C’est quoi le concept? Épisode 3: le chômage | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Dans le cadre de ma a série « C’est quoi le concept? » au magazine Les Éclaireurs de la radio de Radio-Canada, ce troisième épisode diffusé hier soir est consacré au chômage.

Phénomène souvent confondu avec les programmes d’assurance-emploi, le chômage dépasse des considérations strictement économiques. Cela dit, il est bon d’en maîtriser les concepts, puisque ceux-ci sont largement utilisés dans les médias tous les jours. L’illustration suivante schématise les principales notions.

Ma chronique s’écoute sur l’audio-fil de Radio-Canada, ici.

 

Dans l’ombre | Chronique à «L’Itinéraire»

Les festivités du 375e anniversaire de Montréal coûteront cher, très cher. Mais à qui profiteront-elles? C’est l’objet de ma réflexion dans ma chronique du numéro du 15 mai du magazine L’Itinéraire, dans les mains de votre camelot maintenant.

Il s’agit de notre numéro annuel spécial «100% camelots»: ce sont eux qui ont assumé la direction éditoriale de l’ensemble du numéro et qui ont produit la presque totalité des articles.

La fracture numérique | Table-ronde (Conférence «Métropolis»)

Cet après-midi, je participe à une table-ronde au 19e Congrès national Métropolis sur la fracture numérique, probablement l’un des plus grands défis actuels pour le développement économique et la justice sociale, avec Mario Asselin, Michelle Blanc et Marc Lijour. L’événement est organisé par Nathalie Rochefort, présidente de DeGama.

À 15h45 au Sheraton Centre-Ville Montréal.

 

Ajout – quelques traces:

La danse macabre des travailleurs

NB: ce texte a été publié originellement le 18 novembre 2012 sur le site du Voir.

 

Ce texte est celui d’une « performance » donnée lors du Spectacle bénéfice de la revue Liberté, le « Cabaret d’emmerdeurs » le 29 octobre dernier au Lion d’Or à Montréal.

 

Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances,

Chers confrères économistes au Fraser Institute, à l’Institut économique de Montréal, à la Fédération des chambres de commerce et d’ailleurs,

J’ai lu, récemment, que vous estimez, et je cite, « qu’au Québec présentement, compte tenu des forces inéluctables de la mondialisation et de la mobilité internationale du capital, nous devons augmenter drastiquement la productivité des travailleurs afin de les rendre plus compétitif pour faire face aux défis de la croissance technologique et du déficit d’innovation dont nous sommes coupables. »

Ce qui me rappelle cette grande parole de sagesse : « Dives et pauper obviaverunt sibi utriusque operator est Dominus. » [1]

Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, chers confrères, vous avez deux choses en commun avec les curés d’un temps (pas si) ancien :

a) vous utilisez un langage que personne ne comprend ;

b) vous croyez détenir la vérité et nous l’imposer.

Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, chers confrères, je vous annonce que ce temps est révolu.

Nous vous avons désormais à l’œil.

L’information circule rapidement et aisément, de nos jours. Cela déboulonne les clercs de leur piédestal.

Mais je soupçonne une chose : messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, chers confrères, je crois que vous ânonnez les mêmes vérités qui vous sont dictées par le FMI ou la Banque mondiale comme les curés de jadis répétaient bêtement les dictats du Vatican.

Je me doute aussi, qu’à l’instar de nombre de curés du passé vous ne comprenez pas vraiment ce que vous racontez. En tout cas, vous n’avez pas idée de ce que le peuple en comprend, lui.

Alors, j’ai une petite suggestion pour vous, messieurs les ministres de l’Économie et des Finances et chers confrères.

Vous devez être en mesure d’expliquer vos analyses et vos décisions en matière d’économie à un enfant de 8 ans. Sinon, vous aurez démontré que vous n’y comprenez rien.

Tiens. Je vais vous aider.

Quand j’étais enfant, mon livre préféré s’intitulait Que font les gens toute la journée ?

À la première page, on y voit l’illustration d’un petit village, Belleville. On peut y lire : « Voici Belleville. On y vit très bien, merci ! »

Autour de la place publique, les habitants de Belleville s’affairent. Le boulanger, le tailleur, le forgeron, le facteur, l’épicier – tous interagissent ensemble.

Mais que font tous ces gens toute la journée ?

