« Toutes les femmes sont d’abord ménagères » – lancement ce soir!

Ce soir à Montréal aura lieu le lancement du plus récent ouvrage dont j’ai eu le plaisir et l’honneur d’assurer la direction éditoriale: Toutes les femmes sont d’abord ménagères: Histoire d’un combat féministe pour la reconnaissance du travail ménager. Une analyse historique d’un combat féministe méconnu – ou mal connu – d’une grande rigueur, fouillée et documentée. Il est issu du mémoire de maîtrise de Camille, lequel a reçu le Prix du livre politique de l’Assemblée nationale du Québec (Fondation Jean-Charles-Bonenfant) un peu plus tôt cette année.

Je suis fier de le voir publié dans la collection « Économie politique » que je dirige, car il met la lumière (notamment) sur un aspect de notre vie matérielle qui est trop peu considéré par les économistes.

Le lancement a lieu à la fabuleuse librairie féministe Euguélionne, à 17h30. Plus d’informations sur Facebook, ici.

Une minorité visible historique | Journal Ensemble

NB: Ce texte a d’abord été publié dans le Journal ensemble, le 30 avril 2014.

 

Le nouveau gouvernement du Québec compte 8 femmes sur 26 ministres – 31%, soit très loin de la « zone de parité » promise par Philippe Couillard. Le gouvernement Marois de 2012 comptait lui aussi 8 femmes ministres, mais sur un cabinet réduit de 23 membres, soit 35%. Pourtant, le PLQ a fait élire 18 députées le 7 avril dernier, alors que l’équipe du PQ comptait 17 femmes il y a un an et demi.

Alors que l’égalité de droit des femmes est acquise depuis belle lurette au niveau politique, on est bien loin, ici comme ailleurs, de l’égalité de fait. Aux dernières élections, 34 femmes ont été élues pour occuper à peine 27% des sièges de l’Assemblée nationale. Un écart marquant, c’est le moins qu’on puisse dire, par rapport à leur poids démographique dans notre société.

Depuis l’élection de Marie-Claire Kirkland-Casgrain à une élection partielle dans la circonscription de Jacques-Cartier (ouest de l’île de Montréal) en 1961, sous Jean Lesage, quel chemin a été parcouru par les femmes à l’Assemblée nationale? Une très lente progression, en réalité. Madame Kirkland-Casgrain a été la seule députée pendant près de douze ans, jusqu’aux élections générales de 1973, date à laquelle elle a abandonné la politique pour devenir juge. Ce qui ne l’a pas empêchée, incidemment, de faire voter la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée ou d’instituer le Conseil du statut de la femme. À sa suite, Lise Bacon fut aussi la seule femme élue à l’A.N. jusqu’à l’élection du gouvernement Lévesque en 1976.

À cette élection générale, entraient pour la première fois cinq femmes à l’A.N. Sur les 110 député.e.s, cela ne représentait tout de même que 4,5% des sièges. Et cela, il n’y a même pas 40 ans. Il aura fallu attendre l’élection de 2003, il y a dix ans, pour que les femmes occupent plus du quart des banquettes du Salon bleu. Le sommet historique est atteint en 2012 alors que 41 femmes sont élues, représentant 32,8% de la députation totale. Le résultat des dernières élections est certes décevant, avec six élues de moins qu’il y a 18 mois, mais cela représente probablement un certain plateau atteint depuis les élections de 2003 (voir graphique 1). Les femmes représentent en moyenne 29% des élu.e.s au cours des cinq dernières élections (soit environ 36 députées sur 125).

Alors que le Parti québécois a revendiqué avec raison la plus grande représentation historique des femmes au cabinet ministériel, il est intéressant d’examiner la «performance» des différents partis politiques en termes d’élues à l’A.N. Étonnamment, cette formation politique progressiste n’est pas celle qui obtient le meilleur résultat : la palme revient au PLQ. Sans triomphe, faut-il le préciser, cependant.

En effet, le parti héritier de Jean Lesage détient tous les records : il a fait élire le plus grand nombre de députées en nombre absolu (22 en 2003 et en 2008), et donc en nombre relatif sur l’ensemble des élu.e.s de l’A.N. (18%), mais aussi au sein de sa propre députation (18 femmes sur 50 député.e.s PLQ en 2012, soit 36% de son caucus).

De l’histoire politique moderne du Québec, le PLQ a contribué davantage que tous les autres partis à la représentativité des femmes à l’A.N. Mais c’est particulièrement le cas depuis les élections de 2003 (voir graphique 2). En moyenne, sur ces cinq élections générales, le parti libéral a fait élire 31,5% de femmes de sa députation contre 28,8% pour le PQ. La CAQ/ADQ tire de l’arrière avec 22,0% de ses élues. On oublie dans ce constat, évidemment, QS, qui, aux dernières élections, compte deux femmes sur trois élu.e.s. Incidemment, à ce dernier scrutin général, le PQ a fait un peu mieux que le PLQ avec 19 femmes élues sur 30 (26,7%) contre 18 sur 70 (25,6,7%).

