Nous sommes tous immigrants

Un peu dans le même sens, sur le fond, que l’Émigrant de Charles Aznavour que j’ai publiée il y a un certain temps, mais dans un style, disons, à l’opposé sur la forme: Immigraniada (We Comin’ Rougher) de Gogol Bordello. Un peu d’électricité dans notre vendredi après-midi.

In corridors full of tear gas
Our destinies jammed every day
Like deleted scenes from Kafka
Flushed down the bureaucratic drain

But if you give me the invitation
To hear the bells of freedom chime
To hell with your double standards
We’re coming rougher every time


Allures d’Ancien Régime au Mozambique

Des émeutes ont eu lieu à Maputo ces derniers jours. La cause: la hausse du prix du pain. On se croirait dans la France de l’Ancien Régime. Pendant ce temps-là, j’entends râler à la radio: scandaleuses hausses du prix de l’essence à la pompe. Source: AP.

L’exclusion, c’est l’inhumanité

Les médias montréalais ont rapporté cette histoire tragique, triste, rageante, de deux frères retrouvés morts dans leur demeure, à Saint-Jude, non loin de Montréal. Jean-Guy, 59 ans, s’occupait de son frère cadet, Richard, 46 ans. Le cadet vit avec un handicap mental lourd, il est trisomique. Son aîné doit s’en occuper 24h sur 24. L’aîné semble avoir eu des problèmes de santé assez grave ces derniers temps, au dire de leurs voisins. De plus, il est analphabète. Lorsque leur mère est décédée, il y a une dizaine d’années, un voisin a du lui expliquer le fonctionnement du téléphone. On apprend que Jean-Guy, l’aîné, est décédé de causes naturelles. Son cadet, ne pouvant s’occuper de lui-même est mort de faim…

Comment peut-on, en 2010, dans un village d’à peine 1000 âmes, laisser à eux-mêmes et dans un tel isolement deux personnes qui ont tant besoin? On apprend par un voisin que le frère ainé refusait viscéralement et férocement de voir son frère qu’il aimait tant placé en institution. Un amour inconditionnel qui a mené à sa mort. On apprend aussi que le CLSC de la région leur avait refusé de l’aide parce que leurs cas ne cadrait pas dans les critères des programmes officiels.

Une société qui permet ce genre de tragédie sans nom est une société violente, inhumaine. Plusieurs personnes ont osé dire que le frère aîné n’avait qu’à aller chercher de l’aide. Les choses ne sont pas si simple. Il y a la peur de perdre son frère, l’amour qu’il lui vouait. Il y a peut-être, aussi, son incapacité à aller chercher cette aide, sa peur de la bureaucratie – il n’était tout simplement peut-être pas outillé pour aller chercher cette aide. C’est là un isolement involontaire, la véritable exclusion, aux causes aussi multiples que complexes.

Mais triste et rageant.

Mon texte crié !

Je vous parlais il y a deux semaines d’un texte que j’ai écrit pour les crieurs publics du Festival de l’expression citoyenne. Vous pouvez maintenant voir et entendre les sympathiques comédiens qui l’ont fait vivre le 21 août dernier (mon texte commence à environ 1 min 5 sec, jusqu’à la fin de la vidéo, mais ne manquez pas le début !):

Morning Glory

Tim Buckley – Morning Glory

I lit my purest candle close to my
Window, hoping it would catch the eye
Of any vagabond who passed it by,
And I waited in my fleeting house

Before he came I felt him drawing near;
As he neared I felt the ancient fear
That he had come to wound my door and jeer,
And I waited in my fleeting house

« Tell me stories, » I called to the Hobo;
« Stories of cold, » I smiled at the Hobo;
« Stories of old, » I knelt to the Hobo;
And he stood before my fleeting house

« No, » said the Hobo, « No more tales of time;
Don’t ask me now to wash away the grime;
I can’t come in ’cause it’s too high a climb, »
And he walked away from my fleeting house

« Then you be damned! » I screamed to the Hobo;
« Leave me alone, » I wept to the Hobo;
« Turn into stone, » I knelt to the Hobo;
And he walked away from my fleeting house

Festival de l’expression citoyenne 2010

Dans le cadre du Festival de l’expression citoyenne 2010, Parole citoyenne propose à nouveau cette année une activité fort sympathique: des Crieurs publics déclament des textes soumis par des gens comme vous et moi sur la rue Sainte-Catherine, à compter d’aujourd’hui. Une thématique par jour est traitée: Innovation, Sécurité alimentaire, Justice économique et Justice climatique.

J’ai soumis un texte, sur la thématique de la justice économique, qui sera lu samedi prochain, à 12h30 au Parc de l’Espoir à l’angle des rues Panet et Sainte-Catherine, à Montréal, que voici:

Maintenant, dans mon regard

[Les trois crieurs, tour à tour, la finale en chœur. Crescendo dans la puissance de la voix.]

Crieur 1    – Aujourd’hui j’ai vu le regard éteint et la peau blanchie d’un enfant affamé.