La réponse m’était donnée dès la deuxième page, écrite en lettres énormes : ILS TRAVAILLENT !

Et, ainsi, tout au long du livre, j’ai appris que les gens, toute la journée travaillent et ont des relations les uns avec les autres grâce à ce travail.

Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances et chers confrères, vous devriez tirer des leçons de ce livre d’enfant.

Vous devriez, tous les matins du monde, vous réveiller en pensant à ces gens qui travaillent. À ceux qui n’ont pas cette chance, tout autant.

À vos concitoyens qui errent dans la vie tant bien que mal.

Vous devriez, à l’heure de pointe du matin, vous poster au métro Square Victoria. Il y a là un long, très long corridor qui débouche sur la rue Saint-Jacques. Il monte en pente douce, très lentement.

Je passais par là tous les matins, pendant des années. Parfois, je m’arrêtais. Je regardais mes semblables emprunter ce corridor. Une foule immense qui marche lentement vers son travail quotidien. J’appelais ça la « danse macabre des travailleurs. »

Ce travail qui devrait l’animer, l’enchanter, lui rappeler qu’il et qu’elle fait partie d’une grande famille collective. Lui rappeler qu’elle et qu’il travaille pour le bien de tous.

Pourtant, je te regardais, toi qui marchait lentement dans ce long corridor. Le dos un peu vouté. La tête basse et la confiance lasse.

Tu me rappelais Metropolis de Fritz Lang.

Monsieur le ministre de l’Économie et des Finances, chers confrères – tiens je vais te tutoyer.

Tu te souviens des suicides des gars de la Gaspesia ? Tu te souviens des pleurs de Julie, qu’a perdu sa job, encore ? Tu te souviens de Pierre qui est sur le B.S. depuis trop longtemps ? Tu te souviens de Catherine et Paul qui dorment mal et font des cauchemars parce qu’ils s’arrachent la vie à travailler comme des cochons sans un mot d’appréciation ?

Monsieur le ministre de l’Économie et des Finances et chers confrères, nous ne vivons pas dans mon livre d’enfant. Nous vivons dans un monde où tu as oublié la noblesse et la souveraineté du travail humain.

Je t’ai à l’œil. Parce que si tu ne te lèves pas tous les matins en y pensant, moi je vais te le rappeler. Je vais te rappeler que tu dois tout à Julie, Pierre, Catherine et Paul.

Tu leur dois ton bonheur comme les bébelles que tu vas échanger à Noël, tes vidanges ramassées comme la beauté de ta ville.

Tu leur dois ce qui fait ton pays.

Ne l’oublie pas, monsieur le ministre et cher confrère.

Moi, je n’oublierai pas.

 

[1] « Le riche et le pauvre ont ceci de commun : le Seigneur a créé l’un aussi bien que l’autre. » (Proverbes 22: 2)

J’habite un désert (culturel)

On apprenait lundi que la librairie Plume & Chocolat sur la rue Ontario, en plein cœur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, fermerait ses portes à la fin de l’été.

Cette toute petite librairie, sise à l’ouest de la promenade Ontario, offrait à la fois une sélection de livres de seconde main et d’excellents cafés et chocolats chauds. Le tout dans une ambiance fort sympathique de petit commerce de quartier.

Plume & Chocolat a ouvert ses portes en 2009. Loin d’avoir des ambitions purement mercantiles, le commerce avait d’abord une mission sociale: rendre accessible la lecture, dans l’un des quartiers les plus défavorisés de Montréal. Lectures publiques, conférences, club d’échec, contes pour enfants – malgré ses modestes moyens, la librairie offrait la littérature et la culture à la portée de tous.

Malheureusement, une telle entreprise nécessite des appuis importants qu’un petit fonds de commerce peut difficilement soutenir.

Avec sa fermeture disparaît la seule librairie de tout le quartier Hochelaga-Maisonneuve… Une centaine de milliers de personnes qui n’ont accès à aucune librairie (hormis celle des étudiants du Collège de Maisonneuve). Les plus rapprochées sont sur la rue Masson au Nord, autour de l’UQÀM à l’Ouest ou au centre commercial Place Versailles à l’Est.

Un désert culturel.