Mais force est de constater qu’avec moins du tiers des femmes élues, l’Assemblée nationale n’a jamais été représentative. Il serait intéressant d’analyser les choix de chacun des partis. Est-ce que ceux-ci choisissent délibérément de présenter des candidates perdues d’avance? Par exemple, aux dernières élections, la veille de l’annonce de la candidature de Pierre-Karl Péladeau, Pauline Marois a présenté aux médias trois candidates en faveur de la Charte des valeurs, candidates dans trois circonscriptions perdues d’avance : Yasmina Chouakri, Leila Mahiout et Evelyne Abitbol.

Il semble donc que, depuis les cinq dernières élections générales, la représentation des femmes ait plafonnée. Plusieurs organisations féministes ont déploré la baisse de la représentation féminine aux élections de 2014 par rapport au dernier scrutin. Ce n’est pas faux. Mais ce qui semble beaucoup plus préoccupant est précisément ce plafonnement depuis dix ans. Le Québec est bien loin d’atteindre la représentativité à cet égard – et on ne parle pas des minorités visibles et encore moins des Premières nations.

Démocratie représentative, avez-vous dit? Tout porte à croire que Marie-Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue à l’Assemblée nationale, il y a de cela 50 ans, a réalisé davantage pour cette équité que toutes les femmes qui lui ont succédée. Hélas.

Chapitre de livre | Une passion terrible pour la dissidence

Qui est Hélène Pedneault?J’ai eu l’honneur d’écrire un texte, « Une passion terrible pour la dissidence », pour un ouvrage collectif en l’honneur d’Hélène Pedeault, dirigé par Sylvie Dupont (Qui est Hélène Pedneault, Éditons du Remue-Ménage, 2013, pp. 203-205).

On trouvera ci-dessous le début de mon texte. La suite dans ce fabuleux ouvrages regroupant 68 témoignages de tous horizons – disponible aussi directement chez l’éditeur.

 

L’engagement militant présuppose l’authenticité de la parole et la cohérence des gestes. Cela se vérifie particulièrement, il me semble, lorsqu’on navigue à contre-courant : les exigences et les attentes en sont encore plus élevées.

Le parcours de Hélène Pedneault – ses écrits en témoignent – était guidé par ces impératifs d’authenticité et de cohérence. Il n’était pas, en revanche, désincarné, loin s’en faut. Motivé par une « passion terrible pour la dissidence[1] », il carburait à la fois au désir et au devoir.

Désir d’un monde meilleur, désir de préserver le bien commun, désir de justice sociale, désir d’égalité : désir de l’autre. Un désir indissociable du sens du devoir. Car comment incarner ce désir si « les bottines ne suivent pas les babines, » comme on dit ? Le sens du devoir civique concrétise ce désir : « T’en rappelles-tu comme j’haïssais ça marcher, en hiver comme en été, mais j’étais pareil de toutes les manifs à cause de mon maudit sens du devoir.[2] »

À relire autant ses chroniques dans La Vie en Rose que celles aux émissions de Marie-France Bazzo ou encore ses interventions dans des forums publics plus formels, il me frappe de constater que la force du désir entraine davantage le sens du devoir que l’inverse. Ses mots sont ceux du mouvement – comme elle était femme de mouvement. Car le désir de mouvement entraine le devoir d’action et de prise de parole.



[1] Ces mots sont ceux de Hélène Pedneault, dans sa Chronique délinquante d’octobre 1984 de La Vie en Rose : « Y a-t-il une chronique délinquante dans la salle ? » in Hélène Pedneault (1988), Chroniques délinquantes de La Vie en Rose, Montréal, VLB éditeur, p. 60.

[2] « Y a-t-elle une féministe dans la salle ? », La Vie en Rose, mars 1985, in Pedneault, (1988), op. cit., p. 73.

L’égalité entre homme et femme est-elle une illusion? (audio | Marie Plourde)

On dit que les hommes ont encore plus de facilité à se trouver du travail que les femmes, ils sont toujours majoritaires dans les directions d’entreprises et conseil d’administration. Qui a dit que les hommes et les femmes sont vraiment égaux?

J’ai été invité, en compagnie de Léa Dion-Clermont, féministe, ex-conseillère au Secrétariat à la condition féminine et de Julie Miville-Deschênes, présidente du Conseil du statut de la femme, à en discuter à l’émission de Marie Plourde (en remplacement de Isabelle Maréchal), au 98,5FM, le 12 août 2013.

On peut écouter cette deuxième heure de l’émission, ci-dessous:

 

 

Anovulants : violence de la marchandisation

NB: ce texte a été publié originellement le 8 mars 2013 sur le site du Voir.

 

Dans les années ’60 et ’70, la pilule contraceptive était un symbole de la libération sexuelle de la femme – du contrôle sur sa sexualité et son corps. Un demi-siècle plus tard, est-elle devenue le symbole de la violence de la marchandisation ?

