux et nos valeurs démocratiques et plus spécifiquement de démocratie représentative (système qui englobe des réalités bien plus larges que les députés à l’Assemblée nationale ou à la Chambre de communes).

Il est donc vrai que tout ça, ma foi, est bien complexe. Au final, à peu près tout ce qui nous entoure est d’une « effroyable complexité. » Popol, votre poisson rouge, est un système extrêmement complexe; c’est un organisme composé d’une innombrable quantité de cellules, d’une séquence de génome extrêmement complexe, etc.

Tout est complexe. Du poisson rouge à la question énergétique en passant par le langage et la politique. Tout est complexe selon la profondeur du regard que nous posons. Je pourrais passer une vie à étudier votre poisson rouge, en étudiant un nombre toujours plus grand de dimensions. Il y a le nombre de dimensions que nous choisissons dans notre analyse qui la rend plus ou moins complexe.

Deuxièmement, comme le soulignent autant Alain Dubuc que Mireille Fournier, l’examen d’un problème gagne en complexité selon le nombre d’interactions que nous analysons avec d’autres phénomènes. Notre poisson rouge est non seulement un être vivant complexe dans sa constitution, mais également dans ses interactions avec son environnement. Dans son bocal, il a besoin d’une eau plus ou moins oxygénée, de nourriture de telle composition et à telle régularité, etc. Même chose pour le gaz de schiste: les dimensions économiques, environnementales, politiques, les impacts sur les communautés, les travailleurs, les travailleurs d’industries connexes, le commerce international, j’en passe et des centaines, sont extrêmement nombreuses et liées entre elles par une multitude de réseaux d’interaction.

Est-ce à dire que parce que tout ça est complexe qu’on ne peut en parler avec simplicité? Que les militants et les citoyens en général n’ont pas droit au chapitre et qu’on doit laisser la parole uniquement aux experts?

Non, bien évidemment. Bien sûr, nous avons un besoin criant (et de plus en plus important) d’être éclairés, comme citoyens, par les scientifiques, mais aussi les philosophes, les artistes, les poètes et les romanciers. Nous devons nourrir notre réflexion de celle dont c’est le métier de la produire. La commission parlementaire sur le droit à l’euthanasie et au suicide assisté qui se déroule au Québec présentement en est un bon exemple: à une problématique complexe dans ses implications morales, philosophiques, de santé publique etc., il est nécessaire que nos élus (et nous, ce faisant) puissent éclairer leur jugement de la façon la plus élaborée possible.

Mais, au final, puisque toutes ces questions sont complexes, il ne devrait y en avoir aucune qui ne nous donne pas voix au chapitre, comme citoyen. Car ce qui est complexe, n’en déplaise à M. Dubuc, n’est pas nécessairement compliqué. On rend une question ou une problématique compliquée en la rendant (volontairement ou non), inintelligible.

Aussi complexe soit notre poisson rouge, aussi complexe soient ses besoin et ses interrelations avec son environnement vital, il n’est pas compliqué d’en prendre soin et de le conserver en vie et en santé dans son aquarium. Parce qu’il nous est loisible, grâce en partie au travail de spécialistes en la matière, de comprendre l’essentiel pour en prendre soin. Inutile de comprendre les interactions chimiques entre son corps et l’eau ambiante, ses besoins en minéraux de telle nature, pour apprendre à oxygéner son eau et à le nourrir à tous les jours. Nous pouvons donc prendre des décisions éclairées en réduisant la complexité à un ensemble de connaissances pragmatiques, nécessaires et utiles. Il devrait en être de même du gaz de schiste, de la question du nucléaire ou de l’éradication de la pauvreté infantile que de notre poisson rouge.

Mais, malheureusement pas, semble-t-il, de l’espace de discussion entre journalistes et militants.