Qui ne se limite pas à la littérature. Tiens, si vous accédez au portail Accès Culture (soutenu par la Ville), afin de connaître quelles sont les activités culturelles possibles dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ce soir, vous obtenez le résultat suivant: « Oups! Accès culture Montréal n’a rien trouvé qui répond à votre sélection. »

Rien pour nous
Aucune activité culturelle dans Hochelaga-Maisonneuve ce soir... (cliquez pour agrandir)

Un quartier n’est pas uniquement pauvre par son taux de chômage élevé ou parce qu’une proportion effarante de ses enfants ne mangent pas le matin. Il l’est également lorsque ses citoyens n’ont accès à presque aucune activité culturelle.

Une librairie de quartier qui ferme, ça n’est pas un commerce qui cesse ses activités. L’espace de la librairie Plume & Chocolat n’était pas occupé au quart par des étalages de crayons, tasses à café, ensemble à sushis ou autres babioles qui font le profit des librairies commerciales. Il était habité par le désir de jeunes entrepreneurs sociaux qui désiraient changer quelque chose dans la vie de leurs concitoyens, leur apporter un supplément d’humanité et une ouverture sur le monde.

Maintenant, c’est encore un peu plus le désert, dans mon quartier.

 

La guignolée du web

Aujourd’hui c’est la grande guignolée des médias mais c’est aussi le coup d’envoi de la guignolée du web. À peu près tout ce blog parle d’exclusion et d’injustice économique, inutile de répéter qu’à mon point de vue, qu’il y ait des milliers de personnes qui souffrent de faim, de froid et de solitude dans une société aussi riche que la nôtre est une réalité à vomir. Une guignolée n’est qu’un pansement sur une blessure profonde, elle ne réglera rien structurellement, mais avec les fêtes de fin d’année qui s’en viennent, permettre à quelques personnes de manger un repas qui a de l’allure ou de payer aux enfants quelques jouets est un strict minimum que nous devons faire.

J’en ai déjà parlé ici, mais je vous rappelle qu’au Canada 1 personne sur 5 qui a recourt aux banques alimentaires reçoivent un salaire. Oubliez les scandales des petites enveloppes brunes, le vrai scandale est que 800 000 Canadiens doivent compter sur les banques alimentaires pour manger.

Si vous avez un blog ou que vous êtes administrateur d’un site web, je vous invite à insérer une bannière de la guignolée du web, comme je l’ai fait dans la colonne de droite de mon blog. C’est très simple: vous allez à http://www.guignoleeduweb.org/bannieres.html, vous choisissez la bannière qui vous plaît, vous cliquez dessus et le code à insérer dans votre blog apparaît. Si vous utilisez WordPress comme moi, vous pouvez insérer un widget « boîte de texte » et tout simplement coller ce code à l’intérieur. C’est tout!
Donnez! La guignolée du web

Pourquoi tout le monde n’a pas le droit de dormir au chaud?

Beverly Jo Scott, une chanteuse américaine vivant en Belgique offre à entendre un soul francophone très agréable. Ici une chanson dédiée aux itinérants. Cette chanson a été enregistrée pour venir en aide à un organisme bruxellois d’aide aux sans abri il y a quelques années.

Lumpenprolétariat 2010 – nous sommes tous à un 25¢ d’un banc de parc

À la fin des années 1990, ma schizophrénie sociale et intellectuelle était déjà bien établie: j’enseignais à la fois aux requins de la finance en puissance de HÉC et le cours de Théories marxistes au département de Science politique de l’Université de Montréal.

Ces deux vies étaient moins contradictoires qu’il ne puisse paraître à première vue. Dans les deux cas, j’essayais de démonter la machine économique pour l’expliquer à mes étudiants. Le cadre de référence philosophique et politique, le vocabulaire et les théories divergeaient, voire étaient en totale contradiction. Mais au fond, dans les deux cas, mes étudiants et moi nous cherchions à mieux comprendre le monde économique dans lequel nous évoluions.

Ces étudiants avaient des aspirations contrastées: les uns rêvaient de devenir présidente d’entreprise, comptable ou vice-président marketing; les autres, journaliste, politicienne, activiste. Mais tous partageaient le même désir: avoir leur place entière dans la société, contribuer à son développement, même si cela était dans des directions parfois opposées. Que veut-on d’autre, à vingt ans?