Sarah Labarre a publié il y a quelques jours dans son blogue chez Urbania un texte troublant qui se répand depuis comme une trainée de poudre sur les médias sociaux : « La fois où j’ai servi de cobaye. » Elle y relate les conséquences funestes qu’elle a subies de la prise d’anovulants dits de « 3e génération » (les couramment prescrits). Les témoignages d’autres femmes – souvent très jeunes – glacent le dos. Phlébites à la jambe, thromboses et autres embolies pulmonaires semblent monnaie courante, sans compter cette femme, début vingtaine, qui a fait un AVC : problèmes directement liés à la prise d’anovulants. Des conséquences extrêmement graves, donc, qui laissent dans plusieurs cas d’irréversibles séquelles. À lire les dizaines de témoignages qui s’accumulent sous ce billet, on n’est manifestement plus dans l’anecdotique mais face à une accumulation inquiétante de problèmes graves.

Certes, tout médicament peut potentiellement causer des effets secondaires néfastes ou présenter des incompatibilités majeures avec l’état de santé de la personne qui les consomme.

En revanche, ce qui frappe dans ces témoignages est l’attitude cavalière et désinvolte de plusieurs médecins face à leurs patientes. Des prescriptions signées en quelques minutes sans véritablement interroger la femme sur son état de santé se conjuguent à une obstination à poursuivre la prise d’anovulants malgré ses effets sévères.

Bien plus, dans bien des cas, plusieurs médecins semblent farouchement réticents à informer leur patiente des avantages et désavantages d’autres méthodes de contraception. Les anovulants sont à ce point devenus familiers qu’on les prescrit et on les consomme comme s’il s’agissait d’une banale aspirine. Il s’agit pourtant d’hormones qui ont manifestement des effets potentiels très lourds. On s’attendrait donc à ce que les médecins conduisent un examen très approfondi avant de les prescrire – et qu’ils informent ces femmes des risques auxquels elles s’exposent.

Si ça n’est aussi peu souvent le cas que le laisse croire ce texte, c’est que, de trois choses, l’une :

a) les professionnels de la santé n’ont pas suffisamment de temps disponible pour réaliser ces examens et discuter longuement avec leurs patientes ;

b) les patientes ne s’informent pas suffisamment des risques associés aux anovulants ou sur les autres méthodes contraceptives possibles ;

c) les médecins ont un intérêt particulier à prescrire massivement ces anovulants.

Les causes profondes de cette situation transcendent ces trois explications potentielles, qui reflètent à divers degrés une même réalité : la marchandisation outrancière de notre vie sociale.

Le capitalisme tend à transformer tous les rapports sociaux en marchandise. On en a parlé jusqu’à plus soif au cours de la grève étudiante : le système d’éducation, jadis institution visant à outiller la jeunesse à mieux comprendre le monde et à devenir de meilleurs citoyens s’est transformé, en partie, en services tarifés où les étudiants sont des clients investissant dans leur avenir professionnel qui devra être, à terme, financièrement rentable.

En ce sens, la marchandisation constitue une dynamique coextensive au développement du capitalisme, qui cherche sans cesse à étendre son territoire afin de poursuivre sa croissance. Il ne faut donc pas y voir un complot machiavélique ourdi par le complexe politique, industriel et financier – mais simplement une vision idéologique du monde qui s’infiltre insidieusement dans toutes les sphères de la vie humaine.

Les effets de la marchandisation structurent l’ensemble de nos relations sociales. On en vient à tout mesurer à l’aune de la valeur, du prix et de l’argent. À orienter nos décisions et nos comportements en vertu d’un calcul coût-bénéfice visant la plus grande efficacité possible. À ne plus voir dans le futur qu’un potentiel de rentabilisation de nos investissements présents.

La marchandisation des soins de santé explique en ce sens ces catastrophes reliées à la prise d’anovulants.

a) Les professionnels de la santé sont formés et contraints à appliquer des méthodes inspirées de l’industrie afin d’être plus efficaces et de « perdre » le moins de temps possible auprès de leurs patients – ainsi, des médecins ont dénoncé récemment l’application dans le système de santé de la méthode de gestion « LEAN » développée pour la gestion des usines. Nul n’est besoin d’atteindre ces extrêmes pour comprendre que la logique intrinsèque à la marchandisation, intériorisée par les médecins comme par l’ensemble des membres de la société, fait en sorte qu’ils cherchent à optimiser le ratio coût-bénéfice de leur travail. L’idéologie de l’efficacité se révèle également dans la confiance absolue – voire aveugle – dans les capacités de la pharmacologie.

b) Par effet de miroir, les patientes minimisent également leur « investissement » en temps nécessaire à s’informer de toutes les possibilités qui s’offrent à elles en matière de contraception et font confiance, surtout, aux avancées de la science et à l’industrie pharmaceutique. Qui plus est, cette logique d’efficacité intimement liée à celle de la marchandisation suppose une spécialisation technicienne toujours plus grande, et, donc, l’abandon d’une partie de notre jugement critique au profit de la connaissance du spécialiste.