Crieur 2    – Aujourd’hui j’ai vu la violence de la pauvreté blesser un peu plus un homme agressé.

Crieur 3    – Aujourd’hui j’ai vu les sanglots de chômage d’une femme esseulée.

Crieur 1    – Aujourd’hui j’ai vu la vie de la rue ployer le dos d’une fille accablée.

Crieur 2    – Aujourd’hui j’ai vu le rire du patron insulter une ouvrière isolée.

Crieur 3    – Aujourd’hui j’ai vu l’envie d’espoir d’un jeune homme offensé.

Crieur 1    – Demain, je vois tous les enfants s’élancer de la même ligne de départ, souriants et confiants.

Crieur 2    – Demain, je vois tous les hommes et toutes les femmes contribuer à notre vie commune, fiers et grandis.

Crieur 3    – Demain, je vois tous les citoyens rêver et espérer.

Crieur 1    – Maintenant pour demain, la sécurité !

Crieur 2    – Maintenant pour demain, l’équité !

Crieur 3    – Maintenant pour demain, la solidarité !

Tous    – MAINTENANT L’HUMANITÉ !

http://parolecitoyenne.org/user/imarcil

Épidémie de décrocheurs aux États-Unis

Le décrochage scolaire est une plaie de nos sociétés occidentales. On sait que le Québec est la province championne du décrochage, comme le révélait il n’y a pas très longtemps une étude de Statistique Canada. Et le problème est de plus en plus grave; en 2008, c’était 29% des jeunes du secondaire qui ont quitté l’école; près d’un élève sur trois! Chez les garçons, 35%, soit plus de 1 sur 3… À un point tel que le gouvernement du Québec a du se doter d’une Stratégie d’action jeunesse 2009-2014 pour combattre le décrochage.

Ses effets néfastes sont évidents: possibilités professionnelles limitées, précarité, exclusion, la liste est aussi longue que douloureuse pour les décrocheurs. C’est la même chose pour l’ensemble de la société.

Les causes du décrochage sont multiples et structurelles. On ne décroche pas par hasard. L’étude de Statistique Canada démontre que la pauvreté est un des facteurs explicatifs les plus importants, sinon le premier: à Westmount, le taux de décrochage n’est que de 6% alors qu’il dépasse les 40% dans les quartiers les plus pauvres de Montréal.

Une étude récente aux États-Unis démontrent que le facteur ethnique est aussi très important pour expliquer le décrochage. Bien entendu, pauvreté et ethnicité sont fortement reliés. Cela étant dit, cette étude nous apprend que dans certains états, le taux décrochage dépasse les 50%, voire 60% chez les noirs, les hispaniques et les autochtones. C’est non seulement l’avenir de communautés entières qui est hypothéquées, mais des millions d’hommes et de femmes qui se retrouvent dans un cul-de-sac pour le reste de leur vie.

Des banques beaucoup trop populaires

À une époque où d’aucun ragent contre les banques, ces rapaces assoiffés de profit, il y a une autre catégorie de banques qui elles, malheureusement, sont beaucoup trop populaires: les banques alimentaires. Banques alimentaires Canada, une association regroupant ces organismes, publie depuis 1989 le « Bilan-faim » (déjà, le titre), une étude annuelle de l’utilisation que les Canadiens en font. Quelques chiffres tirés de la dernière édition (disponible en ligne):

Près de 800 000 Canadiens (soit 2,4% de la population) ont obtenu de l’aide alimentaire en mars 2009, soit une hausse de 18% par rapport à mars 2008, la plus forte hausse en 20 ans (i.e., depuis que cette étude est réalisée). De ce nombre, 37% sont des enfants et 19% des personnes aidées reçoivent un salaire; une famille sur cinq qui a recours à une banque alimentaire a un de ses membres qui travaille! Étonnant autant que spectaculaire, l’Alberta a connu une hausse de 61% du nombre de personnes ayant eu recours aux banques alimentaires en 2009, comparativement à 2008; en Ontario c’est une hausse de 19%; mesure concrète, s’il en est, des effets de la crise économique. La moitié des ménages aidés sont des familles avec enfants.


Non seulement les canadiens contraints d’avoir recours (souvent après avoir tout perdu, y compris leur fierté de citoyen et de travailleurs), le tiers des banques alimentaires manquent de denrées pour répondre à la demande…

Au final, 8,8% de la population canadienne, soit 2,7 millions de personnes, connaîtront l’insécurité alimentaire en 2010. Pas pire, pour le plus meilleur pays du monde…

J’accuse

Le premier extrait du nouvel album de Damien Saez, artiste français engagé et engageant, J’accuse est disponible en téléchargement libre sur son site.

Oh non l’homme descend pas du singe,
Il descend plutôt du mouton,
Oh non l’homme descend pas du singe,
Il descend plutôt du mouton…

Faut marcher dans les clous,
Faut pas boire au volant,
Faut dépenser ses p’tits sous,
Faut du réseau pour tes enfants,
Faut ressembler à des guignols,
Faut passer à la télé,
Faut rentrer dans les farandoles
De ceux qui font le blé…