À mes étudiants de théories marxistes, j’enseignais les concepts de base: la société est divisée entre deux classes, les capitalistes, qui sont propriétaires des moyens de production (usines, machinerie) et le prolétariat qui les utilisent pour produire des marchandises. Les prolétaires sont exploités par les capitalistes car ils sont dépouillés du profit généré par leur travail. D’où la lutte des classes, les prolétaires, dans la vision de Marx, devant faire la révolution pour que tous puissent bénéficier à part égale du système économique. Ça c’est Marx version Twitter, mais c’est quand même à peu près ça.

Toutefois, et mes anciens étudiants se rappellent avec douleur que je passais 3 h sur les 45 du cours à décortiquer cela, cette belle explication omet une partie des citoyens: ceux qui ne contribuent pas à la machine économique. Qui ne sont ni exploitants/eurs ni exploités. Les exclus. Le lumpenproletariat – le sous-prolétariat (littéralement, le « prolétariat en haillons »). La théorie de Marx a beaucoup de difficultés à faire entrer dans son analyse les exclus, car ils n’ont aucun intérêt, au sens propre, dans le système.

Qu’ils rêvaient soit de révolution soit de devenir patron d’entreprises, mes étudiants désiraient à tout prix contribuer à la société. Ne pas être exclus. L’exclusion de la société, c’est de ne pas exister. Il n’y a pas pire violence que l’ignorance, de ne pas être vu, être sans parole, de se voir imposer le silence.

Et c’est ce que vivent les itinérants, les sans-abri. Cette nuit, c’est la 21e nuit des sans-abri au Québec. Dans 23 municipalités du Québec, tous les citoyens sont appelés à partager solidairement au moins une partie de la nuit avec les sans-abri. À être conscients que nous sommes tous à un 25¢ d’un banc de parc – que l’itinérance nous menace, tous.

Un sondage récent démontrait que 1 Québécois sur 6 ne se croit pas à l’abri de l’itinérance ! Un sur 6, c’est énorme pour l’une des sociétés les plus riches du monde. Un Québécois sur 6 qui est à 25¢ d’un banc de parc.

Cette nuit des sans-abri, qui nous invite à partager musique, poésie, solidarité autour d’un braséro, c’est surtout l’occasion de réfléchir à des faits brutaux, à une réalité qui est de notre quotidien bien davantage que le mendiant auquel nous donnons une pièce, sans oser trop le regarder:

– il y a près de 30 000 itinérants à Montréal

– la moitié des itinérants sont hors-Montréal – les plus fortes croissances se retrouvent dans les banlieues de classe moyenne comme Laval ou Longueuil

– les 2/3 sont dans la quarantaine ou la cinquantaine

– les 2/3 sont des hommes

– leur taux de mortalité est près de 4 fois la moyenne québécoise

– ils subissent une judiciarisation sans commune mesure par rapport aux autres citoyens

– ils font face à une problématique de « profilage social » – nombreux sont les cas d’itinérants accumulant des centaines, voire des milliers de dollars de contraventions pour flânage sur la voie publique qu’aucun autre citoyen n’aurait reçues (sources: MSS et Protecteur du citoyen)

La Ville de Montréal dévoilait avant-hier ses priorités de lutte à l’itinérance. D’aucun, dont moi, n’y voient que vœux pieux irréalisables. Parce que ces initiatives dépendent trop de décisions qui ne sont pas sous son contrôle.

Et parce que toute initiative visant éradiquer l’itinérance doit tabler sur un principe simple: saper la cause première de l’itinérance, l’exclusion, une réalité brutale et non un sentimentalisme, celle que des milliers de nos frères et sœurs sont victimes de notre silence et de nos regards détournés. Notre silence et nos regards détournés le sont parce que nous savons inconsciemment que, nous aussi, nous sommes potentiellement à un 25¢ d’un banc de parc. Raison de plus pour agir dans la solidarité. Et, au moins, partager un moment cette nuit avec eux.

Et nourrir notre âme de poésie de ces exclus, comme celle de l’ami Yvon Jean, extrait de son poème « L’exclusé » de son recueil Noires poésies, un homme qui a connu la rue et elle qui ne la quittera jamais:

L’heure du dernier repos a sonné
C’était la dissonante nuit
Ses rêves défilaient cauchemardisés
Que ce boueux fossé, en guise de lit

Il était là, sans geindre, autres cœurs cris
Décavé, livide, défait, sans vie, anéanti

—–

MÀJ 2010-10-15 17:15

Yvon Jean m’a fait les commentaires suivants, touchants et authentiques, que je reproduis intégralement:

Tu me fort agréablement surprends en ce gris matin.