c) Finalement, il n’est pas nécessaire que les médecins reçoivent cadeaux et commissions de la part des grandes entreprises pharmaceutiques pour qu’ils soient incités à prescrire le dernier médicament en vogue : il s’agit, là aussi, d’un des effets de la marchandisation et de l’idéologie de l’efficacité technicienne. Convaincus par le marketing massif de ces compagnies, appuyé de multiples arguments sur l’efficacité scientifique de leurs produits, ils dénigrent tout naturellement des méthodes peut-être tout aussi efficaces et potentiellement moins néfastes, sacrifiées sur l’autel de la nouveauté au même titre que l’est le vieil iPhone par les consommateurs de gadgets électroniques se ruant sur le modèle le plus récent.

Les conséquences de la marchandisation sont donc d’une violence inouïe, comme le démontrent les témoignages relevés par Sarah Labarre dans son article. La santé des femmes et des hommes, que l’on devrait considérer comme l’une des choses les plus sacrées entre toutes, s’en trouve instrumentalisée par un système marchand dont le seul dieu est l’efficacité technicienne.

***

En cette 36e Journée internationale des femmes, il importe de rappeler que le féminisme n’est pas qu’un combat pour les femmes – mais pour la dignité humaine en général. Les revendications féministes des années ’60 et ’70 pour le libre accès à la pilule contraceptive étaient motivées par le désir d’avoir non seulement le contrôle sur leur corps et leur sexualité mais plus globalement pour leur autonomie et leur liberté. En ce sens, il s’agit de revendications humanistes qui touchent aussi bien les hommes que les femmes. Les conséquences de la marchandisation et les effets dévastateurs des anovulants actuels concernent, de même, l’ensemble de la communauté et devraient tous nous inspirer à reprendre contrôle sur notre condition humaine.

Le féminisme est un humanisme

En cette Journée internationale des droits des femmes, j’ai publié un petit billet sur mon blog du Voir, « Amours, délices et orgues » et ai partagé quelques documents sur Twitter que je réunis ci-dessous. Je suis persuadé de l’actualité non seulement du féminisme mais de l’importance de souligner chaque année son combat nécessaire.

Liste d’incontournables féministes proposée par le site Je suis féministe.

➙ Une interview sur France culture avec Mona Chollet pour son livre Beauté fatale « consacré aux nouveaux visages de l’aliénation féminine. »

Like art, revolutions come from combining what exists into what has never existed before.

- Gloria Steinem

➙ Un article de Sophie Gourion sur le marketing (hallucinant) destiné aux femmes: « Marketing genré et sexisme: le top 10 des produits ‘pour femmes’ les plus étranges »

➙ Un billet de Léa Clermont-Dion: « Comment Harper nous fait reculer en plus de huit façons. »

➙ Une passionnante entrevue avec Simone de Beauvoir à la télévision de Radio-Canada qui a été enregistrée en 1959 mais qui n’a pas été diffusée avant 1986.

Pour désirer laisser des traces dans le monde, il faut en être solidaire.

- Simone de Beauvoir

➙ Une sympathique anthologie poétique: Terre de femmes.

➙ « Les féministes se trompent de combat » – petit revue de presse des médias européens.

Planète femmes, un magnifique concours de photographies organisé par la Fondation Alliance française en partenariat avec le Courrier international.

150 Women Who Shake the World – des courts portraits de femmes d’exception qui changent le monde.

➙ Le dilemme moral et politique d’une libertarienne face au féminisme et aux politiques de discrimination positive de la part de l’État.

➙ Une délicieuse « L’histoire des blogueuses au Québec au temps d’Éva Circé-Côté (1871-1949) » par Marie D. Martel – sur cette femme d’exception et les chroniqueuses-blogueuses d’aujourd’hui.

Women on the Verge of an Economic Breakthrough, une histoire formidable de femmes au Kenya mélangeant innovation technologique et développement économique et humain.

Trente magnifiques photographies de femmes activistes au 20e siècle.

➙ Le Rapport sur le développement 2012 de la Banque mondiale porte cette année sur la problématique de l’égalité hommes-femmes. Une mine d’informations sur la question.

 

Amours, délices et orgues

NB: ce texte a été publié originellement le 8 mars 2012 sur le site du Voir.

 

Il est faux que l’égalité soit une loi de la nature.
La nature n’a rien fait d’égal ;
sa loi souveraine est la subordination et la dépendance.

Vauvenargues [1]

Le bulldozer du politiquement correct a probablement effacé cela des manuels scolaires, mais à la petite école on nous apprenait qu’en grammaire française « le masculin l’emportait sur le féminin. » Cela est particulièrement vrai du pluriel: il suffit, dans une énumération, qu’il y ait un substantif masculin pour que le pluriel les unissant soit masculin.

La force du nombre serait donc masculine. L’usage langagier n’est évidemment pas un reflet pur et parfait des conditions sociales desquelles il émerge. Mais force est de constater que ses particularités en constituent un miroir certain.