Ton parcours, pour moi, homme de la rue m’intimide au plus haut point. Merci de t’attarder à parler de ceux qui n’ont pas de voix. L’exclusion est une tare des plus redoutable, pernicieuse à souhait. Pas plus tard qu’il y a deux semaines j’étais presque à la Rue de nouveau, il s’en ai fallu de très peu. En moi j’ai des ressources que d’autres frères et soeurs n’ont pas. C’est-à-dire une incroyable capacité de ressurgence, de par mon enfance…Ce qui m’a permis jusqu’à ce jour d’éviter la galère totale.

Mais maintenant que mon amie l’alcool a prit comme possession de ma vie je suis plus que fragile, la brume éthylique me fait voir les choses encore plus noires qu’avant. Mais je m’en sors ahanant, mais tous n’ont pas cette force. De plus on m’a aidé, ce que bien peu de gens dans la Rue ont pu connaitre.

Tu sais la folie nous guette tous dans la Rue, et il est souvent presque impossible d’en revenir. Ma bonne étoile m’a toujours guidée, mais là elle m’a presque laissé tombée récemment. Car l’alcool que tu prend pour moins sentir la lourdeur de ta situation te fait aussi perdre la raison, et là tu essais n’importe quoi pour vivre encore moins les effets de ta déroute.

J’ai perdu tout mes biens matériel, j’avais un fort beau studio qui faisais ma fierté, je l’ai bu et rebus…maintenant je reviens à la case départ, dépouillé de tout, et malheureusement de tous ou presque…La guerrière à mes côté m »a littéralement empêché de poursuivre ma descente et l’inéluctable fin qui s’annonçait. La vie tiens à bien peu parfois, surtout l’animal social inconsciemment formé à l’école du lavage de cerveau…

L’exclusion, le début de la descente souvent, exclusion d’un système d’où on s’extirpe à tout prit adolescent, tout sauf ce qu j’avais connu. Mais les pièges sont grands, omniprésents, finalement on n’échappe jamais à la violence et l’abandon de notre enfance. Mes boulets ne m’ont jamais quittés, malgré tout ce que j’ai pu en penser, et ne me quitterons jamais non plus.

Moi, j’ai l’ultime chance d’avoir ma plume pour me battre, dans la fort injuste arène de la Vie, de la Rue. La conscience sociale aiguisée sur la meule d’injustices passées. Et par la force de ma capacité à jongler avec les maux je me réappropi un pouvoir qui me donne espoir encore. Et par la percutance de mes mirifiques strophes, qui malgré leurs extrême fort souvent noirceurs, je sais que je peu faire une différence en cette dites sordide société…

Mais tous n’ont pas ce thérapeutique exutoire, il est mien et je le travaille jour après jour, comme le boxeur que je fut maintenant je boxe avec mes maux…J’ai déjà été au tapis, à date me suis toujours relevé, mais le boxeur vieillit et je crois que j’ai reçu ces dernières années quelques coup de trop. Punch drunk, and now alcool drunk…En buvant j’ai pu libérer la cavalerie de mes démons, désinhiber l’indésinhibable.

Ça m’aura donné la force et le courage de monter sur scène, de rapailler ma poésie et la crier haut et fort à la face du monde. Un cri qui viens de tellement loin que même mes anciens doivent se revirer dans leurs tombes parfois, car je leur donnent aux travers mes rimes, une voix qu’ils n’ont jamais eu, une tribune, un privilégié portail exhulteur de leurs vie, noirceur.

Moi, la poésie m’a sauvée, mais d’autres n’ont rien. Mais pourtant si tu savais à quel point grand talent certain ont, si tu savais leurs vies, et quels fut leurs rêves…Mais je sais que tu t’en doute, car tu défend et parle d’eux les indigents, exclus, les itinérants. Mais la Rue c’est souvent du chacun pour soi, les dangers te guettent à tout les coins de Rue, et que dire de la répréhensive et non compréhensive police du bon ordre et protecteur de l’ordre établis.