Au langage politiquement correct s’ajoute une vision économiquement correcte du social dictée par l’idéal d’équité. L’équité constitue le dogme contemporain de la justice sociale, ayant, en ce sens, supplanté l’égalité. Quiconque revendiquerait l’atteinte de l’égalité entre les hommes et les femmes serait rapidement taxé de radicalisme et d’utopisme enfantin. L’équité, elle, s’accorde mieux avec notre démocratie fortement teintée de méritocratie.

Car l’équité n’est, en théorie, rien d’autre que l’égalité des chances. Cependant, l’égalité des chances n’est rien d’autre qu’une autre forme de la fiction de l’état de nature rousseauiste. Non seulement l’état de nature est une fiction, mais l’équité constitue un voile opaque posé sur l’inexorable tendance des sociétés humaines à créer l’inégalité.

L’équité, l’égalité des chances au mérite, constituerait, selon le sociologue François Dubet, une « fiction nécessaire. » Mais c’est une version pernicieuse de l’égalité morale et politique car elle individualise la force du mouvement féministe qui cherche l’atteinte de l’égalité des femmes avec les hommes. Un individualisme qui gomme l’essence collective de cet idéal.

Le féminisme est une posture morale humaniste avant toute chose, avant les revendications individualistes. La promotion de l’égalité économique entre les hommes et les femmes devrait participer de cette posture plutôt que d’un simpliste calcul des équivalences de revenu hommes-femmes, de taux de participation des femmes aux conseils d’administration ou d’équité en matière de formation et de développement professionnel.

Malheureusement, c’est au plan économique que l’équité atteint son niveau de fiction le plus efficace – où l’économiquement correct aplanit sans nuance l’idéal égalitaire. Il est facile de se complaire dans l’idée que les programmes d’équité salariale ou d’accès non discriminatoire à l’emploi permettent d’atteindre l’égalité hommes-femmes. Cependant, quoiqu’elles constituent une étape nécessaire sur le chemin vers cet idéal, ces initiatives ont tendance à faire oublier l’importance de l’égalité économique dans le schéma global de la justice sociale.

L’égalité économique précède toutes les autres formes d’égalité de droits. Il n’est pas possible d’avoir de véritable égalité juridique, par exemple – qui est pourtant une pierre d’assise fondamentale de notre société démocratique – sans véritable égalité économique, puisque les plus riches ont davantage de ressources pour défendre leurs droits face à la justice. Il en est de même pour l’égalité politique et l’égalité sociale. [2]

Le combat féministe – car il s’agit bien d’un combat, non d’une idéologie – doit donc, à mes yeux, être d’abord un combat pour l’égalité économique entre les hommes et les femmes. Tant qu’il y aura inégalité économique généralisée, dans la plus vaste part de la société, il n’y aura pas égalité morale, juridique, politique ou sociale entre les hommes et les femmes. En un mot comme en mille, ceux qui ont davantage de pouvoir financier et économique ont également plus de pouvoir dans l’ensemble des autres sphères de la vie sociale.

C’est en cela que l’idéal égalitaire et démocratique hérité des Lumières doit reprendre la place qui lui est due et dépasser l’ersatz que constitue la recherche individualiste à l’équité. L’équité constitue un principe fort efficace dans la sphère privée – au niveau des négociation salariales, par exemple. Dans une perspective publique, sociale et politique, il oblitère la nécessaire égalité économique qui permette une égalité des chances effective et concrète.

Le projet féministe nous devrions le faire nôtre, qui que nous soyons, car il possède une capacité unificatrice fabuleuse. Le projet d’une citoyenneté engageante pour le 21e siècle hérité des Lumières et qui fait le pont entre l’individualisme créateur et une vie en commun qui nous confronte positivement, chaque jour, à l’autre.

Si on disait autrefois que « le masculin l’emporte sur le féminin, » il ne faudrait pas oublier que le collectif est commun et multiple. En français, il n’y a que trois noms qui soient masculins au singulier et féminins au pluriel: amours, délices et orgues. Trois mots magnifiques qui résonnent comme autant de célébrations de notre vie commune. Souhaitons que ni le masculin, ni le féminin l’emporte l’un sur l’autre mais que les rapports de force, notamment économiques, fassent place à des rapports de solidarité, d’humanité et de fraternité – loin des liens de subordination et de dépendance vers lesquels la marche de la société nous mène inexorablement.

Pour ma part, c’est ce que les grandes féministes m’ont appris.

 

[1] Vauvenargues, Luc de Clapiers, marquis de, (1746), Réflexions et maximes, in Œuvres de Vauvenargues, éd. par D.-L. Gilbert, Paris: Furne et Cie, 1857, p. 401 (no. 227).

[2] Cet argument classique, proche de John Rawls (A Theory of Justice, Harvard University Press, 1971), est admirablement développé par Thomas Nagel (1979), « L’égalité » in Questions mortelles, Presses universitaires de France, 1983, pp. 127-50.