En effet les exclus n’ont pas leurs places dans aucun système, c’est la marge dans la marge. Comme un maillon rébarbatif que l’on tasse dans les coins et les recoins de la vile ville. Ressurgir, renaître de tout ça tiens presque d’un miracle, je l’ai fait et l’ai refais maintes fois, mais là le fighter est faible, fatigué. Et c’est là que le Rue te guette, te surveille, comme un rapace, et là, tu te retrouve à deux trois chocs émotifs d’y retourner et éventuellement d’y rester.

Finir sur un banc de parc mort gelé, ou caché en des buissons de ville, n’attendant que la fin, mort saoul, sans sous mort, défait, anéanti, sans plus une once de courage ni de volonté…et tu te laisse partir finalement, marginalisé dans un monde qui a tout fait pour de toi se départir. Car tu nuis au système, tu dérange, tu pu comme la peste, pestiféré de l’amour, d’un manque d’amour…

L’alcool te console un temps, mais éventuellement te détruit, mais tu ne peux ni ne veux plus la laisser, ta seule amie…Mais elle te laissera mourir, dans ses bras tu te laissera aller, te confiera à elle, la seule qui ai pu te comprendre, t’aimer…Et les jours passeront ainsi, les saisons, les années…ta vie. Victime jusqu’au bout, de ne pas avoir su comment contourner les démons de ton enfances…

Et un jour toi aussi tu disparaîtras en cendres, mais alors pourquoi donc avoir tant souffert, pour rien, pour souffrir pous les autres qui n’ont pas le temps trop occupés à manu-fracturer leurs sœurs et frères. La Rue c’est la Liberté, la liberté d’être seul, itinérant, vagabond, rejeté… et de crever comme un chien dans un monde de chiens dans une chienne de vie sale…

***

Mille excuses pour les fautes d’ortographes et les mots inventés…

***

En passant personne ne choisi la Rue…elle te choisis…la Rue c’est l’absence de choix…Tu te sauve de quelque chose, mal de vivre, violence, abus…Et quand tu y arrive à cette Rue, la liberté que tu croyais y trouver deviens vite ton enfer, ta prison…Il est vrais que certain y vont pour vivre l’aventure, comme bien des jeunes, mais l’aventure tourne inéluctablement au cauchemar…Y’a personne qui ne voudrait pas se sortir de la Rue, c’est trop facile comme énoncé…on se déculpabilise tous en se faisant croire qu’ils l’ont choisit donc ils doivent aimer ça…La Rue c’est jamais le fun, ça te tu tranquillement…Tu dors mal, jamais reposé, tu mange mal, la maladie te guette tout les jours…et que dire de la solitude…Tant qu’ils y aura des gens qui pensent que la Rue c’est un choix et non le contraire, alors ainsi vous les enfermez encore plus dans l’exclusion, l’itinérance…Aidez non jugez…

Dans un monde en noir et blanc seules les étoiles sont en couleurs

Grâce à la magie des réseaux sociaux, j’ai découvert hier un magnifique et émouvant court-métrage: « J’ai vomi dans mes cornflakes » de Pierrick Servais, « une production mais pas un produit » (dixit le générique).

Pierrick Servais, jeune homme de 28 ans, réalise des « courts-métrages bricolés ». Bricolage, peut-être, mais résultat impressionnant. Celui-ci, d’ailleurs, a remporté plus d’une dizaine de prix (la liste est ici).

Trois minutes 35 coup-de-poing sur une des pires exclusion: celle de la perte de l’espoir et des rêves, particulièrement celui d’avoir sa place dans la société: « Si les enfants veulent tous devenir astronautes, c’est pour se barrer de cette Terre où ils devront vivre toute leur vie. » Une dose de désespoir, mais aussi un appel à une force réelle, authentique et vivante. Et peut-être, en filigrane, à la solidarité.

À voir, absolument. À partager, également.

Nous sommes tous immigrants

Un peu dans le même sens, sur le fond, que l’Émigrant de Charles Aznavour que j’ai publiée il y a un certain temps, mais dans un style, disons, à l’opposé sur la forme: Immigraniada (We Comin’ Rougher) de Gogol Bordello. Un peu d’électricité dans notre vendredi après-midi.

In corridors full of tear gas
Our destinies jammed every day
Like deleted scenes from Kafka
Flushed down the bureaucratic drain

But if you give me the invitation
To hear the bells of freedom chime
To hell with your double standards
We’re coming rougher every time