Les hurlements, le silence

Le mercredi 6 décembre 1989, j’avais 19 ans et je terminais ma première session à l’Université. Avec un U majuscule, car, à cette époque, je l’avais en grande admiration. J’habitais depuis l’été avec mon amoureuse, rue Saint-Denis, à quelques pas de L’Express, quartier général des intellos du Plateau, ce qui me permettait, me semblait-il, de bénéficier d’au moins quelques miettes de l’aura de la Bande des six. Moins d’un mois plus tôt, le mur de Berlin s’était écroulé. Le samedi précédent, Bush père et Gorbatchev avaient annoncé officiellement la fin de la Guerre froide. Le Dalaï-Lama venait de recevoir le prix Nobel de la paix, le Chili allait retrouver la démocratie, le libre-échange canado-américain était maintenant en vigueur – c’était, du haut de mes 19 ans et du début grandiose de mes études en sciences sociales, une année majeure, exceptionnelle, historique.

En fin d’après-midi, on le sait, cette journée allait devenir l’une des plus sombres et terrifiantes que le Québec contemporain ait vécu. Alors que la lumière du jour s’était éteinte depuis très tôt et qu’il neigeait à plein ciel, l’incarnation de la violence gratuite et sanglante envers les femmes, Marc Lépine, allait assassiner sauvagement 14 jeunes femmes à l’École Polytechnique de Montréal, et entacher à jamais la mémoire d’une génération entière, particulièrement de jeunes femmes et de jeunes hommes dont j’étais.

Pour la 22e fois aujourd’hui je me remémore cette glaciale soirée. L’an dernier, je me rappelais dans ce petit texte que c’est ce soir-là que mon amoureuse et moi avions été jetés brutalement dans la vie adulte. Que ces meurtres sans nom avaient cassé à jamais quelque innocence en nous.

Aujourd’hui, l’idée qui me hante est celle des hurlements et du silence. Pourtant, je n’ai rien entendu des événements, j’étais chez moi. Quelques souvenirs, bien sûr, vifs pour la plupart, des reportages en direct à la télévision. De la cohue, de la stupéfaction et de l’émotion des journalistes, du policier Pierre Leclair qui a lui-même découvert le corps de sa fille de 23 ans, Maryse, des informations contradictoires, des jeunes hommes sous le choc, donc très calmes, qui décrivaient froidement ce qu’ils avaient vu, et dont les silences parlaient plus fort que leurs paroles: le cri étouffé de leur impuissance à sauver les jeunes femmes.

Avec le temps qui passe, les souvenirs se transforment. Ils deviennent à la fois plus forts – on en retient l’essentiel – et moins concrets – ils deviennent symboles, images; ils dialoguent avec d’autres souvenirs, avec la grande narration qui est notre interprétation individuelle du sens du monde. Ou de son absence de sens.

Pour moi, 22 ans plus tard, le symbole de la tuerie de Polytechnique a des allures des silences étouffants et étourdissants qui suivent les pires hurlements de douleur. En écho à celui de millions de femmes victimes de violence misogyne, d’injustices profondes mais aussi d’une des pires forme de violence: le silence, justement. Pendant des siècles en Occident, en des moments pires que d’autres, en des contrées, aussi, pires que d’autres, on a imposé le silence aux femmes qui n’ont pas eu la chance de nous apporter le bon et le mauvais en elles. Pendant des siècles nous nous sommes privés collectivement de leur présence sur les places publiques, celles de la politique, des arts, des sciences, de la connaissance. Non pas qu’elles furent absentes de nos vies, bien sûr. Pas davantage qu’elles n’auraient nécessairement rendues nos sociétés meilleures. Mais différentes. Avec elles, ensemble. Avec leurs voix, leurs visions et leurs idées. Des millions de femmes contraintes au silence. À l’absence.

Un silence venu du fond des siècles qu’a reproduit avec sauvagerie un esprit petit et malade, nourri de la haine des femmes.

Un homme qui a laissé après les hurlements de son geste dévastateur un silence glacial que je porte encore en moi.

 

J’ai en mémoire le silence éternel de:

Geneviève Bergeron (née en 1968), étudiante en génie civil.
Hélène Colgan (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Nathalie Croteau (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Barbara Daigneault (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Anne-Marie Edward (née en 1968), étudiante en génie chimique.
Maud Haviernick (née en 1960), étudiante en génie des matériaux.
Barbara Klucznik-Widajewicz (née en 1958), étudiante infirmière.
Maryse Laganière (née en 1964), employée au département des finances.
Maryse Leclair (née en 1966), étudiante en génie des matériaux.
Anne-Marie Lemay (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Sonia Pelletier (née en 1961), étudiante en génie mécanique.
Michèle Richard (née en 1968), étudiante en génie des matériaux.
Annie St-Arneault (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Annie Turcotte (née en 1969), étudiante en génie des matériaux.

 

Je suis féministe (encore)

Hier, Mathieu Bock-Côté a commis une chronique où il s’insurge contre une revendication publique de deux groupes féministes français (les associations Osez le féminisme! et Chiennes de garde) qui réclament le retrait du statut de « mademoiselle » sur les formulaires administratifs.

Son argument tient essentiellement à ceci: il s’agirait « ici [d’]une dérive inquiétante de l’idée d’égalité, » cette notion d’égalité « une machine à râper le réel. »

Car ce qui disparaîtrait avec le terme mademoiselle, ce ne serait pas une barrière sur le chemin de la société sans sexisme. C’est une manière de nommer les subtilités du charme féminin, la légèreté, la candeur si caractéristique d’une certaine grâce féminine. Cette manière de nommer le charme de cette jeune femme qui vous sourit et vous donne soudainement l’impression que le printemps s’installe.

Passons sur cette poésie à cinq sous de collégien boutonneux. Car, M. Bock-Côté ne se satisfait pas de s’admirer lire, il manie aussi le raccourci intellectuel et la démagogie à la petite semaine avec panache: « Sans surprise, le problème est politique. Dans les sociétés occidentales, les grandes batailles du féminisme sont gagnées, » écrit-il. Les féministes sont, alors, contraintes de s’inventer de nouveaux objectifs « de plus en plus absurdes. » Et ces mouvements féministes qu’il qualifie de radicaux ne seraient devenus qu’un « lobby bizarre. »

Pour ceux qui ne sauraient de qui il s’agit, Mathieu Bock-Côté, début trentaine, est un doctorant en sociologie, se définissant comme nationaliste conservateur; auteur et chroniqueur, il est aussi omniprésent dans les médias québécois où il fait office d’intellectuel de service. Le Bernard-Henri Lévy joufflu du Québec, en somme.

J’accorde deux grandes qualités à M. Bock-Côté. D’une part d’être ce qu’il a choisi d’être: un intellectuel qui prend position. De façon généralement très intelligente. Notre société ayant une peur historique, pour ne pas dire une haine, envers ce statut, en manque cruellement. Deuxièmement, j’apprécie beaucoup la qualité de sa langue. Il manie la langue française avec brio, ce qui est également très rare chez nous. J’ai une sincère admiration pour ces deux qualités.

Par contre, il commet deux péchés capitaux. Celui de gourmandise et celui d’orgueil.

De gourmandise il fait preuve en donnant son opinion sur tout et n’importe quoi, en bon intellectuel d’inspiration franco-parisienne. La sociologie est une science qui, comme toute les disciplines, compte de multiples spécialisations. Celle de M. Bock-Côté serait les questions identitaires, le nationalisme québécois et le multiculturalisme. Mais sa gloutonnerie de visibilité médiatique fait en sorte qu’il émet des opinions sur des sujets qu’il ne maîtrise manifestement pas. Ce qui est un grave péché, pour un universitaire et un intellectuel. C’était le cas, par exemple, la semaine dernière à l’émission Ici et là à VOX où il participait à un « débat » sur le financement des arts et de la culture et où il démontrait son ignorance patente des programmes d’évaluation par les pairs des conseils des arts de ce monde. Mais c’est aussi le cas dans l’article dont je parle ici. Contrairement à ce qu’il écrit (« la frange radicale du féminisme français veut abolir le mot mademoiselle »), la controverse dont il est question en France ne concerne pas l’usage courant du mot mademoiselle par le quidam ni le poète du dimanche, mais bien par sa présence sur les formulaires officiels. Lisez un peu, jeune homme, avant d’écrire.

La revendication des associations féministes concerne spécifiquement cette question. Elles prétendent que la case distinguant les femmes mariées des non mariées est inutile et discriminatoire. Inutile, cela va de soi. Discriminatoire, selon elles, parce qu’on ne demande pas aux hommes de distinguer leur statut marital en leur donnant le choix de la case demoiseau. Et, contrairement à plusieurs âneries qui se sont écrites à ce sujet, ça n’est pas qu’une question de choix: dans les banques françaises, par exemple, si vous êtes une femme, vous n’avez pas le choix d’indiquer votre statut marital. Il s’agirait donc, pour ces féministes, d’un « signe du sexisme ordinaire qui perdure dans notre société. » D’une question politique, donc.

Or, Mathieu Bock-Côté le mentionne clairement dans son texte: « Sans surprise, le problème est politique. » Là où il erre complètement en faisant preuve d’une mauvaise foi qui flirte avec la malhonnêteté intellectuelle, c’est lorsqu’il prétend que pour ces groupes de pression féministes, les différences sexuelles sont des constructions sociales, ceci expliquant leur revendication. Monsieur Bock-Côté aurait avantage à réviser ses manuels d’épistémologie des sciences sociales. L’association qu’il fait est la suivante: différences sexuelles ⇒ construit social ⇒ fausseté (les hommes et les femmes sont différents, mes amis!) ⇒ on ne peut nier les différences sexuelles ⇒ celles qui le font sont dans l’erreur et utilisent cette fausse idée pour enfourcher un cheval de bataille qui n’a plus lieu d’être (puisque en France comme ici « les grandes batailles du féminisme sont gagnées »).

Je résume. Mathieu Bock-Côté pèche par gourmandise et s’empiffre sans nuance de mille débats qu’il ne maîtrise pas. Il fait preuve de malhonnêteté intellectuelle en falsifiant un débat (la présence d’un statut social dans les formulaires administratifs officiels et non l’utilisation d’un mot). Il confond une réalité humaine et biologique (oui, oui, nous le savons que les hommes ont un pénis et une pomme d’Adam et que les femmes ont un vagin et des seins) avec une réalité sociologique (il existe un sexisme ordinaire). Même s’il ne prétend que ce débat est inutile (opinion qui se défend) parce qu’il y a d’autres batailles plus urgentes pour les droits des femmes « ailleurs sur la planète » il sous-entend insidieusement qu’il n’y a plus de cause à défendre en nos belles contrées occidentales. Or la discrimination est une réalité socio-économique encore très présente - les faits et les statistiques le démontrent clairement. Finalement, il confond allègrement les notions d’égalité et d’équité. La profonde revendication féministe n’est pas l’égalité - les femmes savent bien qu’elles ont une identité sexuée, comme les hommes - mais bien l’équité socio-économique et politique. Il s’agit là d’un principe républicain et démocrate, à des lieues intellectuelles de sa vision des attributs de la demoiselle niaise et évanescente (« les subtilités du charme féminin, la légèreté, la candeur si caractéristique d’une certaine grâce féminine » - je serais curieux, par ailleurs, de connaître le nombre de gifles qu’une telle description de la femme attirerait dans un bar). Et cette équité, est, effectivement, une revendication politique tout à fait légitime.

Mais Mathieu Bock-Côté pèche aussi par l’orgueil - la superbia comme on dit au Vatican - d’avoir trop de superbe à défaut de l’être. En bon intellectuel hypermédiatisé, il use et abuse des deux qualités dont je parlais plus haut: son rôle dans la Cité et sa maîtrise de la langue française. Écoutant ronronner le doux moteur de sa logorrhée il en oublie les faits, la vérité et les arguments documentés. Bien pis, puisque le péché d’orgueil est d’attribuer à ses propres mérites les qualités qui sont des dons de Dieu, il en oublie d’écouter les arguments de son prochain et utilise plus souvent qu’à son tour l’argument d’auto-autorité (vous ne m’avez pas lu et/ou vous ne m’avez pas compris). Ce qui est un bien vilain défaut pour un scientifique et un intellectuel engagé dans la vie publique. Défaut qui, à mon sens, discrédite totalement sa thèse. Et n’en déplaise à Mathieu Bock-Côté, le féminisme a encore toute sa place, sinon plus qu’il ne l’avait il y a quarante ans, précisément par l’insidieuse place que le sexisme prend dans nos sociétés, ce sexisme ordinaire qui semble inoffensif mais qui colore nombre de décisions économiques et politiques. Je le suis, féministe, et fier de l’être.

 

PS (7 octobre 2011 8:07): Dans la version originale de ce billet, j’avais inclus à la fin la transcription d’un petit « twitfight » entre Mathieu Bock-Côté et moi que nous avions eu au sujet de son article. On m’a fait remarquer avec justesse que non seulement ça n’apportait rien mais qu’en plus cela faisait preuve de rancœur. Dont acte.

Oui, je suis féministe

Je n’en rajouterai pas sur le cas Dominique Strauss-Kahn. Les âneries abyssales prononcées par certains hommes très connus (Bernard Henri-Lévy, Jean-François Kahn, notamment) mais aussi par certaines femmes en France me font honte. On a eu recours à une bibliographie complète de sociologie appliquée pour expliquer le comportement d’une certaine caste médiatique et politique du Royaume de France de la République française.

C’est là que le bât blesse: expliquer. Il n’y a pas d’explication à donner à cette histoire. Il n’y a que deux choses à faire: 1. attendre le procès (d’ici là l’accusé est présumé innocent) pour savoir si cet homme est coupable ou non; 2. condamner le geste pour lequel il est condamné, qu’il soit coupable ou non. Le viol est l’une des formes les plus graves – sinon la plus abjecte – de violence faite aux femmes. Point. Ajoutons que les circonstances sont aggravantes, moralement, lorsque le violeur est en situation de pouvoir (hiérarchique, économique, symbolique) sur sa victime.

Je suis féministe et en suis fier. Être féministe exige notamment de condamner haut et fort l’insidieuse rhétorique atténuant la gravité de la violence faite aux femmes déguisée en pseudo-explication sociologico-culturelle. Ce qui n’ajoute pas l’insulte à l’injure, mais plutôt le mépris à l’imbécilité.

À lire:

Denise Bombardier, « Autre pays… » dans Le Devoir.

Mona Chollet, « Les informulés d’une rhétorique sexiste » dans Le Monde diplomatique